‹ Tourouvre et ses souvenirsChapitre 4 sur 13 · L OCCUPATION GAULOISE S · texte numérisé non relu

L OCCUPATION GAULOISE S

habits les plus riches du mort et ses armes ; ses parents coupaient leurs cheveux et les jetaient sur le bûcher. Pendant que le corps brûlait, on répandait devant le bûcher du sang humain, qui apaisait, à ce qu'ils croyaient, les mânes du défunt. Lorsque le corps était consumé, on éteignait les flammes avec du vin, et les parents du mort ramassaient ses os et ses cendres dans une urne, où ils mêlaient des fleurs et des liqueurs odoriférantes. »

Les deux fioles à parfum trouvées ici sont donc encore bien significatives à ce point de vue. Dès la plus haute antiquité, on avait coutume d'embaumer certains morts. Et quand il y avait incinération, on tenait encore à mêler des parfums aux cendres et aux ossements des défunts. Les parfums, en effet, ne sont-ils pas un symbole du souvenir, qui est lui-même comme un arôme que les disparus laissent aux survivants? Pourquoi n'y pas voir aussi comme une attestation des suaves émanations d'une vie meilleure, où sont passés ceux qui ont quitté ce monde? Chez nous, chrétiens, nous prodiguons l'encens à nos défunts, cet autre parfum, si symbolique à son tour. Ce culte des morts, même chez les païens, atteste la croyance à l'immortalité future.

Dans l'antique sépulture du tumulus de Tourouvre, deux burettes ansées d'un verre de couleur, où le bleu et le vert tendres se mariaient assez doucement, contenaient de ces parfums, dont l'évaporisation, après des siècles, avait encore la vertu d'embaumer l'air où ils se' répandaient. Nous donnons ici le fac-similé d'une de ces burettes, que nous avons pu reproduire à l'aide des fragments recueillis dans l'antique tumulus.

Dès ce temps donc, la fabrication du verre était

connue, ces fioles en sont une preuve. Depuis longtemps déjà, Rome et l'Egypte fabriquaient le verre dans des conditions assez perfectionnées. Or. ce qu'il y a de certain, c'est que la Gaule, étant tombée sous la domination romaine, le premier soin du vainqueur fut d'y importer ses lois, ses mœurs, ses coutumes et ses diverses industries. Dès lors, la fabrication du verre commença à être connue en ces contrées, et l'urne funéraire que nous venons de fouiller nous en rend témoignage. On ne peut douter que l'on ait eu alors couramment sous la main de ces fioles en verre, telles que nous venons de les décrire, pour l'usage auquelles el étaient destinées.

Mais, de même que nous aimons à mettre des objets pieux sur la dépouille mortelle de nos défunts, en ce temps-là aussi, les habitants encore païens de ces contrées se plaisaient à mettre dans les urnes funéraires de leurs morts quelques reproductions des divinités alors en vogue, comme l'atteste le tumulus de Tourouvre.

Mais quelles sont ces divinités, qui ont ainsi revu le jour, après tant de siècles d'ensevelissement aux entrailles de la terre ?

L'une, divinité masculine, est représentée par le buste d'un personnage à figure jeune et plutôt légèrement grimaçante, par une sorte de sourire niais ; peut-être faut-il y voir un Mercure ou un Bacchus, et, selon d'autres, le dieu Risus. la divinité du rire. Les païens, en effet, se plaisaient à tout diviniser. L'autre est une femme, assise dans un siège de nattes de jonc, et présentant le sein à son enfant. De larges bandeaux de cheveux encadrent le front de cette femme, et sont de forme relevée sur l'ar-

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