IV. — L'Église de Soulac
Dans le détail des embellissements dont nous venons de voir. l’ensemble, se détachent certaines œuvres auxquelles Tourny voulut faire un sort particulier. Il s’intéressa notamment pendant plusieurs années à l’église de Soulac.
Au point de vue artistique, l’église de Soulac n'avait rien de bien remarquable, mais elle jouait, mieux que toute autre, le rôle de signal dévolu aux clochers; les marins la voyaient de très loin pointer sur la molle ondulation des dunes 2: elle leur servait de balise; c’est la raison pour laquelle elle intéressa Tourny.
En 1743, les sables l’ayant envahie, les gens de Soulac demandèrent l'autorisation de la démolir et d'employer les matériaux à la construction d'une église nouvelle. La Chambre de commerce de Bordeaux insista pour la conservation du vieux clocher qu'elle regardait comme indispensable à la navigation; plutôt que de le sacrifier, mieux valait acheter la vieille église aux habi- Lants, même au prix de 20 ou 25.000 livres. Le ministre de la Marine, Maurepas, estima que l'affaire était mauvaise pour le roi, qu'il n'y avait pas « lieu d'accorder une somme aussi forte »
1. Sur l’embellissement de Bergerac, voir Charrier, Les registres de la Jurade de la ville de Bergerac, t. XIL passim Voir aussi les rapports fournis par Vimar, à la date des 15 et 17 mai 1757, A. D., Gir., C 966. -
2. A. D., Gir., C 3686, 2 novembre 1743, lellre de Maurepas, ministre de la Marine, à Tourny, ,
qu'il valait mieux abandonner l’église, et bâtir à proximité une balise suffisamment élevée, Avant de prendre une décision définitive, le ministre demanda Pavis de Tourny.
L'intendant instruisit affaire avec le commissaire de la Marine, de Rostan, et Navarre, lieutenant général de PAmirauté. Le marquis fit savoir que les frais de construction d’une nouvelle balise seraient considérables, à cause de l'éloignement des malbériaux et du déblai des sables. Un mât, si haut qu'il fût, ne pourrait remplacer l’église; on ne le verrait pas d’assez loin. Il était préférable de conserver la vieille bâtisse et de négocier avec le seigneur de Soulac et quelques-uns des principaux habitants pour conclure avec eux un marché avantageux °.
A la suite d’une première entrevue, les gens de Soulac réduisent leurs exigences. Au lieu de 20000 |, ils n’en demandent plus que 12000, juste assez pour payer les frais de construction d'une nouvelle église. Leur cause est maintenant soutenue par Tourny : ils sont si dignes d'intérêt; l'Océan menace constamment de submerger leur rivage et les sables progressent toujours, sans que rien puisse les arrêter. L'intendant fait décider qu’on enlèvera tout ce qu’on pourra de la vieille église, cloches, pavés, vitraux, ornements, et qu'on y laissera entrer les sables pour la consolider, en la comblant?.
Maurepas marchande encore. Si Soulac ne se contente pas de 10000 livres, à prendre sur les droits qui se perçoivent pour
- l'entretien de la tour de Cordouan, une balise sera édifiée à la
place de l’ancien clocherÿ. De nouveau, Tourny se transporte à Soulac, il essaie même d’aller à Cordouan, pour vérifier par lui-même les dires des marins, mais l’état de la mer l’en empêche.
À force de négociations, il obtient que, par une délibération visée de lui, le curé et les habitants de Soulac cèdent au rot leur église moyennant la somme de 10000 1. Pour s’entourer de tou-
Les les garanties, il fait approuver le marché par le Prieur de
la localité. Le devis pour la construction de la nouvelle église se monte exactement à 10500 1. Les habitants doivent pren-
1. À. D:, Gir., C 3686, 18 novembre 1743, réponse de Tourny à Maurepas, copie, 9, A:D., Gir., G 3686, 6 janvier 1744, lettre de Tourny à Maurepas, copie, 3, À, D., Gir., G 3687, 15 janvier 1744, lettre de Maurepas à Tourny.
dre à leur charge le transport, par corvées, des matériaux, et la décoration intérieure du nouveau bâtiment |
L'affaire était conclue de façon que chacun se montrât satisfait. Le ministre avant donné son approbation, la construction de la nouvelle église fut mise en adjudication, le Jundi 15 juin 1744?, La bâtisse fut achevée vers la fin de 1745.