‹ Toussaint le mulatreChapitre 23 sur 26 · A SEIZE AIN S · texte numérisé non relu

A SEIZE AIN S

Et la personne assise auprès du petit lit blanc avait aussi les yeux ouverts sur la même petite porte :

«C'est par -là cpi'une nuit elle est venue me trouver!...» Donc c'était Toussaint-lemulàtre qui gardait Marie; Toussaint avec ses souvenirs d'une nuit d'amour, avec sa prévoyance d une nuit de désespoir...

La malade releva enfui les yeux... sortit du lit une main qui tenait une lettre...

Une lettre venant de la Force et contenant ces seules lignes: «Marie, dans huit «jours je serai jugé... Si l'on peut compter «sur la justice des hommes... je reviendrai... «si je ne reviens pas, Marie, tâchez de ne «pas mourir!...»

La malade approcha le papier de sa bou- ( he et y déposa un peu moins qu'un baiser et un jieii plus qu'un souffle... l ne larme

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coula lentement le long de sa joue, et tomba sur sa main après avoir laissé une trace qui se dessécha en une minute... Enfin elle parla :

— Toussaint!... un peu plus près!... Toussaint, il m'a écrit qu'il sera jugé dans huit jours... Toussaint, dites-moi vrai, n'ayez pas peur... croyez-vous que j'irai encore jusque là?... C'est que... voyez-vous... le huitième jour ce n'est pas aujourd'hui... c'est demain... et moi...

— Que voulez-vous dire?... achevez!...

— Et moi je vous dis que, pour voir Alvar, il faudrait aussi voir... le jour qui se lèvera demain !

— i\e me dites pas ces choses-là... Marie! vous souffrez donc bien!...

— Non, Toussaint, non je ne souffre pas... mais, c'est égal, il y a des malades qui senlent airiver le dernier momenl... et moi

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je suis de ces nialades-là... iNon, je ne souffre point... mais je me sens mourir si lentement... si doucement que, si je voulais... je crois que je pourrais compter les minutes...

— Marie... savez-vous qu'il y a des paroles qui tuent? Savez-vous que vous venez de dire une de ces paroles-là?

— Je ne vous comprends pas... Comme vous me regardez!... Je suis toute saisie... Marie meurt... eh bien!... qu'est-ce que cela peut faire à Toussaint?...

— Cela fait à Toussaint qu'il mourra!

— O mon Dieu ! qu'est-ce qu'il dit donc

là:'

— Il dit que sa vie est attachée à la vôtre...

— Mon Dieu!... est-ce la fièvre, ou la voix de Toussaint?... Mais c'estbien lui pourtant... Ainsi vous avez dit que si j'étais morte vous seriez mort!...

— Je l'ai dit!

— Pourquoi?... je veux le savoir... Mais

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lion... ne dites rien... Vos yeux me troublent... et si je ne savais pas que vous êtes Toussaint... que vous êtes l'ami d'Alvar... ah! j'aurais peur!...

— L'ami d'Alvar!... il faut que je sois un honnête homme puisque je l'ai été jusqu'ici... mais il est temps que l'amitié fasse place à la nature... il y a de vous à moi un secret terrible... et je vous le dirai , Marie... Oui... c'est pour cela que je suis ici... Il y a de vous, qui êtes au lit de mort, à moi, qui suis prêt à me lever pour aller où vous irez, il y a un secret qui ne peut appartenir à moi seul... un secret de deux personnes... et pour ne pas vous l'apprendre il faudrait tromper la nature et mentir à Dieu! Oh! je dirai la vérité, Marie; oui, je saurai démêler la vérité dans la fièvre qui me brûle! Mais auparavant rassemblez vos forces... car c'est beaucoup apprendre d'un seul coup... et cette choselà vous rendrait si maliieureuse... Marie,

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est-ce donc bien vrai que vous allez mourir?

— Oui, je le dis parce que je le sens... Je crois que je serais déjà morte... mais ce secret!... ce secret!... il retient ma vie... mais dépêchez-vous car j'ai peur de devenir folle... avant de mourir... Tout cela commence déjà à tourner dans ma tête... Dépêchez- vous pour que je puisse comprendre encore...

— Eh bien! si vous n'aviez pas dû mourir j'aurais hésité à vous dire ce secret... maintenant puisqu'il est bien vrai que c'en est fait de nous, versons nos âmes l'une dans l'autre!

Mon Elvire !... Avez-vous donc oublié l'histoire de Toussaint le noir... et d'Elvire la blanche?... avez-vous oublié la vitrine aux rideaux verts?...

— Elvire!... N'avez-vous pas dit Elvire? ô pitié! Pourquoi me faire peur ainsi?... La vitrine!... Est-ce que je suis Elvire, moi?... non, je m'appelle Marie... Si Alvar était ici

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il vous dirait bien que je m'appelle Marie... Oh! monsieur Toussaint, pitié pour Marie !.. Oh ! il me regarde comme le Toussaint de la vitrine... Au secours!... Je ne suis pas Elvire... vous vous trompez... Je ne suis pas Elvireî...

— Vous êtes une Elvire, et moi je suis un Toussaint !

Marie s'était presque relevée sur son séant... palpitante, égarée; sa pâleur avait disparu peu à peu... et une grande fièvre vint colorer sa joue et lui donner une grande énergie... Elle cria :

— Vous êtes Toussaint!... Oui... je vous reconnais bien... mais moi... je me touche... je suis bien sûre que je ne suis pas Elvire... et d'abord j'aime Alviu'!...

— Je sais bien que vous l'aimez celui-là... Si vous ne l'aimiez pas il n'y aurait point un crime entre nous deux...

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Mon père a été plus heureux que moi... Sa mort a été bien payée... en échange de sa vie il a eu de l'amour... et moi... moi!... enfin vous ne m'aimez pas!

— Vous m'aimez donc, vous?... Ah! mon Dieu!... mon Dieu! que j'ai peur!

— Oui! oui!... j'entends bien... je suis là, et je fais peur... comme dans mon rêve : «Vilain mulâtre! Tète où il n'y a que de la laine, des lèvres et des dents !...« Je vous fais peur! Dites-le encore une fois... Je vous fais peur!... Il y a quinze ans qu'on me dit cela... et pourtant si l'on savait de quelle manière j'aime ! J'aime à donner toute ma vie pour une heure ou l'on m'aimerait!... j'aime pour aimer et puis pour mourir!... Mais que voulez-vous... c'est un mulâtre celui-là... Qui sait, il mérite peut-être qu'on l'aime... mais il n'a pas la couleur!... Infâme préjugé!...

Tout mulâtre que je suis, Marie, je suis

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bon à NOUS garder, peiil-èlie... Lu jour Spielberg vous a dit : «Guérissez Alvar, et je vous le donnerai et ce sera pour vous!...» Aujourd'hui Alvar me dirait bien : «Guérissez Marie et ce sera pour moi!...» Merci... merci... mais la Providence, quelque chose de plus puissant et de plus juste que les hommes, nous a pesés à une balance suprême... J'étais orphelin... j'étais un mulâtre... mais ma loyauté, mon amour, et le doigt de Dieu ont pesé sur mon plateau... et Marie a été à moi...

— A vous... à vous!... Vous êtes bien fou ou bien méchant... mais non ! vous êtes bien fou!...

— Fou, peut-être! mais je ne suis pas méchant... et puis méchant ou fou, qu'importe? je m'appelle Toussaint et je suis l'époux de Marie... Et Spielberg viendra nous parler à la vitrine mystérieuse comme il parlait l'autre nuit , où j'écoutais par l'ogive pour crier :

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Malédiction! J'ai maudit, et Dieu m'a entendu!...

— C'était vous !... Allons, courage, Toussaint!,., dites... dites tout, je le veux! car aussi bien, puisqu'il y a crime dans tout cela, il faut maintenant que je meure avant qu'Alvar revienne!.,.

— Vous l'avez dit... il faut que vous mouriez avant qu'Alvar revienne, car autrement, si ce n'est pas un Spielberg, il vous tuerait !

— Il me tuerait... ah! voilà un grand mensonge que vous dites là... Il me tuerait, lui , Alvar, lui !

— J'ai dit qu'il vous tuerait.

— Enfin, monsieur, dites-moi ce secret... Ne voyez-vous pas que je délire... mais regardez-moi donc... et vous aurez peur ou pitié!

— J'ai peui- et pitié! Vous allez tout savoir... mais, Marie, recueillez-vous un peu,

el souvenez-vous que, sur le bord de la tombe, tout ce qui touche à la vie disparaît, el que c'est là qu'il faut tout dire et jeter un dernier coup d'œil sur la trace qu'on a faite sur la terre!

— Eh bien! oui... je dirai tout, moi, et c'est Marie maintenant qui vous arrête, car en vérité je me sens une énergie à tout entendre... à ne rien laisser passer... à vous interroger même... et tout de suite... au nom de Dieu... répondez à ceci... Moi mourir... je le conçois... il y a trois mois que je suis dans ce lit pour cela... mais vous... mourir!... vous n'êtes pas malade?

' '^ — En cherchant bien dans la vitrine mystérieuse j'y ai trouvé mon père... et en cherchant bien si mon père ne m'avait rien laissé pour héritage... j'ai trouvé ce poignard... Direz-vous encore maintenant que je ne suis pas malade?...

— Oui... je comprends... mais achevez...

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achevez... Je n'ai jamais été aussi grande... aussi forte... il me semble que je renais à la vie... Toussaint... si je n'allais pas mourir?... Prenez garde à votre secret qui remue sur vos lèvres... ÎSon... non... n'ayez pas cette crainte-là... c'est une dernière lueur... Je sens bien que c'est un tourbillon de fièvre mêlée de folie, qui m'échauffe et me ranime... et malgré cela je sens encore qu'après je redeviendrai froide... et alors tout sera fini!...

Les cheveux de Marie flottaient sur ses épaules nues... et entraient dans sa bouche... et se collaient aux larmes de ses joues... et pas une main ne se levait pour empêcher tout cela...

Oh! si lapudeui- de Marie est déjà morte, c'est que Marie la suivra bientôt...

Toussaint, lui, s'exaltait... et cramponnait ses mains au lit de la malade qu'il regardait

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avec une singulière expression d'amour, de folie et de désespoir...

— Marie!... vous souvenez-vous de la nuit où on vous maria à Alvar?

— Je m'en souviens comme je me souviens de manière...

— Cette nuit-là vous avez fait un rêve... eh bien 1 c'est ce rêve qu'il faut me raconter...

— Vous savez donc tout! J'ai rêvé qu'un homme nommé Toussaint...

— C'était moi !

— J'ai rêvé que cet homme était tout seul dans sa chambre... malheureux... orphelin... délaissé... et que moi, qui suis une bonne fille... je devais bien aller le trouver au milieu du silence de la nuit... pour lui dire : «De quoi souffrez-vous? Je veux vous consoler!» Le crime n'est pas encore là... n'est-ce pas?...

— Après... après...

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— J'ai l'èvé que j'entrais dans votre chambre...

— Ici ce n'est plus un rêve... Marie, vous êtes entrée dans ma chambre... Continuez... continuez... le crime va bientôt venir...

— O mon Dieu! vous êtes témoin qu'à l'heure où je parle je ne le vois pas encore !...

J'ai rêvé que je m'asseyais sur le bord du lit de Toussaint...

— Ce n'est plus un rêve, Marie, vous vous êtes assise sur le bord de mon lit...

— Après cela... car vous avez dit qu'à l'heure de la mort il ne faut rien cacher... après cela j'ai rêvé que ce n'était plus Toussaint... que c'était Alvar qui me prenait dans ses bras...

~Oh! ici c'est un rêve... Marie, ce ne fut Alvar... ce fut moi qui vous pris dans mes brasl...

Marie, au milieu de sa fièvre délirante, se

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souvint assez, en comprit assez pour cacher aussitôt sa tète dans ses deux mains... Un grand tremblement la saisit... Elle avait chaud et froid en même temps... et de ses deux mains sortait un bruit de claquement de dents...

— C'est à moi, Marie, c^'est à moi de continuer... et voici le crime!... — Marie, vous êtes mère! 11 serait hors nature qu'une femme entrât au tombeau sans savoir qu'une fois en sa vie elle a été mère... Voici le secret , voici le crime!... voici votre mort et la mienne...

Votre maladie?... eh bien! c'est une maladie d'enfantement et de maternité... Si vous viviez encore une heure, ce serait pour devenir mère... le père ce serait le nmlâtre... le misérable... le Toussaint... Croyez-vous maintenant que ma vie est attachée à la vôtre?.. Celui que v()iisn'aimezpas...c'estui(>i... lepère de votre enfant... c'est moi... celui f[Mi \a

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VOUS suivre au louibeau c'est moi... c'est moi !...

— Eh quoi ! mon Dieu , vous n'empêchez pas qu'on dise ces choses-là '... Alors c'est que tout est vrai et que je suis perdue... Maïs, c'est que me voilà déshonorée à présent!... Ma mère! à mon secours!... sors du tombeau, viens auprès de ta fille... et si^ en arrivant, tu veux lui apprendre quelque chose d'heureux, apprends-lui qu'Alvar est mort en sa prison , et qu'il ne saura jamais rien de ce que je viens d'entendre...

Oh! maintenant j'espère que Dieu va me faire bien heureuse dans l'autre monde!...

— Voyez-vous que vous avez peur d'Alvar; il nevouspardonneraitdoncpoint... Ehbien!

si j'étais à sa place je vous pardonnerais, moi qui suis le mulâtre, et je vous dirais ces paroles que j'ai pensé avoir été faites pour vous...

«Pardon et bénédiction sur loi, pauvre

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femme , et Dieu ne sera pas plus sévère que je ne l'ai été!...»

Ils ne diraient pas cela eux... mais c'est égal, je jure mon Dieu que je réhabiliterai votre mémoire!...

— Vous ne le pourrez pas... Comment voulez-vous qu'ils croient à tout cela?...

— Dans une société loyale je n'aurais qu'à laisser après moi ces seuls mots : « Avant de rentrer au sein de Dieu, je jure ici sur la vérité que Marie est innocente, et que moi aussi je suis innocent!.,. » Et cela suffirait... car la parole d'un mourant est solennelle et sacrée; mais les hommes, les philanthropes, les philosophes, ils n'auraient pas fait si bien que moi, eux, et voilà pourquoi ils ne me croiront pas... ,1e ferai autre chose.,.

— Que ferez-vous, Toussaint?., et dites-lemoi vile... car cette fois...

— O mon Dieu!... vous vous mourez... Un instant... une minute encore!... Rn considé-

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ration de ce que vous savez qui s'est passé entre nous.... enfin je sais bien que vous ne l'avez pas voulu... mais c'est égal... cela est passé; et en considération de cela... donnezmoi votre main... dans la mienne... laissezmoi regarder un instant dans vos yeux... et cet instant paiera... tout ce que j'ai vécu! — Voici ma main... si je fais un crime... eh bien! c'est le premier!... Que ma mère me pardonne... et que Dieu me juge... Regardezmoi dans les yeux, mon ami, et écoutez-moi... Je viens de sentir remuer en moi quelque chose qui me dit que je vous aime... autrement qu'Alvar... à peu près comme j'aimais ma mère... et bien sûr comme j'aurais aimé mon enfant! Ah! je ne puis pas pleurer! je vous aime... et puisse cette minute vous payer toute votre vie... Adieu... dites adieu à Elvire... car j^ m'appelle Elvire à présent... Oh ! c'est la fatalité! Etvous, mon ami... avant de finir coninie Toussaint, promettez-moi

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une chose... J'ai peur de la vitrine... j'ai peur d'entendre la voix de Spielberg dire : Je te pardonne!... j'ai peur de n'être pas assez morte pour ne pas voir ce que le vieillard fera dans ce laboratoire de Tenfer... et que ce soit là mon purgatoire!... Encore une fois, adieu!... et pour que je n'aie pas de remords, c'est maintenant qu'il vous faut lépéter la bénédiction de tout à l'heure... et en la disant faites que votre voiv ressemble à celle d'Alvar pour que je croie que c'est Alvar, luij qui me pardonne et qui me bénit.

— Pardon et bénédiction sur toi , pauvre fenune, et Dieu ne sera pas plus sévère que je ne l'ai été...

-^ Merci... Alvar, merci... la vitrine!... la vitrine!...

— Elle est morte... oui, elle n'a plus de souffle... c'est à mon lour maintenant!... Eh! je dis comme a dit mon père, et je vais faire connue hii. mais aiiparavMnl il f;nil sau>er

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riionneur de Marie... car les préjugés sont à la porte qui l'attendent pour la déchirer... il faut sauver aussi Marie de la vitrine... et je la sauverai... car je ferais tout pour cela... Bon!... voici un flambeau... le feu à ce lit... et de ce lit... au cadavre et du cadavre à l'enfant... Le feu à Marie... le feu à mon enfant... oui... le feu!... le feu!... Ciel! on frappe à la porte... c'est Spielberg!... Oh ! s'il pouvait entrer, comme il éteindrait la flamme... Et le crime revivrait... Le feu ! le feu !... à moi le poignard!... toi qui as tué le père, tu sauras bien comment tuer le fils, n'est-ce pas?... Oh! comme il frappe, le maudit vieillard... frappera-t-il ainsi à la porte de Dieu?... Il faut que mon cadavre serve de barrière à cette porte... car si elle s'ouvrait, ô 3Iarie, à toi le déshonneur, à moi le crime, à nous deux la vitrine!...

Frappe, frappe, vieillard de l'enfer, infâme athée!... mais surtout attends que celte porte

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en feu s'ouvre d'elle-même... Alors tout sera fini!... tout sera fini et tu vivras, car si tu entrais auparavant et qu'un éclair de Dieu m'illuminât, oh! je crois que je vengerais le ciel tout en sauvant Marie de la vitrine.

Allons, Marie... je vais avec toi... peut-être Dieu nous réunira-t-il là-haut... Ah ! ai-je touché le cœur?... Encore un effort... là... auprès du lit... Pardon et bénédiction... sur toi... pauvre femme... et... Dieu... ah!... ne sera... pas plus sévère... que je ne l'ai... été!...

€'M)sc.

MalëdictioD!

« Va donc, ô liomnie! suis tes songes creux dans l'air; <( Suis sur l'aile du vent la vapeur qui s'élève. « Rêve , rêve toujours ; puis, au bout de Ion rêve, « La mort ! . . . »

Auguste Bussière , Poésies. /

. . .Écorchant la nature, afin que, privée de celte peau blanche el potelée , et revélue du doux incarnat et du duvet coloré de la pêche, on puisse la voir avec ses vaisseaux si compliqués, ce sang qui roule, ces artères qui se croisent dans tous les sens ; afin qu'on puisse entendre le cœur sonner creux dans la poitrine ; un véritable écorché vivant.

Jules Janin , L'Ane mort et la Femme guillotinée.

« Savant, explique-nous le lien mystérieux qui rattache l'acci tion à la volonté ; dis- nous lequel vaut mieux de la pensée qui « conçoit et du membre qui exécute?»

« . . .Despote imprudent qui gardait un esclave si redoutable!» A. R. , Pensées détachées.

Le laboratoire de Spielberg était plus sombre encore que de coutume; le soleil en se couchant n'envoyait plus que quelques rayons pâles et obliques qui se décoloraient de leur couleur primitive en passant à tra-

3^2 l'aiiiée.

vers les peintures du vitrail, el qui s'en allaient jeter sur les crânes du laboratoire quelques lueurs mouvantes et mystérieuses... C'est à peine si ces rayons vagues et expirans suffisaient à faire reconnaître les objets...

A peine pouvait-on voir ce qui se passait, et pourtant que se passait-il dans ce terrible laboratoire quelques heures après la mort de Marie... et les dernières paroles de Toussain t-le-mulâtre ?

Auprès de la vitrine entr'ouverte gisait sur le plancher comme une forme humaine.

Spielberg était là... debout contre la table de marbre noir... et le scalpel qu'il tenait à la main, et qui luisait aux derniers rayoqs du jour, indiquait qu'il allait travailler à une opération anatomique...

Tout à coup il se mit à parler louf haut;

L ATHKi:. '3u3

tuais sa voix, quoique toujours grave et solennelle, Irahissail une forte émotion intérieure...

— Allons. ..je u'j vois plus... le soleil fuit... Oh! oh! qu'est-ce que je dis donc là?... Si le crâne de Galilée était sur cette planche parmi tous ces crânes, il grincerait des dents de colère... je devais dire... Je fuis le soleil!... Mais si je fuis le soleil... j'emporterai de la lumière avec moi pour éclairer ma nuit... car je l'ai dit : il faut donner des veux à cette nuit pour qu'elle découvre cet infernal secret...

Allons... un peu de phosphore et un morceau de liège, et merci au soleil jusqu'à demain!...

Jusqu'à demain!

Le vieillard frotta le phosphore au liège, et une flamme palpitante et furieuse en sortit.

3^4 i/athée.

Il alluilia deux flambeaux qu'il plaça suites deux extrémités de la table de marbre... mais la disposition du laboratoire était telle ([ue les deux flambeaux n'en éclairaient qu'une partie et que l'autre était dans une fi^rande obscurité...

Seulement ces deux lueurs vacillantes projetaient sur les murs de singulières ombres de reptiles, de crânes et d'instrumens ana~ tomiques...

Les flambeaux éclairèrent un cadavre blanc sur le marbre noir... mais par l'ogive au bord de l'eau on n'aurait pu voir que la tète et les pieds de ce corps dont le milieu était caché par Spielberg lui-même...

Pourvu quece ne soit point là le cadavre de Marie! Est-ce que cela serait possible? Cela serait affreux!... car c'est dans ce laboratoire même que la pauvre Marie reçut la bénédiction nuptiale...

1,'athée. '3a 5

Quoi! ce serait là le cadavre de cette pauvre malade qui, tout à l'heure encore, avait si peur de la vitrine mystérieuse que, malgré sa pudeur, elle léguait son corps à un homme pour l'y soustraire! ..

Oh! si quelqu'un passait en ce moment sur le petit sentier, le long de l'eau, et se mettait à regarder par l'ogive, il en mourrait de peur!

Pourtant voilà le pécheur Lamarre... qui a vu les flambeaux rayonner à travers le vitrail; et il dirige sa barque vers la rive... Il tourne la corde autour d'un grand pilier de bois caché sous la mousse verte... il monte au petit sentier par les petites marches entamées dans la terre... il \r à l'ogive... O ciel! voilà-t-il pas que le pécheur Lamarre ose regarder et écouter!

Spielberg, après un moment de contem-

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