L OCCUPATION GAULOISE
rière de la tête. L'antiquité a eu souvent coutume de représenter la déesse Latone dans cette forme. Il est à croire que la seconde statuette du tumulus n'exprime pas autre chose. Latone était la divinité de ce temps qui passait pour protéger les femmes en couches (i).
Ces deux statuettes en terre cuite comptent à peine quinze centimètres de hauteur, elles sont plutôt frustes et n'offrent rien de bien artistique. On sent qu'elles sont l'œuvre d'un fabricant qui tenait à vulgariser ces objets plutôt qu'à faire de l'art.
En 182s. à la suite de fouilles pratiquées dans la forêt d'Évreux, plusieurs statuettes, identiquement de même type, furent mises à jour au-dessous d'une couche argileuse (2). Ce qui prouve bien que les artistes de ce temps avaient alors multiplié les statuettes de ce genre, comme répondant aux idées ou aux goûts de ce moment.
Quand eut lieu la découverte du contenu du tumulus de Tourouvre, la Semaine religieuse de Secs et les Annales de philosophie, de M. Bonnetty, rendirent compte de cette découverte et donnèrent quelques explications, notamment sur l'une des deux statuettes. M. l'abbé Burel, l'auteur de ces communications à ces deux périodiques, voulut voir, dans la femme portant un enfant, comme une sorte de reproduction de la Vierge dé Chartres, à laquelle les Druides se plaisaient à rendre hommage (3).
1 Nous donnons ici en planches spéciales la reproduction de ces deux statuettes du tumulus de Tourouvre.
(2} On peut consulter à ce sujet le Mémoire des Antiquaires de Normandie, irc série, t. III, pp. 193 et 197. avec l'album correspondant.
5) Semaine catholique de Se'eSj mai 187 s : Annales de philosophie chrétienne, de M. A. Bonnettv, |s* année, vi" série, t. X.
Cette découverte, en effet, avait été faite au bord de l'antique voie chartraine, qui, passant par ce lieu, conduisait à la cité des Carnutes, cù les Druides, ayant connu quelque chose de l'antique oracle du prophète Isaïe, avaient dressé une statue à la Vierge qui devait enfanter, Virgini pariturœ, comme le portait l'inscription qu'ils y avaient mise. Mais il est à remarquer que dans les deux images les attitudes des personnages ne sont pas complètement les mêmes : la Vierge de Chartres offre de telle sorte le divin Enfant sur son giron, que l'on a pu traduire cette double attitude par ce mot bien connu, qui rend merveilleusement les choses : Sedet in gremib Matris Sapientia Patris, la Sagesse du Père siège sur le sein de la Mère. La statuette du tumulus donne simplement l'attitude d'une femme qui offre le sein à son enfant.
Parmi les traditions un peu confuses du pays, il existe, il est vrai, une croyance assez accréditée, qui place dans cette région un collège des Druides, l'épaisseur des forêts coupées de ravins et de collines favorisant leur retraite en cette contrée. Leur établissement ici se rapporterait à la persécution qui dut les atteindre sous le règne de l'empereur Claude, et les força de s'éloigner de Chartres, leur contrée -principale. 11 est. en effet, assez vraisemblable qu'ils se soient réfugiés sur la frontière de leur pays, à une quinzaine de lieues de leur séjour privilégié. Le nom de Feings. dont le voisinage est proche, porte bien la signification d'un pays finissant en cet endroit. Mais on n'en peut conclure que la statuette du tumulus ait quelque rapport avec le culte que les Druides rendaient à la future mère du Sauveur du monde.