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Même pour les constructions à élever sur les terrains de la ville, l'intendant et la Jurade eurent à se mettre d'accord avec le service des fortifications. La hauteur des maisons ne devait pas êner le tir du Château-Trompette, si jamais les canons venaient, être braqués sur la cité. L'autorisation de bâtir ayant été donnée déjà du temps du gouverneur Dasfeld, par un arrêt de 1734?, d'Argenson la réitéra par sa lettre du 31 mai 1745, mais «à la condition que ces constructions ne nuiront pas aux ouvrages de fortifications 2» Il revint plusieurs fois sur cette réserve, notamment dans sa lettre du 4 août 1790, où, après avoir rappelé les arrêts défendant de construire sur l’esplanade des édifices trop élevés, il menaca de réprimer sévèrement tous les abus ou contra-

ventions *.

Au moment où s’ouvrit la vente des emplacements, en 1746, la hauteur des bâtiments devint une des clauses du marché. Elle ne devait pas dépasser 26 à 30 pieds, bien que la ligne des maisons pût en paraître écrasée *.

Pour sauver l’ensemble de la perspective. l’intendant s’ingénia x donner le change, en variant, dans la mesure du possible, le niveau des toitures et en les surélevant, en apparence, par tous les artifices de l’art. Il alterna les maisons basses avec des pavillons plus hauts d’un étage. Toutes les constructions devaient se faire à l'ordonnance, suivant l’alignement qui leur était indiqué tant sur le devant que sur le derrière. Tous les combles des maisons basses seraient couverts d’ardoises du côté de l’esplanade. «Le brisis et le faux-comble des mansardes» le seraient également. Les combles dés maisons basses feraient «croupe » au voisinage des pavillons.

1. Voir, pour cet arrêt, un extrait des registres du Conseil d'État conservé aux Archives communales de Bordeaux, carton D D 33,

2, A, C., Bordeaux, D D 23, 31 mai 1745, lettre de d’Argenson à Tourny, copie.

3. A. C. Bordeaux, D D 23, 4 août 1750, lettre de d’Argenson à Tourny, copie élablie sans doute par l’intendance pour la Jurade, comme la précédente.

4. Ce défaut, dont on peut convenir encore, mais dont la responsabilité ne saurait être imputée à Tourny, fut Aprement relevé par ses ennemis de l’Académie. Il en est fait mention dans le rapport du président Barbot. Archives de l'Académie, 1749, document transerit par M. Caraman.

5. Ges différents traits de l'ordonnance générale sont indiqués en détail dans les observations qu'on trouve sur un plan sans date, de la liasse C 1217, aux Archives de la Gironde. Ts sont également reproduits dans tous les actes d’adjudieation, pour

LES PROMENADES DU CHATEAU-TROMPETTE o19

En septembre 1749, la façade était déjà bâtie sur plus de 120 toises !. L’enchère fit monter assez haut le prix du premier emplacement vendu. Il s’étendait sur 48 Loises. Lagarde, marchand orfèvre, en offrit d’abord 4000 1, Jean Chaumet, avocat, enchérit à 4300 1, et enfin Lafitte, ancien trésorier des troupes, l’acquit en donnant 100 1. de la Loise ?,

Obligée d’empiéter sur l’enclos des Jacobins, la ville conclut avec eux un échange de terrains, par l'entremise de Tourny, et après des négociations laborieuses®. Les difficultés d’aliénation augmentèrent, quand les maçons se rapprochèrent de la maison de l'Académie. L’intendant et, à sa suite, les jurats demandaient qu'une rue fût ouverte le long de cette maison, en face de l’église des Jacobins. Un arrêt du conseil, daté du 26 juillet 1749, autorisa, outre l’ouverture de la rue, l’aliénation d’un terrain vacant de 30 toises, au devant de l'Académie 1.

Cet arrêt mit le feu aux poudres. L'Académie partit en campagne, et son exemple déchaîna l'opposition. Des décisions contradictoires furent prises. Le Corps de ville, encouragé par Tourny, essaya de passer outre aux défenses qui lui étaient faites, en faisant continuer quand même les travaux suivant l’alignement. Le 20 juillet 1752, d'Argenson donna l'ordre aux jurats de suspendre leur entreprise*. C’est seulement le 13 août 1759 que devait avoir lieu l’adjudication de l'emplacement situé au devant de l’Académie f.

la construction des bâtiments de la façade. A. C., Bordeaux, D D 15, liasse 21, actes des 1er et 6 juillet 1757. Dans ces conditions, on se demande comment pourrait être tolérée toute infraction à ces règlements, même à l'heure présente. Les combles d’ardoises doivent rester apparents: ils ne doivent être masqués ni par dés peintures, ni par des pancartes.

1. Ce renseignement est fourni par le rapport Barbot déjà cilé.

2. A. C., Bordeaux, carton D D 23, liasse 21, adjudicalions de 1746.

3. Voir la dépêche ministérielle adressée. à Tourny, le 11 décembre 1746, A. N,., CSS07

4. On en trouve un exemplaire aux Archives communales de Bordeaux, dans le carton D I) 23

D. A. C., Bordeaux, B B, registre de correspondance pour les années 1751 et 1752, 20 juillet 1752, lettre de d’Argenson aux jurats de Bordeaux.

6, A. CG, Bordeaux, D 1) 13, liasse 21, 13 août 1759, adjudication. La querelle de l’Académie, en tant que conflit de pouvoirs, sera étudiée plus loin,

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