IV. — Le Jugement de l'Histoire
L'œuvre de Tourny fut considérable; c’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’histoire de l’intendant n'avait jamais été écrite avant que ce livre parût. Le sujet, cependant, attirait les chercheurs. |
Quelque vingt ans après sa mort, le grand intendant eut un biographe qui fut son Dupont de Nemours. Marie de Saint-Georges
s’attacha à retrouver non seulement les traits de la physionomie de Tourny, mais encore toutes ses réformes et aussi tous ses projets. Pour ces derniers, il a dû en attribuer plus d’un au grand homme, que celui-ci n’eût pas reconnu comme sien. Sans se mettre en scène, le biographe n’a pas manqué de faire passer, comme étant de Tourny, certaines de ses propres idées.
Les auteurs d’éloges vinrent ensuite, au moment où les esprits, se retournant vers le passé, y cherchèrent des exemples pour restaurer la France, une fois la Révolution finie. Jouannet remporta le prix, dans le concours institué par l’Académie. Son travail n’est d’ailleurs qu’un morceau de rhétorique, comme celui de l'H6pital. Bernadau n'eut qu’un accessit, bien qu’il se fût donné la peine de grouper dans son ouvrage un certain nombre de faits intéressants. [1 exagéra sans doute, quand il prétendit avoir découvert Tourny, mais 1} éprouva du moins, de la facon la plus vive, l'impression du grand mérite de l’intendant et de l'intérêt capital qui pouvait s'attacher à son histoire. Il le desservit d’ailleurs, en ne retenant que le caractère local de l’œuvre du marquis !, en le considérant seulement comme le grand créateur des quais, des jardins, des cours du Bordeaux moderne et en rapportant à son sujet telles anecdotes ou tels propos qui semblent être de la pure invention ?.
Bien que Bernadau ait consulté certaines des archives municipales, la correspondance personnelle de l’intendant lui manqua, pour qu’il pût composer une étude complète et la présenter avec une compréhension parfaite et entière du rôle joué par le marquis. On croyait encore plusieurs années après lui que l'histoire de Tourny était impossible à écrire, parce que les éléments principaux du sujet paraissaient perdus. M. Duval exprimait ses regrets d'une pareille perte qui empêchait la postérité de profiter en tous points de l’exemple donné par le grand intendant #.
Quand les archives furent retrouvées et rassemblées, on les