III. — Bordeaux-Toulouse et embranchements
Tourny attacha d’abord au grand chemin Bordeaux-Toulouse une importance d'autant plus grande que la route des princes par les petites Landes lui empruntait le tronçon Bordeaux-Langon, que les voyageurs allant de Bordeaux à Auch devaient le suivre sinon jusqu’à Agen, du moins jusqu’à Port-Sainte-Marie, et qu’il servait encore à entretenir certaines relations, bien qu'assez indirectes, entre la Guienne et l'Auvergne, le Bas-Limousin et le Quercy $.
1.. A. D. Gir., C 1842, 6 décembre 1743, lettre de Tourny à Trudaine.
2. C’est l’objet de la lettre à Trudaine du 23 janvier 1746, A. D.. Gir., C 1549,
3. La route de Bordeaux à Toulouse représente la grande transversale de ’isthme Océan-Méditerranée. A l’époque romaine, la route existait de Bordeaux à Agen; mais, pour éviter le passage du fleuve. elle était tout entière établie sur sa rive gauche; elle ne la franchissait pas, comme au xvre siècle, comme de nos jours, entre Langon et
ñ e L OUVRE DES ROUTES 495
On est allé jusqu'à écrire que la Guienne devait à Tourny la grande route Bordeaux-Toulousel: c’est là une erreur capitale, mais encore doit-on reconnaitre le grands efforts apportés par le marquis à la réfection de ce chemin. Au lendemain de son arrivée, il fait travailler par Vimar à la partie comprise entre Aiguillon et la limite de la généralité. En octobre 1744, il écrit qu'il a vu la route tout entière sur 38 lieues. Son impression est plutôt mauvaise : le sol est peu solide, les matériaux sont rares, le sol est riche, et les propriétaires se plaignent des parcelles qu’on leur prend. Cependant certains redressements ou alignements apparaissent comme indispensables dans la partie comprise entre Tonneins et Agen. De Tonneins à Bordeaux, d’autres travaux s'imposent ; le terrain ÿ est d’ailleurs différent, el quelques portions de la route sont aménagées! « Mais il est impatientant, écrit Tourny, de voir le peu d’attention qu’on a eu, lorsqu'on a pavé où gravé ces endroits, à les aligner et élargir; on a suivi l’état tortueux dans lequel ils se trouvaient. » L’intendant compte bien qu'avant longtemps <es erreurs seront réparées2. Bien qu’il soit quelque peu arrêté à ce moment par le refus d’Orry d’indemniser les propriétaires expropriés#, il ne recule pas devant la difficulté de l’entreprise. Il y emploie des corvées dont il confie la direction au sieur Gimbrède. Au bout de peu de temps les sinuosités se redressent, les rampes sont adouciest. La construction de plus de 12 ponts est adjugée, en 1746, à Gimibrède pour une somme de plus de 20000 I. Entre autres ouvrages difficiles à exécuter, il faut citer le pont sur le Drot, destiné à «remplacer un bac dangereux où il y a 6 ans, écrit Tourny, 80 personnes furent noyées. %» Les
Saint-Macaire. Au-delà d'Agen, le raccord par Montauban n'existait pas: la voie suivait par Auch, vers Toulouse. Le chemin d'Agen à Auch et la ville même d'Auch gardèrent ainsi pendant longtemps une grande importance qui leur restait encore, en partie au moins, du temps des intendants d'Étigny et Tourny, bien que la route continuât dès lors au delà d'Agen vers Montauban, par La Magisitère, A. D., Gir., C 2544, 23 mai 1750, état des postes établies dans la généralité de Bordeaux.
1. Abbé Labrunie, Ahrégé chronologique des antiquités d'Agen, p: 189.
2 AUD Gir., C 1847, ? octobre 1744, lettre de Tourny.
3. Trudaine et part à Tourny du refus du contrôleur général, dans une lettre du 4 novembre 7AL MAN ID Gir 10 1847;
4. Fournié, Nolice sur P Manieton et le personnel des Iravaur publics, dans la Revue de: l’Agenais, t. XIV, 1887, p. 218-219.
5. A, D., Gir.. C 1856, 11 avril 1749, lettre de Tourny à Trudaine, minute autographe.
documents mentionnent encore l'ouvrage établi sur le ruisseau de Casse près d'Agen, qui coûta 7300 L1, et les 2 ponceaux ainsi que l’aqueduc de Saint-Pierre-d’Aurillac ?.
La route de Toulouse ainsi aménagée, l’intendant ne croit pas qu'elle puisse suffire aux relations qui -doivent s'établir entre la généralité de Bordeaux d’une part, et d'autre part les généralités d’Auch, de Montauban et de Limoges.
© A l'exemple de Boucher, le marquis avait déjà fait travailler à la route de la Baïse, par Nérac et Valence-sur-Baïse, tout en réduisant l'importance des crédits que son prédécesseur pensait y employer. Après avoir suivi à cheval les alignements faits par Vimar, de Lavardac à Valence, il se déclara satisfait, mais il prit la décision de remplacer par de simples cassis une vingtaine de ponceaux®. En 1745, on travaillait encore sur le chemin de Nérac à Condom.
L'intérêt que Tourny prend à ces travaux devient beaucoup plus grand, du moment qu’il conçoit, entre 1744 et 1746, semblet-il, le projet d'utiliser le troncon Nérac-Condom pour une grande route directe allant de Bordeaux à Auch par Bazas. La partie Bordeaux-Bazas existant déjà, il ne restait, à ouvrir que la partie Bazas-Nérac par Grignols, Casteljaloux et Barbaste, soit dix lieues environ“. Les plans de ce tronçon sont levés dès le début de 1746. Des corvées sont ordonnées dans le cours des années suivantes pour «tirer de la pierre et former des encaissements. » Les plaintes des gens de Casteljaloux provoquent un certain ralentissement dans l'exécution des travaux, au moment de la famine5, Le 8 avril 1749, l’intendant donne commission au sieur La Guette, pour activer de nouveau l'emploi des corvées6. En 1756 et 1757, adjudication est donnée d’un certain nombre
LED Gin CALSGO UE juin 1754, adjudication.