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IV. — L'Affaire de la Comédie bourgeoise

Non contente de résister, la Jurade passait à l'attaque.

Une société d'amis «de bonne condition» représentait des comédies. M. de Pontac et M. de Tourny fils en étaient membres. M. l'intendant et Mme la comtesse de Pontac étaient les présidents d'honneur. Ils eurent la malencontreuse idée de demander à la Jurade une salle de la mairie pour les représentations. Peutêtre lés personnes déléguées par la société crurent-elles devoir assurer les officiers municipaux qu’on serait très flatté de les voir au spectacle #. Lorsque M. Montau, jurat, vint porter des billets

à ses collègues, de la part des dames qui devaient Jouer la comédie, les officiers municipaux se récrièrent, comme s'ils n'avaient pas besoin de billets pour se faire accueillir. Ils mirent l'affaire en dé-

libération: ils décidèrent de refuser les billets, d’user à l'égard de

LSAS D Gir., C 1069, 29 mars 1754, lettre de Cholet à Tourny. 2. A. D., Gir., C 916, 23 septembre 1755, arrêt du Conseil confirmatif des ordon-

nances de Tausny- 3.. Voir la délibération de Jurade du 10 janvier 1752. A. D., Gir., C, 916, extrait

de la délibération.

l'assemblée de leur droit de police, de se faire admettre de force, comme s'il s'agissait d'une réunion publique. Montau, ayant pris sur lui de placer quelques archers du guet à la porte de la salle pour en écarter les curieux, ils résolurent de ne maintenir cette garde que dans le cas où la société les autoriserait euxmêmes à entrer sans billet à la comédie.

L'importance de l'incident fut grossie sans doute par ceux qui le rapportèrent à Tourny. Il écrivit aux jurats une lettre plutôt vive, où il leur disait : «On me vient de rapporter quelque chose de si extraordinaire de votre part au sujet de l’amusement que quelques personnes de condition de cette ville se sont proposées de prendre cette après-midi, que je ne le puis croire, surtout aucun dé vous ne m'en étant venu parler; je vous prie de cesser toute difficulté, ou qu'il en soit rendu compte sur-le-champ !

L’intendant exigeait une réponse immédiate; sa lettre parvint à une heure à l’hôtel de ville; à cinq heures et demie, il n'avait encore pas de réponse. Il se rendit alors lui-même à la comédie; comme la salle n’était gardée que par quelques domestiques, et que la foule se pressait aux portes, il chargea le grand prévôt d'envoyer chercher quatre cavaliers de la maréchaussée ?.

La Maréchaussée à l'hôtel de ville! C'était pour les jurats le comble du scandale, et la question des billets passait dès lors au second plan. Tourny perdit son temps à vouloir démontrer aux jurats que leur réponse avait été tardive, que le procès-verbal de leur délibération était mal rédigé, que la société ne s'était pas réunie en assemblée publique etc... etc...3. Les jurats ne songeaient maintenant qu’à dénoncer à Saint-Florentin la nouvelle entreprise de la Maréchaussée contre les privilèges de la ville. L’intendant essaya d'éviter ce nouvel éclat, en négociant avec le procureur syndic #. Pour éviter une surprise, il éerivit à de Couloussac, ancien capitoul, pour savoir comment on en usait à Tou-

1. A. C., Bordeaux, B B, registre de correspondance pour 1751-1752, 10 janvier 1752, lettre de Tourny aux Jurats.

2. On trouvera l'exposé de ces faits dans la lettre de Tourny à Saint-Florentin, en date du 31 janvier 1752. A. D., Gir., G 916.

3. A. D., Gir., C 916, 14 janvier 1752, lettre de Tourny aux jurats.

4. Tourny rend compte de ses négociations aveg le procureur syndic dans la lettre qu’il adressa, le 15 janvier 1752, au ministre Saint-Florentin. A. D., Gir., C 916, 15 ve vier, 1702, minute,

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louse pour les fêtes de sociétés. De Couloussac le rassura!. Mais Saint-Florentin intervint dans l'affaire; il donna tort aux jurats d’avoir fait servir leur Maison «pour des usages aussi frivoles; » il blâma Tourny d’avoir eu recours à la Maréchaussée, pour des fonctions aussi peu sérieuses ?. Pour une fois dans sa vie, le miuistre, ami du cotillon, pouvait se flatter de prêcher la morale. Tourny se défendit encore comme il put, en montrant que la Maréchaussée n'avait pas été détournée de ses devoirs au détriment du bien public, en expliquant qu’elle faisait son service en ville, sans que les jurats y trouvassent à redire. Il demandait en conclusion‘ que les choses restassent en l’état, que la salle fût conservée à la société pour lui éviter une trop cruelle mortification 3. Le débat faillit se rouvrir, les jurats ayant rapporté de prétendus propos de Tourny, d’après lesquels il s’attribuait le pouvoir de se servir de la Maréchaussée et de l’employer partout où il jugerait à propos, «comme il pourrait le faire de ses hoquetons. » L’intendant aurait même ajouté que «quant à l'hôtel de ville, il y avait beaucoup plus de droit que MM. les jurats 4.»

Le ministre trouva qu’on faisait à Bordeaux beaucoup de bruit pour rien, et 1l déclara ne plus vouloir entendre parler d’une pareille affaire 5.

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