V. — Fronde Parlementaire et Coups d’Autorite
Le Parlement de Bordeaux riposta à son tour, sans crainte de se mettre, comme au temps de la Fronde, en rébellion ouverte contre l’autorité du roi.
Tandis que le Parlement de Paris préparait de nouvelles remontrances sur les excès du Grand Conseil, la Cour souveraine de Bordeaux décidait, toutes chambres assemblées, de ne pas « prendre lecture » du dernier arrêt du Conseil, attendu qu'il n'était pas : revêtu de lettres patentes, et que cette « voie insolite » allait « contre la subordination des inférieurs ». Dans la même séance du 13 avril 1756, le Parlement rendait un arrêt qui confirmait toutes ses décisions précédentes 1.
Bien que l'arrêt en question dût être signifié aux officiers du Bureau des finances, et non pas au Conseil du roi, ni à l’intendant, il n’en témoignait pas moins de la très mauvaise humeur de la Compagnie contre l’un et contre l’autre, dans un temps où l’on assistait à peu près dans toutes les provinces au soulèvement géné-
I. A. D., Gir., C 2299, 28 mars 1756, lettre de Comarrieu à Tourny.
2. A. N., E 2357 et A. D., Gir., C 2299, 31 mars et 11 avril 1756, arrêts du Conseil. ?
3. D'Argenson, Journal et Mémoires, S avril 1756, et Journal de Barbier, t. VI, p. 286. à
4. A, D., Gir., C 2299, 13 avril 1756, arrêt du Parlement publié par la Gazelle de Hollande, du 18 mai 1756, >
ral des Cours de justice contre le Pouvoir central représenté par les commissaires départis !.
Était-il de bonne politique, de la part du monarque, de faire venir à Paris, par punition, pour qu’ils se missen£ à la suite du Conseil, les magistrats les plus turbulents des Cours les plus indociles ? On le croyait encore, bien que les magistrats frappés trouvassent ainsi l’occasion de se réunir, de se concerter et de négocier à loisir avec les quatorze députés que les Cours souveraines entretenaient alors à Paris ?.
Pour donner satisfaction au Grand Conseil, qui avait rédigé à son tour contre les Parlementaires bordelais de solennelles remontrances*, le roi rendait, le 9 mai, « de son propre mouvement », un nouvel arrêt de cassation contre les décisions prises par la Cour de Bordeaux, et il ordonnait en outre à «l’ancien président dudit Parlement, l’ancien conseiller de la Grand’Chambre et l’ancien conseiller de chaque chambre ayant assisté à la délibération du 13 avril », de se rendre dans le délai d’un mois, à la suite du Conseil, pour fournir des explications sur leur conduite et sur celle de leurs collègues 4 Le même jour, deux ordres d’exil étaient expédiés à deux membres de la Compagnie, l’un pour Issoire, l’autre pour Bourges5. Enfin, deux jours plus tard, en vue de répondre à un nouvel arrêt du 28 avril que le Parlement de Bordeaux avait encore osé prendre, le roi, «ne pouvant trop tôt réprimer une conduite si contraire à l’obéissance de sa volonté manifestée d’une manière si précise », cassait la résolution de la Cour el frappait d’interdit le sieur Baret, greffier en chef, coupable d’avoir expédié l'arrêt f.
L'événement parut considérable eb l'opposition ne manqua pas de l’exploiter contre Tourny, dont on ne voit pas bien le rôle dans cette affaire. « Ces tristes nouvelles, lit-on dans les registres secrets du Parlement de Bordeaux, à propos des coups d'autorité qui le frappèrent, jetèrent la consternation dans l’esprit de tous les bons
1. « Actuellement, écrit d'Argenson à la date du 7 mai 1756, il y a un soulèvement général contre les intendants de province. » D'Argenson, Journal et Mémoires.