CHAPITRE XI
… La Situation politique à la fin de l’Intendance de ['ourny.
L La situation politique générale. — Il. Le Comte d'Hérouville commandant de la Province et le Maréchal de Richelieu gouverneur. — I. L'ascendant de la
Cour de Parlement. — IV. L'Outrecuidance de la
Jurade bordelaise.
Entre 1756 et 1757, dans l’espace de quelques mois, des remaniéments profonds modifièrent la situation politique générale du Royaume.
Au milieu de 1756, la faveur appartenait aux ennemis des parlementaires, au Conseil et aux ministres d’Argenson et Machault que soutenait la Pompadour. Les Cours se rapprochaient les unes des autres; elles faisaient l'impossible pour soulever l’opinion contre le parti au pouvoir ;d’un bout à l’autre de la France, leurs remontrances se répondaient. « Le temps est venu, M., écrivait
Chauvelin à Tourny à propos de la Cour dés Monnaies, où il n’y a point de Tribunal, de quelque nature qu'il soit, qui ne supporte impatiemment que le Conseil veuille exercer quelque autorité sur lui et ne cherche à s’en garantir ?. » Une doctrine commune ressortait de tous les morceaux d’éloquence rédigés parles magistrats : les Parlements prétendaient représenter la Nation. « Frapper le Parlement, c'est frapper la Nation », disait le Parlement de Bordeaux*, Les Cours souveraines voulaient être les dépositaires de la Loi. « Le pouvoir d'institution et de détermination réside dans le Souverain, disait à son tour le Parlement de Paris: le pouvoir de direction réside dans la Loi: le pouvoir d'exécution et de conservation réside dans les ministres de la Loi: qu’un seul de ces trois. ressorts soit directement attaqué, les deux autres recoivent indirectement des attaques aussi réelles, aussi dangereuses 4 » Les Parlements, comme le Conseil et comme les ministres, entendaient mener la lutte jusqu'au bout, jusqu'à ce que l’un des partis succombât.« Vos Cours de Parlement, Sire, affirmaient les magistrats, sont indispensablement obligées de dire la vérité au Souverain, et de résister, jusqu’à la mort, aux abus que l’on voudrait faire de son autorité 1».
Le Souverain, cet être impersonnel que les partis se disputaient comme un enjeu, était amené quelquefois à prendre des décisions, mais 1l se dispensait de les suivre. En novembre 1756, pour apaiser le Parlement de Bordeaux, il promit de lui sacrifiér la Commission du Terrier, mais la promesse ne fut pas aussitôt réalisée. Un mois plus tard, le 10 décembre 1756, paraissait un édit supprimant deux Chambres des Enquêtes au Parlement de Paris et. réglementant à nouveau la discipline des Cours et le droit de remontrances 5, Au début de l’année suivante, le roi, malgré la Grand’Chambre de la Cour de Paris, déclarait vacants les offices des parlementaires qui avaient donné leur démission à la suite de l'édit du 10 décembre. La défaite des Cours paraissait assurée, le Grand Conseil allait
LADY Gir., C 2409, 13 avril 1756, lellre dé Chauvelin à Tourny.
2. B: N.,.F 47117, 25 mai 1757, remontrances du Parlement de Bordeaux.
3. Remontrances du Parlement de Paris du 8 octobre 1756, publiées dans la Gazetle de Hollande,