‹ TournyChapitre 446 sur 494 · Cité par Communay, op. cit, p · texte numérisé non relu

Cité par Communay, op. cit, p

4. A. D., Gir., C 1379, 31 décembre 1747, lettre adressée à Tourny par un Capl- .taine de navire. ÿ

arrière-pelits-fils de ses tenanciers conservent de Jui un souvenir fidèle. En Vexin normand, à Tourny même, on parle encore du marquis Juste, honnête et loyal qui succédait à un père chicanier et cupide, du marquis qui arrivait en grand équipage dans son carrosse à quatre chevaux. Quand s'ouvre toute grande la porte du château, on croit entendre des claquements de fouet et des carillons de grelots, et, en regardant bien loin au bout de la route très blanche, au-delà des premières maisons très vieilles sous leur toit penché, on croit apercevoir le postillon et le carrosse, comme si lui, le marquis, revenait. :

En Limousin, à Limoges surtout, la grande renommée de Turgot à fait tort à la gloire de Tourny. On à attribué trop souvent à Turgot tout seul des mérites que le marquis partage et sur lesquels 11 peut même revendiquer le titre de précurseur. La ville de la porcelaine a trop oublié que Tourny la dota de l’industrie de la faïence, et que le directeur de la manufacture de faïence, sous Tourny, devint le directeur de la manufacture de porcelaine sous Turgot. En se consacrant à la culture de la pomme de terre fntroduite par Turgot, le Limousin perdit de vue que Tourny l'avait sauvé de la famine en le ravitaillant de blé. La ville de Limoges a donné le nom de Jourdan à la place de Tourny, le nom des Bénédictins au cours de Tourny qui est à la suite de la place; elle a cru devoir sacrifier jusqu’à la porte élevée par l’intendant: elle n’a conservé son nom qu’à un seul carrefour, alors qu'elle lui doit toute une perspective. La ville d'Angoulême que le marquis à placée sur la route de Bordeaux à Paris, n’a rien fait, que Je sache, pour acquitter la dette de ce service. En Angoumois, autant qu’en Limousin, Tourny a droit à une réparation.

En revanche, en Guienne, l’intendant est chez lui. Tandis qu’en Limousin, Turgot faisait oublier Tourny, le souvenir du marquis elfaçait en Guienne celui des autres intendants, comme Lamoignon de Courson, comme Boucher, Esmangart et Dupré de Saint- Maur.

À lui tout seul, le marquis passe pour avoir renouvelé la face de la Guienne. On lui attribue les traits les plus intéressants de l’œuvre de ses devanciers, comme on lui réserve la paternité des trouvailles de ses successeurs. Il aurait imaginé le grand canal projeté par Dupré de Saint-Maur, le grand pont de pierre de Bordeaux, et :

même la place des Quinconces. On dirait qu'il est resté plus d’un siècle en Guienne: tout s'y rapporte à lui; toute l’histoire des Intendants se cristallise autour de son œuvre; les villes semblent dater de lui leur architecture et leur prospérité. À travers l’histoire de Bordeaux, de 1757 à nos jours, on peut suivre Pinfluence de sa

tradition et les créations qui lui sont dues. III — Pendant les derniers temps de la Royauté.

De 1760 à la Révolution, des intendants, dont l’œuvre est trop peu connue, comme Boutin, Esmangart et Dupré de Saint-Maur, s’inspirent du grand exemple donné par le marquis, mais sans espoir de pouvoir l’égaler. « La gloire de cet administrateur, écrit Dupré de Saint-Maur, m'a paru longtemps un écueil contre lequel les prétentions de ses successeurs seraient dans le cas de venir se briser et s’anéantir. Cependant, sans aspirer à la même célébrité, il peut leur être permis de chercher à s’animer du même esprib !.» L'exemple de Tourny stimule de même Boutin et Esmangart. Ils voudraient se consacrer au bien de leur province, mais leur action est contrecarrée par le mauvais vouloir de l’hôtel de ville. « Avec des revenus beaucoup moins considérables que ceux dont la ville jouit aujourd’hui, écrit Esmangart, M. de Tourny était parvenu à y faire une infinité de grandes et utiles choses. Ces revenus, depuis ce temps, sont prodigieusement augmentés; on n'y fait plus rien, et à peine ils suffisent à des dépenses que personne n'autorise ?. »

«Des dépenses que personne n'autorise », voilà la question des deniers aveugles de nouveau posée. Pour en venir à bout, les intendants ne croient pas pouvoir mieux faire que de s'inspirer des précédents qu’ils trouvent dans l'administration du marquis. Un grand mémoire, établi en 1773, relate avec une insistance caractéristique les leçons infligées aux jurats par Tourny ?. L'hôtel de ville, s’obs-

1. B. M., Bordeaux, Dupré de Saint-Maur, Mémoire relatif à quelques projets inléressants pour la ville de Bordeaux, Bordeaux, 1782.

2. A. D., Gir., G 1065, lettre d’Esmangart à Terray, citée par Ch, Marionneau, Victor Louis, p. 147. Ù : î ! 3, À. D., Gir., G 3661, mémoire 1773. ®

Linant dans la résistance, sous Louis XVI comme sous Louis XV, c'est au contrôleur général, à Turgot, d'intervenir. Dans la lettre de réprimande qu'il adresse aux jurats de Bordeaux, il les invite à se montrer plus justes à l’égard des intendants, et il ne manque pas de leur montrer tout ce dont ils leur sont redevables. «Ils ne devaient point oublier, leur écrit-il, que la ville de Bordeaux doit principalement aux soins de MM. les Intendants, et surtout a ceux de feu M. de Tourny, la plus grande partie des avantages dont elle jouit 1.»

Après Esmangart, Dupré de Saint-Maur, qui continue à Bordeaux la lutte contre les jurats, rappelle à son tour, et à propos de cette lutte, le souvenir du marquis. « Il semble qu’une sorte de fatalité ait inculqué de tout temps au Corps municipal de Bordeaux des vues contraires à l’embellissement et à l'accroissement de cette ville importante. Il n'y a pas de chagrin que ce corps n'ait fait éprouver à M. de Tourny, qui y a fait ce qu’on y voit d’agréable et d'utie. Sa mémoireest mainténanten vénération dansl’esprit detous les habitants, mais les officiers municipaux n’en restent pas moins opposés à quiconque voudra l’imiter, et je dois m’attendre sur ce point à toutes sortes de mauvaises difficultés de leur part, si le Ministre n’y met ordre 2.» Dupré de Saint-Maur l'emporte, il embellit Bordeaux, malgré l'hôtel de ville: dans l'exécution de son programme, il n’omet pas de rattacher ses jilans à ceux de son immortel % prédécesseur dont l'exemple le guide toujours.

Le dernier intendant de Bordeaux, Le Camus de Néville, emprunte

encore des arguments à Tourny, et il cite une lettre de 1751 pour faire justice des nouveaux abus commis par les jurats, dans l’emploi des pierres et des sables provenant du délestage. Les jurats de 1786 n’ont pas plus de scrupules que ceux de 1751; mais ils

1. Lettre du 8 mars 1775, citée par Ch. Marionneau, Victor Louis, p. 230. 2. Projet de lettre de Dupré de Saint-Maur au contrôleur général en date du 9 mai 1777, cité par Ch. Marionneau, Victor Louis, p. 458. ,

3. Mot de Dupré de Saint-Maur, dans une lettre du 28 juillet 1783, adressée à Vergennes, A. D., Gir., C 1981.

4, On pourrait, avéc M. Ch. Marionneau, citer plusieurs autres lettres où Dupré de Saint-Maur s inspire de l'exemple de Tourny. Voir notamment une lettre aux jurats du 28 mars 1777, Marionneau, p. 321: une lettre à Bertin, du 12 juillet 1778, Marion-

neau, p, 469; une lettre à Vergennes du 6 juin 1783, A. D., Gir., C 1981.

trouvent encore en face d'eux le marquis, qui inspire à son dernier successeur le courage de dénoncer leurs fraudes !,

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