SCÈNE SEPTIÈME
* Ton allié bientôt se lèvera ton maître,
* Et lorsque de son cœur le noir t’aura banni,
* L’ile sera sans chef et tout sera fini !
Avant que sous leur joug le chef se laisse abattre Il aura combattu.
LE MOINE
Pourquoi veux-tu combattre?
Dans ce premier succès, par vos droits remporté. Trop de sang n’a-t-il pas payé la liberté?
Ton mérite au regard du Dieu qui le déteste N’est-il pas d’en avoir épargné quelque reste ,
* Et de t’être élevé, comme un' médiateur,
* Au milieu d’un conflit dont tu n’es pas l’auteur?
* Ce sang retombera sur la seule anarchie
* D’où sortit à ta voix ta couleur affranchie. Veux-tu prendre sur toi celui qui va couler?...
Si tu laisses encor les races se mêler,
Ton hésitation en serait responsable ;
Dieu te l’a-t-il donné pour arroser le sable ,
Pour en faire l’appoint de tes propres profits,
Pour en payer aux blancs la rançon de tes fils ?
Tu tiens entre tes mains les clefs des ports de l'ile , Jette-les dans la mer dont le flot les exile;
Les tempêtes de Dieu seules vous défendront.
Ils sauveront leur vie au prix de cet affront.
Du sommet de leurs mâts saluant le grand morne Ils auront reconnu que l’Océan vous borne.
Ce peuple, sans combat, pour ses ports reparti, N’aura coûté qu’un mot au maitre d’Haïti !
Leur refuser les ports, c’est déclarer la guerre !
Il me faut accorder le chef avec le père.
Attendons à demain.
LE MOINE
A présent, ou jamais !
Écoutc-moi , Toussaint. Il est de ces sommets
Qu’on ne redescend plus ! C’est le point où nous sommes.
Ou monter ou tomber c’est la loi des grands hommes.
Si tu tombes du faite où ton Dieu t’a porté Toute ta race tombe avec la liberté.
Si je perds mes enfants que m’importe ma race !
LE MOINE
Si tu perds tes enfants un peuple les remplace.
A ta vaste famille, aveugle, ouvre tes bras.
Je suis père avant tout.
LE MOINE, tirant de son sein le cruciflx et le montrant à Toussaint.
Dieu ne l’était-il pas ?
Lé moine sort lentement par la porte secrète. Toussaint reste anéanti. Les noirs entrent par l’autre porte en foule.