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Guignard, Histoire de Castillon, p

2. Voir la dépêche ministérielle du 9 juin 1745, A. N., O! 506, relative au privilège d'un bateau de poste assurant les transports par eau de Tonneins à Bordeaux. 3. B. N., Recueil de pièces pour servir à l’histoire de M. d'Étigny, Auch, 1826.

4. Marie de Saint-Georges, Essai historique sur l'administration du marquis de Tourny, Bruxelles, 1782, p. 34.

5. C’est le témoignage même de l’intendant. A. D., Gir., C 1358; 29 août 1752, lettre de Tourny à M. de Baudry.

La à D + :

Il: — La Voie Maritime Bordeaux-Océan.

Comme les autres grands fleuves, la Garonne roule une masse énorme d’alluvions. Son cours n’est pas absolument fixé, en ce sens que le lit ne se creuse pas toujours au même endroit, que les dépôts ne s'accumulent pas toujours à la même place. Des iles se forment, alors que d’autres disparaissent : un passage s’obs= true, pendant qu'un autre s’élargit. Pour peu qu'une des deux rives se renforce d’une digue, d’un peyrat où d’un atterrissement, les eaux se détournent vers la rive opposée: un nouvel équilibre tend à s'établir entre fes forces et les résistances, dans les courants et dans les dépôts. Les passes sont airisi déplacées.

Aux environs de 1743, le navigation maritime était moins sûre que jamais. La nécessité s’imposait de repérer les hauts fonds et Les chenaux, de les indiquer au navigateur par des signes apparents, et de les aménager.

Le 10 juillet 1749, une délégation de la Chambre de commerce Hit visite à Tourny, pour le rendre attentif à l’état défectueux des passes. L’intendant s’empressa de répondre qu’ «il serait tou- Jours prêt à donner les ordres nécessaires pour parvenir au but que la Chambre se propose 1. »

Les pilotes lamaneurs et parmi les courtiers, le sieur Lamothe, avaient déjà rédigé un rapport sur la question et l’avaient adressé à la Chambre. Avant de prendre une décision, Tourny demanda un nouveau mémoire à Lamothe. Il s’entendit encore avec un sieur Giraud pour la levée des plans, et il exprima le désir que la Chambre envoyât une délégation sur les lieux, et dressât un procès-verbal de son enquête, en vue d’ «obtenir du Ministre des décisions avantageuses pour le Commerce. » Ainsi fut fait?. |

En même temps que la Chambre faisait sa démarche auprès du roi$, les pilotes lamaneurs, stimuiés par l'exemple de Lamothe, dressaient un verbal. Ils requéraient l'établissement de corps morts

1. La réponse de l'intendant est consignée dans le procès-verbal de la Chambre de commerce. A. D., Gir., C 4255, 10 juillet 1749.

2. Voir, à ce sujet, la délibération de la Chambre de commerce datée du 3 juillet 1749, A. D., Gir., C 4255. ; |

3. La requête de la Chambre est conservée aux Archives de la Gironde, parmi des documents non classés, 23 août 1749.

dans la rade de l’Entre-deux-Esteys, dans celle de la Baranquine, et depuis l’Entre-deux-Esteys jusqu’au chenal de la Grange. [ls demandaient encore la construction d’un ouvrage à la tête de l'Ile de la Jalle, la destruction des peyrats de la passe royale, de l'Ile du Carmeil et de la pointe de PIle du Nord, l'édification d'ouvrages à la pointe de l'Ile de Cazaux ete. ete. .Tout un programme se dégageait des propositions de Lamothe et des pilotes Fimaneurs. Ils se prononçaient contre les caprices des particuliers qui modifiaient à plaisir le modelé des rives en disposant des peyrats, et ils prétendaient trouver, dans la destruction d’ouvrages existants, et dans la construction de nouveaux ouvrages, le moyen de dégager les passes menacées par les alluvions.

La réponse du roi ne se fit pas attendre. Dès le mois de septembre 1749, un arrêt était rendu : «Sur ce qui a été représenté au Roi par les Directeurs de la Chambre de Commerce de Guienne ‘que la navigation est devenue difficile de Bordeaux à Pauillac par plusieurs bancs de sable que les peyrats y ont formés,et notamment à la Passe royale, entre les îles de Cazaux et du Carmeïl, seul passage pour les bâtiments.., qu'en outre, les propriétaires de l'Ile du Carmeil ont établi deux autres peyrats.. empêchant le flot de pénétrer dans la passe, Ordonne Sa Majesté que les propriétaires seront tenus, dans le délai d'un mois, de présenter leurs titres au Commissaire départi,commis pour cet effet 1. .»

Des résistances, faciles à prévoir, commencèrent à se produire. On comptait beaucoup de parlementaires parmi les propriétaires riverains qui avaient établi les peyrats, entre autres, le président Cazau, le président Calmeil et le président Pascal. L'intendant ne parvint pas à se faire présenter tous les titres. Il ne put adresser au ministre que des dossiers incomplets ? qui dispensèrent le Gouvernement de prendre une décision radicale, Par sa lettre du 18 mars 1751, Rouillé, ministre de la Marine, autorisait seulement le sieur Lamothe, courtier royal, à assurer la navigation de la rivière en plaçant ? corps morts avec des bouées sur le banc de sable

1. A. N., E 2291, 2 septembre 1749, arrêt du Conseil. Trudaine adresse l'arrêt à Tourny par une lettre du 16 septembre 1749, A. D., Gir., C 1945.

2. Voir, à ce sujet, le verbal de Tourny sur les différents peyrats, A. D:, Gir., C 1954, 15 janvier 1750.

vis-à-vis de la Baranquine. Il n’était plus question de la destruction des peyrats 1.

Sur ces entrefaites?, arrivait à Bordeaux le sieur Mangin, ingénieur de la Marine, pour prendre l'affaire en main au nom du roi, et pour donner satisfaction à la Chambre de commerce. La collaboration, escomptée par le roi, entre son ingénieur et le Cowmerce bordelais ne put s'établir aussitôt. Lors d'une première assemblée que Tourny convoqua à la date du 15 octobre, Mangin fut contredit par Lamothe: on ne put aboutir à aucun résultat. «Il en serait résulté, dit le procès-verbal, de la contrariété dans quelques faits et beaucoup de raisonnements qui se combattirent les uns les autres, parmi lesquels des armateurs, capitaines de navire et pilotes s'étant partagés, la plus grande partie du temps se serait passée en ces altercations, et il ne serait rien demeuré d’arrêté, sinon qu'il fallait que chacun tâchât de prendre des éclaircissements #. » À la suite de cette séance, la Chambre exprana son mécontentement de se trouver réduite à un moindre rôle que par le passé dans la discussion des travaux de la rivière #.

Quand le calme fut revenu dans les esprits, Tourny n’hésita

pour une nouvelle assemblée, les sieurs de Rostan commissaire ordonnateur de la Marine, Vimar mgémieur du roi pour les ponts et chaussées, de Navarre lieutenant général de l’'Amirauté, Billate et Dubergier directeurs de la Chambre de commerce, Mangin ingénieur ordinaire de la Marine et inspecteur de la navigation, Letellier inspecteur du port de Bordeaux, Lamothe courtier royal, Augey, Faure, Dubergier, Batanchon négociants armateurs où capitaines et encore deux autres capitaines de navire et quatre pilotes de la rivière. Cette fois, les résultats obtenus furent appréciables. L'avis de Mangin prévalut ; des félicitations lui furent même adressées : on discuta la question d’après des plans dressés par

1. À. D., Gir., C 1972, 18 mars 1751, lettre de Rouillé, ministre de la Marine, à Tourny.

2. Dans une lettre du 2 octobre 1754, Tourny rappelle au garde des sceaux que Mangin est arrivé à Bordeaux en 1751, À. D., Gir., C'3716.

3. Ces détails sont rappelés dans le procès-verbal établi pour la seconde assemblée

tenue à l’intendance, le 12 janvier 1753. A. D., Gir., G 3716. 4. A. D., Gir., C 4255, 1er décembre 1752, procès-verbal de délibération de la Cham-

bre de commerce.

lui. La majorité des présents admit, avec Mangin, qu'il convenait d'obstruer la passe du Garguilh pour rouvrir l’ancienne passe du bec d’'Ambès. En vue d'atteindre ce double résultat, on proposait la démolition des peyrats du bec et de ceux de la passe du Garguilh, qui tenaient aux îles de Cazaux, du Carmeil et de Macau. D'autre part, on convint d'établir des épis le long de l'ile de Cazaux, du côté nord, Pour la navigation dans Bordeaux même, on se contentait de prévoir de menus épis à établir sur la rive proche du banc de sable de la Manufacture. Enfin il était entendu qu’on disposerait des balises partout où le besoin s’en ferait sentir ?.

Tous les travaux prévus semblaient indispensables et l'on pensa pouvoir ÿ faire face sans trop de frais. Malheureusement le résultat fut encore compromis par de funestes lenteurs.

La Chambre fit la sourde oreille. Tourny n'avait pas pris l'avis de ses commissaires « moyennant quoi, les dits commissaires n’ont pas été en occasion de parler.» Les directeurs, oubliés, oublient la question qui se traite. L’intendant a eu beau donner à leurs délégués la place d'honneur et les retenir à diner*, de concert avec Lamothe, ils refusent de signer le procès-verbal de la séance, qui n’est pourtant qu’une simple relation des avis exprimés, qui fait droit à leurs demandes, qui est conçu selon leurs vœux, de manière à donner toute garantie aux navigateurs. S'ils avaient à présenter des observations que ne les ontils formulées plus tôt ? Ils s’obstinent ; Tourny insiste vainement #.

On croirait à un véritable complot. Tandis que le commissaire ordonnateur réclame d'urgence l’exécution des travaux, les Bor-

1. Il s’agit des trois cartes suivantes : 1° de Bordeaux à Pauillac; 2° de Pauillac à Tallemont; 3° de Tallemont à l'Océan. Cette dernière est conservée aux Archives de la Gironde. A. D., Gir., C 3717. F

2. A. D., Gir:, C 3716, 12 janvier 1753, procès-verbal de l’assemblée tenue à l’intendance.

3. À. D., Gir., C 4255, IS janvier 1753, délibération de la Chambre de commerce.

4. À, D., Gir., C 4255 et C 4315, 29 mars 1753, lettre de Tourny à la Chambre. Sur le même sujet, M. de Rostan, ordonnateur de la Marine, écrit à Tourny le 3 février 1753. A. D., Gir., C 3716: «J'ai l'honneur de vous envoyer le procès-verbal de la rivière signé de tous ceux qui n'ont pas voulu philosopher sur Son contenu. Tout ce que j'ai pu dire à MM. Billatte el Bergier (sic) de la Chambre de commerce n’a pu les déterminer; ils m'ont objecté pour bonne raison, qui ne vaut rien, que s'étant montrés parties dans cette affaire, ils ne pouvaient signer. Eux, le sieur Leterrier de Clermont et Lamothe, me paraissent être du même complot »,

delais refusent de désarmer contre l'ingénieur € envoyé de la Cour.» Tourny s'adresse de nouveau aux pilotes, aux eapitaines de navire, aux courtiers, à la Chambre, pour qu'ils aillent sur les lieux vérilier les dires de Mangin. Il fait procéder lui-même aux vérifications? Le jour où Mangin, agissant d’après ses ordres, va établir deux « tours à la passe de Pauillac », les pilotes, par ordre de Lamothe, refusent de reconnaître si elles sont placées au meilleur endroit *; un peu plus tard, la Chambre répond par un refus analogue 4.

Dans ces conditions, l’œuvre n'avance que péniblement. A peine Mangin peut-il installer quelques balises à la passe du Mattelier, tout à l’entrée de la Girondeÿ. À ce moment même, le duc d’Aiguillon obtient que l'ingénieur vienne en Bretagne, pour diriger les travaux entrepris à l'embouchure de la Loire. Le duc parle d’abord de ne garder Mangin qu’une quinzaine de jours, mais l'importance des travaux prévus l’oblige à le retenir bien plus longtemp .

C’est seulement un an plus tard que Tourny obtient le rappel de l'ingénieur. Il attendait son retour pour reprendre l’œuvre de la rivière7. Mangin revenu, de nouveaux résultats sont acquis ; le 22 novembre 1756, il rédige un grand mémoire sur les travaux à effectuer8. Le 1" décembre, lintendant vient communiquer à la Chambre le plan de l’entrée de la rivière que l'ingénieur a relevé®. Il assemble aussi une trentaine de capitaines pour leur

1. Le mot est prononcé dans le compte rendu des commissaires de la Chambre, à la grande séance du 12 janvier 1793. A. D., Gir., C 4255, délibération de la Chambre.

2. À. D., Gir., archives non classées, 5 octobre 1793, vérification du plan de l’entrée de la Gironde sur l’ordre de Tourny.

3. Mention en est faite, à la date du 21 juin 1754, dans l'inventaire des pièces concernant la rivière de Bordeaux, du port à la Tour de Cordouan. Les pièces analysées sont au nombre de 200, pour la période comprise entre 1753 et 1755. À. D., Gir:, C 3716.

4. L'assemblée réunie par la Chambre «décide qu’il n’y à pas utilité quant à présent à ce qu’on y aille ».A. D., Gir., CG 4255, 27 juin 1755, délibération de la Chambre.

5. Compte rendu dans la lettre de Tourny au garde des sceaux, en date du ? octobre 1754, À. D., Gir., GC 3716.

6. C'est Tourny qui parle d’une quinzaine de jours dans une lettre au garde des

sceaux du 22 juin 1755, A. D., Gir., C 1945. \ :

7. Ille dit dans une lettre au garde des sceaux, du 1°" mai 1756. A. D., Gir., C 3716. À ce moment, Mangin n’est plus en Bretagne, il est chez iui en Normandie. :

8. A. D., Gir., G 1973, 22 novembre 1756, mémoire de Mangin. ingénieur ordinaire de la Marine.

9, A, D., Gir., C 4256, 1er décembre 1756, délibération de la Chambre de commerce,

expliquer ce plan, et il constate avec regret que peu d’entre eux connaissent lés premiers éléments de la géométrie. « Il serait bien utile d'y pourvoir », écrit-il au garde des sceaux. Dans la même lettre, il lui demande l'autorisation d'entreprendre l’exécution des travaux, il fait l’éloge de Mangin, «excellent sujet de tout point », et il dénonce les menées de Lamothe, «clabaudeur perpétuel sans rime n1 raison 1. »

On dirait maintenant que le Pouvoir royal pactise avec les pilotes bordelais, menés par Lamothe. De Moras demande à Tourny de nouvelles vérifications, étant donné «qu’on ne doit pas se reporter au sentiment d’un seul homme?» L'intendant, découragé par tant d’entraves, va peut-être « laisser dormir les choses » . « Voyant, écrit-il au ministre, que vous ne trouviez pas à propos qu'on exécutât ce que l’amour du bien public m'avait fait proposer sur la connaissance que depuis cinq à six ans j'avais cherché à prendre de l’état des choses, et avec d'autant plus d'attention que la matière m'avait paru extrêmement importante, je ne pus m'empêcher de penser que c'était pour le commerce un malheur qui, suivant les apparences, ne se réparerait de longtemps 5. »

Une dernière occasion se présente; Tourny cherche encore à la saisir. Le charpentier préposé à la construction des balises est venu l’informer qu'une balise était achevée, que le bois des autres était prêt. « Mettra-t-on les balises en place, ou les déposera-t-on dans des magasins, auquel dernier cas, le travail de cinq années sera perdu?» Quand l'intendant demande à la Chambre de choisir six navigateurs pour vérifier l'emplacement des balises5, elle a le cœur de répondre encore que la saison est trop avancées.

1. A. D., Gir., C 1973, 5 janvier 1757, tettre de Tourny au garde des sceaux.

2. À. D., Gir., C 1973, 11 mai 1757, lettre de M. de Moras à Tournyv.

3. A. D., Gir., C 1973, 4 juillet 1757, lettre de Tourny à M. de Moras.

4, Ibidem.

9. La demande formulée par l’intendant est mentionnée dans la délibération de la Chambre de commerce du 18 août 1757, A. D., Gir.,. CG 4256.

6. A. D., Gir., C 4256, 26 août 1757, délibération de la Chambre.

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