PS NOTE
commissaire départi, qui prend ou fait prendre par le Conseil toutes mesures utiles, en général sur requête du directeur des Postes.
A la suite de nombreuses plaintes qu'on lui rapporta, Tourny rendit plusieurs ordonnances en faveur des maîtres de poste, pour garantir leur monopole qui semblait menacé. L'ordonnance du 18 février 1750 défendit «à tous messagers, propriétaires, fermiers, loueurs el conducteurs de carrosses ete, muletiers, rouliers, voituriers, poulaillers, beurriers, coquetiers ete, et à toutes autres sortes de personnes de porter, par eau ni par terre, aucunes lettres ni paquets de lettres autres que les lettres de voi- Lure qui concerneront les marchandises dont ils seront chargés, sous peine, à chaque contravention, de confiscation de leurs chevaux, équipages et de 1500 1. d’amendes.» Les maîtres de navires sont aussi invités à «remettre ou envoyer dans les bureaux de postes des lieux où ils seront arrivés toutes les lettres ou paquets de lettres dont ils seront chargés!» En vertu d’une seconde ordonnance, les hôteliers, cabaretiers, aubergistes etc … se voient interdire de recevoir chez eux les lettres où paquets de lettres ?. Une troisième, du 20 décembre 1750, fait défense à tous propriétaires de chevaux de louage, dans les villes et villages de la nouvelle route Bordeaux-Limoges en particulier, de «courir la poste », autrement dit, «de fournir à aucune personne des chevaux pour courir avec guides d’un lieu à l’autre de ladite route, en cheval, en chaise, ou autres équipages, mais seulement pour aller le pas ou le trot et sans guides. » Ainsi les maîtres de poste sont préservés, dans la mesure du pessible, d’une concurrence qui aurait-fini par les déposséder ?.
L'intendant de Bordeaux s'efforce de les soutenir d’une autre manière encore, d'autant que, pour des raisons diverses, le trafic manque à certaines routes, à celles de Bordeaux-Toulouse, de Bordeaux-Bayonne el même à celle de Limoges *.
En vue d'améliorer la situation précaire des maîtres de poste,
1. A. D, Gir., C 2543, 18 février 1750, ordonnance de Tourny.
3. A."D. Gir.. C 3736, 20 décembre 1750, ordonnance de Tourny.
4. Voir le règlement du 23 juin 1750, A. N., H 1552 et la lettre adressée par Tourny à d’Ormesson le ? juillet 1753, A. D., Gir. C 2569.
Tourny obtient pour eux l'arrêt du Conseil du 23 juin 1750, qui leur accorde des gratifications proportionnelles à la longueur des courses de chaque courrier, le taux annuel étant compté à 75 1. par lieue’. Un peu plus tard l’intendant demande encore pour ses maîtres de poste de la route Bordeaux-Limoges que, vu la pénurie des fourrages, ils soient admis à réduire le nombre de leurs chevaux? Comme, malgré tous les adoucissements apportés au service, les maîtres de poste, découragés par leur peu de profits, abandonnent leur place, Tourny envoie, le 11 août 1753, à l'intendant des Postes, M. de Gerseüil, et au garde des sceaux un projet d'arrêt tendant à établir une imposition en nature ou en argent, pour soutenir le service des Postes sur la route Bordeaux-Limoges #. Un règlement général, élaboré dans ce sèns, fut établi par ordonnance du roi, le 23 avril 1754 1.
En dépit du zèle apporté par Tourny tant à l'aménagement des grandes voies qu’à l’organisation du Service des Postes, les résultats obtenus ne furent peut-être pas absolument satisfaisants, ou du moins le marquis dut-il laisser à ses successeurs le soin de poursuivre son œuvre, qui était considérable
Malheureusement pour la Guienne, les successeurs du grand intendant s’acquittèrent plutôt mal de leur tâche, et ainsi s’expliquent certaines impressions assez peu favorables qu’on trouve dans les récits des voyageurs.
Au dire du comte de Cheverny, les Postes sont mal servies sur la route des grandes Landes; il faut attendre les chevaux qui errent dans les pâturages: pour coucher, on dispose d’une chambre pour cinq, et les repas coûtent fort chers.
En 1764, un voyageur se plaint que la route de Nérac à Langon par Bazas, la voie Bordeaux-Auch pour mieux dire, soit
1. On trouve plusieurs exemplaires de ce règlement dans les liasses C 2537, C 2539, . C 3736, aux Archives de la Gironde.
RNA D:, Gir:,1C: 2569, 2 juillet 1753, lettre de Tourny à d'Ormesson.
3. À. D., Gir., C 2569, 11 août 1753, lettre de Tourny à M. de Gerseuil et au garde des sceaux, avec le projet d'arrêt. Il est question de ce projet d’arrêt, dans une dépêche ministérielle du 14 septembre 1753, A. N'POLSIEEO:
4. A. D., Gir:, G:2570, 23 avril 1754, ordonnance du roi qui renouvelle les règlements faits au sujet de la discipline des postes.
>, Comte Dufort de Cheverny, Mémoires, t. I, p:e199,
presque toujours impraticable. De Langon à Bordeaux, on continue à préférer le voyage par eau au voyage par terre. Quand «la tempête » empêche de prendre le bateau, on prend «la chaise », et sans s'être embarqué, on apprend à connaître le mal de mer... À Bordeaux, la cuisine n’est pas toujours bonne, le séjour à Fhôtel manque de confort. Si l’on continue le voyage vers Paris, on commence par se rendre à la Bastide, la veille du départ, pour retenir sa place à la voiture publique. La place se paye 66 I. dans le grand carrosse, et 92 1. dans la berline, repas non compris. Les routes de la rive droite ne sont pas mieux entretenues que celles de la rive gauche. À peine a-t-on quitté la Bastide qu’on est obligé d’aller à pied jusqu’à Saint-André-de-Cubzac. La dernière rampe étant trop rapide, il arrive que la voiture verse lamentablement. Les bateliers de la Dordogne sont souvent des «gens de sac et de corde » qui ont besoin de soldats pour les surveiller. Au delà de la Dordogne, les voyageurs sont consolés; la cuisine devient meilleure *.
RES Labadie-Lagrave, De Néra: à Paris en 1764, dans la Revue de l'Agenais, 1913, EXD, D:2193;::5qq.