Rapsodie de l’Académie. Document déjà cité
3. A. D., Gir., C 3306, 1°" septembre 1749, lettre de Tourny à l’évêque d’Agen, déjà citée. Cf. le procès-verbal de la délibération de l'Académie, dans la liasse G 3307, aux Archives de la Gironde, extrait du registre de l’Académie.
5992 LES CONFTLITS
conclusion, de former opposition aux arrêts du Conseil, par 7 voix
; | : | contre 2, suivant les adversaires de Tourny, par 6 voix contre 2,
(os) suivant le témoignage de l’intendant *.
Comme pour affirmer leur succès, les opposants décidèrent, pour le jeudi 14, une assemblée extraordinaire. I fallait faire vite, d’autant qu'on avait affaire à un homme toujours actif, qui n'avait jamais laissé ralentir lPautorité dans ses mains. La victoire fut chaudement disputée. L'intendant, qui avait rédigé un mémoire, batailla courageusement. N'ayant pu empêcher ses collègues de se prononcer contre les arrêts, il travailla à obtenir un délai. II soutint que le Conseil s'était montré favorable à l’Académie; il dénonça avec ses partisans la rédaction tendancieuse du procès-verbal des dernières séances.
Ses ennemis l’ayant emporté d’une voix, par 7 contre 6, ne laissérent pas languir l’affaire. Le jour même, l'opposition aux arrêts fut signifiée à la Jurade par M. de Sarrau, et trois jours plus tard, le 17 août, l’Académie de nouveau rassemblée délibérait de donner à M. de Montesquieu un pouvoir sans limites pour suivre et pour gérer toutes les affaires de la Compagnie.
C'en était fait de l’union et de la paix à l'Académie. Deux partis s’y formèrent : celui de Tourny, avec l’évêque d'Agen, MM. de Caupos, d’Albessart, de Sarrau, Thibault, Chimbaut, le président de Gasc, le premier président et l’intendant lui-même ; celui des opposants ou confédérés, avec les meneurs de la Cour souveraine, MM. de Grissac, de Baritault, le président Barbot, le président de la Vie, le président Loret, M. Chatard, et M. de Secondat.
Ces derniers paraissaient les plus forts, parce qu'ils étaient les plus assidus aux séances. Parlà, ils tenaient l’Académie, ils pouvaient parler en son nom, ils pouvaient faire bon marché de l’opinion du reste de leurs collègues; ils en triomphaient déjà en les appelant «le parti des absents ».
Tourny, une fois mis en échec, ne négligea rien pour rallier ses partisans, pour reconquérir l’Académie, pour devancer ses rivaux,
1 Comparer, pour toute la suite de l'affaire, les affirmations de Tourny dans sa
lettre du 1er septembre 1749, et celles de l'Académie dans sa rapsodie et dans les pro cès-verbaux de ses délibérations.
pour les impressionner. Il demandait au président Barbot de lui remettre les copies des délibérations de la Compagnie ; il recueillait, pour un mémoire, la signature de tous ses amis‘; il leur écrivait, comme à l’évêque d'Agen, pour les prier de le soutenir en assistant aux séances ; il conservait, comme autant de témoignages précieux, les réponses qui lui étaient faites. M. de Sarrau lui disait : «Mon intention sera toujours de servir l'Académie, la bonne cause et la vérité. Tout cela se trouve parfaitement d'accord avec mon attachement infini pour vous?.» De Caupos l’assurait à son tour de tout son dévouement *; l’évêque d'Agen et le premier président Leberthon en usaient de même; et l’intendant se servait de tous ces hommages pour convaincre Saint-Florentin 5.
Dans le camp adverse, le président Barbot, secrétaire perpétuel, dressait ses batteries, aidé de MM. de Grissac et de Baritault, frondeurs invétérés. Il rédigeait, pour l'illustre Montesquieu, un volumineux et grandiloquent mémoire qui présentait toutes les bonnes raisons de l’Académie. Le terrain de sa façade était au roi, et non pas à la ville. Il était injuste de proposer à une Compagnie privée de ressources l’entreprise de bâtiments nouveaux. Il était injuste de demander aux académiciens de changer de logis. [l'était injuste d’ôter ses agréments à une des plus belles maisons de la ville, de la masquer et de l’ensevelir. Le président Barbot imvoquait contre M. de Tourny les lois de Zénon et de Justinien. Du port de Bordeaux, il se transportait par la pensée à Constantinople ; il méêlait la Garonne avec le Bosphore ; son argumentation Juridique s’émaillait d'expressions poétiques : « C’est dans le pays des folles, écrivait-il, qu’on élève des maisons au son de la Iyre 5»
1, 11 y fait allusion dans sa lettre à l’évêque d'Agen, du 1er septembre 1749, déjà citée. A. D., Gir., C 3306.
2.. A. D., Gir., C 3307, 20 octobre 1749, lettre de M. de Sarrau à Tourny.
3. A. D., Gir., C 3307, 30 septembre 1749, lettre de M. de Caupos à Tourny.
4. A. D., Gir., C 3307, la lettre de l’évêque d’Agen n’est datée que de 1751, mais Leberthon avait écrit à Tourny dès le 5 octobre 1749.
SAALD Ci 01219,:29 décembre 1749, lettre de Tourny à Saint-Florentin.
6. B. M., Bordeaux, Arch. Acad., registre 5 des délibérations, Mémoire du président Barbot.