SCÈNE DEUXIÈME. Dt
— Du jour que Dieu’ prépare et qui se lève en toi!
Et les noirs ignorants, depuis cette aventure.
En corrompant ce nom m'appellent Louverture.
Ce moine baptisait en moi la liberté;
Je ne l’ai plus revu, son nom. fut vérité.
Aux lointaines lueurs que ce mot me fit luire.
Ignorant, je sentis le besoin de m’instruire.
Un pauvre caporal d’un de leurs régiments,
Des scienees des blancs m’apprit les éléments.
Je réduisais d’un sou ma vile nourriture Pour payer jour par jour ses leçons d’écriture.
Sitôt que le rideau de mes yeux fut levé,
Je vis plus clairement ce que j’avais rêvé;
La volonté me vint avec l’ intelligence,
Je sentis la justice et conçus la vengeance.
* Les noirs pour leur couleur n’avaient que du mépris;
* Pour prendre autorité sur ces faibles esprits,
* Il fallut emprunter à leurs tyrans eux-mème
* La force dont leur sang était pour nous l’emblème. Parmi les Espagnols de l’ile je m’enfuis ;
Au métier des combats avec eux je m’instruis,
Je paye avec mon sang les grades que j’achète,
Le marquis d’Hcrmona m'accorde l’épaulette; L’indépendance enfin me donne le signal:
J’étais parti soldat, je revins général.
* On me suit : les Français minés par la discorde
* Acceptent humblement le pacte que j’accorde;
* Ils s’embarquent laissant un homme de ma peau,
* Un diadème au front caché par mon chapeau.
Ma double autorité tient tout en équilibre;
Gouverneur pour le blanc, Spartacus pour le libre,
* Tout cède et réussit sous mon règne incertain,
* Je demeure indécis ainsi que le destin,
* Sur que la liberté germant sur ces ruines
î)2 ACTE DEUXIÈME.
* Enfonce en attendant d’immortelles racines,
H se lait un moment.
Mais si la France envoie un maître à des sujets,
Elle fait elle-même éclater mes projets:
Esclave ou tout puissant.
MOÏSE, bas à Mazulime.
Ce mot seul le révèle.
• Tout puissant! entends-tu?... Ma crainte était réelle.
Douteriea-vous encore?
MOÏSE, ironiquement.
Il nous est démontré
Qu’un citoyen loyal en vous s’est rencontré.
Ils sortent.
Je veillerai sur eux!... ,
Il va à la fenêtre et lève le store.
TOUSSAINT, ADRIENNE
TOUSSAINT, entendant frapper à la porte de son cabinet, s’avance pour ouvrir.
A la porte secrète,
Qui donc sans qu’on l’appelle affronte ma retraite?
ADRtENNE, entr’ouvrant la porte et avançant timidement la tète. Mon oncle 1
TOUSSAINf.
Ah ! c’est ma fleur de bénédiction , L’étoile qui blanchit mes nuits d’affliction!
Entre, ma chère enfant, ton œil serein m’inspire.
J’aime à consulter Dieu dans ton charmant sourire. Depuis que mon Albert fut éloigné de moi ,
Tout mon amour de pcre est retombé sur toi.
* Ta tendresse est pour moi la racine cachée
* Par qui je tiens encore à la terre séchée.
* Entre comme un présage à l’heure où mon dessein
* Éclôt irrésolu dans l’ombre de mon sein.
Mais pourquoi veilles-tu comme une active flamme? Quand tu devrais dormir, toi du moins, pauvre femme, Comme Moïse enfant dormait dans son berceau Que la bonté de Dieu fit surnager sur l’eau.
Ne crains rien!
ADRIENNE
Mais, mon oncle, oserai-je introduire Quelqu’un qui m’a prié vers vous de le conduire?
A cette heure? Quelqu’un? Quel mystère imprévu ? Parle! sais-tu qui c’est?
Je ne l’ai jamais vu.
C’est un moine couvert d'un vêtement de bure Dont un capuchon blanc ombrage la figure;
Il a trompé la garde en passant au milieu;
Il demande à vous voir en hâte au nom de Dieu.
Qu’il entre à ce saint nom; toi, demeure à la porte.
A part.
L’innocence et la foi sont une sûre escorte.
Adrienn# sort.