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IV. — Condomois et Bazadois

Condomois et Bazadois forment une seule élection, qui occupe le milieu de la province, entre celles de Bordeaux, de Périgueux et d'Agen. Le Bazadois s'enfonce comme un coin parmi elles, jusqu'au delà de la Garonne, à la rencontre des bonnes vallées qui ne semblaient pas promises au lointain Condomois.

Ainsi l'élection de Condom, au lieu de se confiner comme celle de Sarlat, tout à l'extrémité de la province, participe à la vie générale, qui circule le long des grands cours d’eau. En plus de la Baïse, de la Gélise, de la Vance et du Ciron, elle a lisle par Libourne, la Dordogne par Sainte-Foy et la Garonne par Marmande. Le grand chemin de la Garonne la traverse de part en part. Elle touche à tout sans avoir de centre.

Les élus de Condom reconnaissent la médiocre fécondité de leurs champs. Les meilleures terres de Nérac ne valent pas à beaucoup près celles des bords de la Garonne ?.

Nérac, capitale du duché d' Albretfait le commerce des farines ; elle est assez peuplée et elle compte de nombreux marchands ; mais ce n'est point assez pour évoquer son passé de gloire, le temps de la « Marguerite des Margeuerites », du roi Henri, du

« Diable à quatre », des rendez-vous de chasse, à côté des rendez-

1. A. D., Gir., 2420, mémoire de 1743 concernant l'élection d'Agen. 2. AD: LGit1022100, procès-verbal de tournée dans l'élection de Condom, juillet et août 1744. ne.

vous d'amour. Moins importante que Nérac, Condom se tasse dans.un vallon ; sa situation n’est pas favorable, son climat n'est pas des plus riants et elle fort peu habitée 1.

Plus médiocre d'apparence est à son tour le vrai Bazadois de Bazas. Au sud de la Garonne, de l’orient à l'occident, le paysage se rembrunit; la généralité s'enfonce dans la Lande, au-devant de l'Océan. La nature est toute déparée au delà de Bazas, qui est encaissée dans un fond, assez mal bâtie, et exposée aux débordements redoutables d’un simple petit cours d’eau ?. On y retrouve le châtaignier des terres pauvres, en attendant les plantes buissonneuses des déserts. Les frontières du Bazadois ont peine à se fixer dans l’espace infini des grandes Landes, salies de marécages, rayées par des traînées de pins, « vaste étendue de sables morts 3.»

Au dire de leurs magistrats, les naturels du pays condomois ou bazadois ne vaudraient pas mieux que la terre. Certain document, qui leur fait injure sans doule, les présente comme « assez brutaux et même voleurs {. » Aux environs de Condom, ils font « de bons soldats », mais ils sont en échange « grossiers et fainéants », et qui plus est, républicains 5. On écrit sur leur compte: « Les gens de ce pays-ci sont arrogants avec ce que l’on appelle les bonnes gens... Les mener avec fermeté est l'unique parti qui puisse.les mettre à la raison 5. » Les paysans du Bazadoiïs seraient plus actifs 7, mais ils se montrent moins habiles que leurs voisins du Béarn ou de Chalosse en matière d'agriculture. Par surcroît, ils ne savent pas résister à certaines passions comme l'appât du gain : la cupidité met la discorde dans les familles, chacun veut jouir trop vite du profit de son travail; en dépit de la difficulté des

1. Cf. mémoire de 1741, concernant l'élection de Condom, À. D., Gir.. C 2420.

2. Procès-verbal de tournée dans l'élection de Condom, juillet et août 1744, A. D , Gir., C 2420

3..A. D., Gir., C. 3383, mémoire du 3 août 1743 sur l'élection de Bordeaux. Dans les landes, le Bazadois se serait étendu jusqu'à Hourtin. Ce renseignement nous a été fourni par M. Bordessoule qui prépsre un travail sur la Révolution à Bazas. Voir, d'autre part, d'Anglade, Aperçu sur l'histoire de Bazas, Bordeaux, 1‘13

4. Cette appréciation est notée dans le procès-verbal de tournée déjà cité.

5. A. D., Gir., C 2420; mémoire de 1744 concernant l'élection de Condom.

6. Citation empruntée à une lettre du subdélégué de Condom par M. Marion, La Bretagne et le duc d'Aiguillon, note au bas de la page 4. Le duc d’Aiguillon était

seigneur engagiste en Condomois.

7. A. D., Gir., C 2420, mémoire de 1744, concernant l'élection de Condom,

communications, le luxe a pénétré dans ces contrées lointaines.

«Le marquis veut être servi comme le due, le simple gentilhomme

comme le marquis, le bourgeois comme le gentilhomme, chacun

‘dans son élata triplé, depuis quarante ans, le nombre de ses domestiques !. » Malhceureux pays, où les travers des administrés

découragent les administrateurs, au point de les tourner en

misanthropes.

Nous relrouvons l'aisance en faisant une fois de plus la traversée de la Garonne. Le Bazadois de Marmande, de la Réole, de Montségur, de Sainte-Foy, de Libourne est une terre promise auprès des régions que nous venons de parcourir. La véritable Aquitaine y reparait avec les villes-entrepôts, espacées au bord des rivières navigables, avec les moulins qui animent la vallée du Drot, avec les pacages de gros bétail, et les riches cultures qui rappellent l'Agenais ?. Au confluent de l'Isle et de la Dordogne, Libourne est têle de grande navigation, et carrefour de routes importantes ; elle a, comme arrière-pays, le Périgord; el, avec ses campagnes enrichies de beaux vignobles, elle annonce le pays du vin?.

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