Cité par Lavisse, Hisioire de France, &. vut-I, p
ou
En Guienne, au XVIIIe siècle, les rivières ne laissaient pas tout à fait aux grands chemins le soin de porter coches et carrosses. On allait par eau de Libourne à Bordeaux. On aimait mieux rejoindre à Blaye la route de Paris que de traverser, au delà de la Bastide, tout le plateau de l’Entre-deux-mers. Pour aller de Libourne à Bergerac, on ne prenait pas volontiers la route; les voyageurs préféraient à la diligence la Cavernière, bateau public qui partait à toutes les marées!, On faisait de même le voyage de Bordeaux à Tonneins?. Les bateaux circulaient sur toutes les rivières. La Guienne de ce temps semblait toute sillonnée par un réseau très complet de voies d’eau.
L'économie des rivières, comme voies de transport, était tellement entrée dans les mœurs et si bien admise par le Pouvoir que l’on considérait, en principe, toute artère fluviale comme navigable. D'Étigny pensa utiliser pour la navigation le Gave d'Aspe que nous ne songerlions pas à aménager de nos Jjours°. À plus forte raison, l'Administration se préoccupait-elle d’aménager tout le réseau hydrographique de la Guienne. Entre 1660 et 1670, le Pouvoir central y avait fait travailler ; et en 1688, il avait institué une Chambre de navigation, présidée par l’intendant assisté d’un inspecteur général.
Malheureusement, cette Chambre de navigation disparut vite, et après elle, l’on ne se hasarda plus à entreprendre de grandes réparations. On devint d'autant plus timide que les propriétaires riverains s’affranchirent pour la plupart de leurs obligations et que les dépenses de réfection furent mises à la charge du Trésor. La situation des belles rivières de Guienne se trouva ainsi eompromise. Les eaux répandues sur les berges menacèrent de transformer en marécages tout le bas pays. A l’arrivée de Tourny, il ne restait presque plus rien de l’œuvre que Colbert avait inspirée. Tout était à reprendre.