V. — Dépenses et Crédits
Pour toutes ces entreprises, la question financière aurait suscité à l’intendant les embarras les plus graves, s’il ne s'était ingénié, comme à Limoges, à faire servir aux travaux publics tous les fonds disponibles et à imaginer des virements adroits. Pour se procurer les ressources indispensables, il n’attendait pas toujours l'avis de Trudaine, et même il se trouvait parfois en désaccord avec lui. « S'il n’v a pas assez de fonds pour cet ouvrage, écrivait-il un jour à l’intendant des finances, et qu'il y a dans la caisse du Trésorier des fonds oisifs, un intendant peut et doit faire servir ces derniers à l'ouvrage qui a été adjugé!. »
La ressource des fonds disponibles menaçait d’être vite épuisée, tant était grand le nombre des travaux entrepris et des chantiers ouverts. Il fallait pourvoir à l'entretien des routes et des rivières, à Ja construction des nouveaux ouvrages, à l’organisation des corvées, au payement des appointements, des gratifications et encore à l’acquittement des indemnités pour cause d’expropriation. Les sommes à engager devaient être considérables. L’adjudication de l'entretien de la route des charrois de Bordeaux à Paris montait à elle seule à 3692 1. 2 s. 6 d. pour trois ans. La cons- -truction de 5 ponts en charpente sur la route de Langon à Bavonne revenait à 4000 L. : l'entretien d’une rivière comme le Lot à AATOE. pour 6 ans. Celui de la chaussée de Bazas était adjugé à Gérard Jaugeon pour 1800 1.2 En 1755, les dépenses d'outils s’éleverent à 1924 L 2 s. 6 d.%. La chaussée de Blanquelort coûta à elle seule 15175 L.#.
Avant Tourny, la généralité de Bordeaux n'avait émargé qu’assez : peu sur les fonds des ponts et chaussées. En 1743, elle figu-
1. A. D., Gir., C 1854, 3 juin 1747, lettre de Tourny à Trudaine.
9. Voir les devis, les états de dépenses et de paiements qu'on trouve dans les lias ses C 1858, C 1860, A. D., Gir.
3, À. D., Gir., C 2023, 1755, état des dépenses.
4, La somme est indiquée dans l'arrêt du 13 octebre 1790, A..N., E 2301.
rait sur l’état du roi pour 50000 L1. Le marquis fit monter à 100000 I. ses premiers devis; il estimait qu’un supplément de crédit serait comme une espèce de restitution à la Guienne sur le peu de fonds qui lui avaient été départis jusqu'alors, et il déclarait en outre qu'il résulterait, du surcroît de dépenses, un bien pour l’État, puisque la réfection des voies de commumieation servirait au développement du commerce? Trudaine se laissa convaincre. I commenca par accorder 70000 E., y compris les 5500 réservées à l’entretien ordinaire des rivières. En insistant, l’intendant finit par obtenir un fonds annuel de 80000 [, avec un supplément qui atteignit les 100000 et même les dépassa
Le budget étant ainsi établi, ses articles se décomposèrent comme suit, par exemple, en 1750 : « 21347 I. 7s. 3d. pour l’entretien de pavé, 6625 I. 4 8. 2 d. pour les parfaits payements, 23000 pour continuation d'ouvrages, 11626 pour nouveaux ouvrages, 9095 pour l’entrélien des rivières, 9908.35. pour les corvées, et 2400’ pour les appointements de l'ingénieur », en tout 80001 L J4s. 10 d.5.
Cette base était large; mais elle ne pouvait suffire aux grands desseins de l’intendant. Pour l’étendre encore, le marquis voulut Y ajoutér un excédent provenant de la recette des impôts et aussi des revenus patrimoniaux des villes. Malheureusement les années disetteuses ne donnèrent pas d’excédent de recette, et Tourny dut reconnaitre que les revenus patrimoniaux faisaient défaut à la plupart des localités, Il écrivit à Trudaine : « Le Port-Sainte- Marie, ainsi que la plupart des petites villes de la généralité, même les autres, n’ont aucuns deniers d’octrois et très peu de patrimoniaux qui ne suffisent pas pour leurs charges les plus indispensables, de façon qu'il n’est pas possible d’en tirer de quoi rendre plus commode le passage des grands chemins qui la tra-
1: C'est dans une lettre de septembre 1743 que Trudaine fait connaître à Tourny que la Guienne est comprise pour 50,000 1, dans la répartition des fonds des ponts et chaussées; A, D:, Gir., C 1842,
2. A. D., Gir,, C 1842, 21 décembre 1743, lettre de Tourny à Trudaine.
3 A. D., Gir., C 1842, 14 décembre 1743, lettre de Trudaine à Tourny.
4. À. D., Gir., CG 1856, 20 octobre 1749, lettre de Tourny à Trudaine.
9. A, D., Gir., C 1857, 1750, état des ouvrages proposés, à achever ou à continuer en 1750, en exécution des adjudications faites ensemble des nouveaux ouvrages et de ceux à faire par corvées dans la généralité de Bordeaux.
versent. Je n'aurais pas manqué d'employer à cet usage quelques portions de leurs revenus, s'il y avait eu moyen, » Le seul expédient susceptible d’être employé, Tourny l'indique en Cerminant : € I n'y à que là voie d’impositions à laquellé on puisse avoir recours !. »
La voie de limposition est done adoptée, en désespoir de cause. Le marquis veut amener les Communautés à s'imposer volon- Lairement, La täche n’est pas aisée; les villes hésitent et 1e contrôleur général fait le difficile. « L'on en prendrait pied, dit Trudaine, pour obtenir des impositions, dont les inconvénients pourraient devenir très considérables ?. » Cependant l’intendant des finances et l’intendant de Bordeaux finissent par aboutir à un accord.
En se fondant sur un précédent qui remonte au début du siècle, Fourny se permet, en 1746, d'imposer, pour des travaux d'intérêt commun, les paroisses de Pujols, Saint-Pey-de-Castets et Mouliés 5. En 1750, il obtient un arrêt du Conseil répartissant sous forme d'imposition entre les habitants de Blanquefort, de Parempuyre, de Macau etc... les 15175 1. que la chaussée de Blanquefort a coûté#. D’autres Communautés, comme Bergerac, consentent à s'imposer. d’elles-mêmes?., ‘À son tour, le Pouvoir prend Pini- Liative. Il lève, en 1749, une imposition extraordinaire de 2358292 1. sur tous les contribuables des 20 généralités des pays d'élection, pour les ouvrages et réparations extraordinaires. La part incombant à la Guienne est de 141051 1.6. De la même manière encore, un arrêt du Conseil, rendu Je 8 juillet 1756 sur la proposition de Tourny, stipule qu'une somme de 10000 [., alfectée à l’entretien des ouvrages servant à la navigation des rivières, sera imposée aux diverses élections de la généralité, à raison de 3200 pour Agen et Condom, de 1500 pour Bordeaux et Périgueux et de 600 seulement pour Sarlat?.
1. A. D., Gir., C-1864, 11 février 1755, lettre de Tourny à Trudaine.
2. A. D., Gir., C 1847, 4 novembre 1744, lettre de Trudaine à Tourny.
3. Tourny prit une ordonnance à ce sujet, A. D., Gir., C 389, 1746.