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V. — L’Affaire de l'Opéra

Une autre affaire, la question de l’Opéra, de même goût que la précédente, devait encore, pendant de longs mois, retenir l’attention de Saint-Florentin t.

1. Voir, à ce sujet, la réponse de Couloussac à Tourny, en date du 16 janvier 1752. ADD GTS C9 0:

2. A. D., Gir., C 916, 23 janvier 1752, lettres de Saint-Florentin à Tourny et aux jurats.

3. À. D., Gir., C 916, 31 janvier 1752, lettre de Tourny à Saint-Florentin.

4. A. C., Bordeaux, B B, correspondance de Jurade pour 1751-1752; 4 février 1752, lettre des jurats à Tourny.

5. «Je vous prie donc, écrivait-il à Tourny, que je n’en entende plus parler. » A. D., Gir:;:C 916, 13 février 1752.

6. Sur la suite de l’affaire, voir le mémoire rédigé par Tourny pour Saint-Florentin, à la date du ? novembre 1754. A. C., Gir., C 1207. La minute de ce mémoire est corrigée en entier de la main de Tourny.

Le sieur Hébrard, associé du sieur Boulard « pourvu du privilège pour l'Opéra en Guyenne et Languedoc », donnait ce année des représentations à Bordeaux, pendant les six, © mois d'hiver. Durant les six mois d’été la comédie prenait la Pit L'entreprise du sieur Hébrard était la seule qui fonctionnât en province. Son Opéra servait d’ «école » pour celui de Paris. Toutes les conditions semblaient réunies, pour que les autorités locales soutinssent de toutes leurs forces l’entreprise du sieur Hébrard.

À la fin de l'été de 1754, les jurats de Bordeaux méditèrent de la ruiner, ou du moins de la faire passer au compte de la ville : l'Opéra serait mis en régie, avec un prête-nom qui serait le sieur Prin. Le 21 octobre 1754, Tourny écrivait au Corps de ville :

Une lettre, MM., que j'ai reçue de M. le Maréchal de Richelieu m’apprend que vous avez sollicité le privilège de l'Opéra, en vous offrant pour caution du particulier sous le nom duquel vous demandiez que ce privilège fût mis, et en mandant que cet arrangement était concerté avec moi. Comment avezvous pu vous porter en même temps à deux choses, dont l’une est aussi peu convenable que l’autre est éloignée de la vérité 1? »

Les jurats avaient commencé par faire des difficultés à Hébrard quand il s'était présenté à eux, dans le courant de septembre. Leurantention était alors de gagner du temps pour que leur combinaison pût aboutir, que Prin pût enlever à Hébrard les éléments les meilleurs de sa troupe, et que le Maréchal de Richelieu, comme Saint-Florentin, fussent amenés à sacrifier Hébrard ?.

La lettre de Tourny du 21 octobre déconcerta le Corps de ville. En même temps qu’il dénonçait la tentative des jurats, l’intendant leur demandait les lettres qu'ils avaient pu écrire ou recevoir sur la question. Ils racontèrent qu'ils n’en avaient pas gardé copie; quelques jours plus tard, ils les apportaient. Leur situation devenait difficile, mais ils trouvèrent encore moyen d’alléguer « d’un appointement de Jurade, qui portait que le sieur Prin jouerait jusqu’à ce qu'il se présentât un porteur de privilège de l'Opéra. » N'’étant que trois à Bordeaux, dans le moment, ils ne pouvaient prendre sur eux de rien changer aux décisions prises.Quand Tourny,

- À. D., Gir.,. C 1206, 21 octobre 1754, lettre de. Tourny aux ur 2 Voir le HO Dire du ? novembre 1754, déjà cité.

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en vue d'obtenir pour Hébrard qu'il jouât au moins le samedi et le dimanche, l’engagea à se présenter aux Jurats, porteur d'ordres formels, les officiers municipaux refusèrent d’en prendre connaissance, bien que l'écrit fût signé du commissaire départi!.

Entre temps, Tourny avait fort heureusement provoqué l’in- Lervention de Richelieu. Le maréchal obtint de Saint-Florentin que le sieur Hébrard pût « représenter l'opéra » tout l'hiver, à condition qu'il disposât d’une troupe suffisante? La question paraissait tranchée, mais les jurats épiloguèrent encore : ils prétendirent obliger Hébrard à leur montrer, conformément au règlement, pour le 7 novembre, l’état complet de sa troupe, avec les pièces authentiques constatant l'engagement régulier des acteurs ?. Hébrard put enfin donner deux premières représentations, les samedi et dimanche 16 et 17 novembre. Le publie manifesta sa joie et sa reconnaissance à Tourny, en battant des mains, quand lintendant parut dans sa loge.

Les jurats boudaient. Pour indisposer Hébrard et sa troupe, ils commencèrent par défendre à certaines personnes, dont les comédiens, de porter l’épées. On parlait « d'argent promis aux gens de l’hôtel de ville, en cas que la comédie continuât ‘» Quand approcba la fin de l'hiver, la Jurade fit l'impossible pour qu’ Hébrard ne revint plus, tandis que le même Hébrard demandait à pouvoir continuer ses représentations au delà de la date indiquée, pour s'indemniser des pertes d’argent supportées par lui au début de la saison 7.

TFourny appuya Hébrard , et il intéressa de nouveau à sa cause le maréchal de Richelieu. Le comte d’'Eu, possesseur du privilège pour l'opéra de Bordeaux, exigeait que ce privilège- s’exécutât

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