SCÈNE NEUVIÈME
LECLERC. '
Vieillard, rassurez-vous.
La main qui vous dérange et qui vous importune Est peut-être pour vous la main de la fortune.
Vous êtes. . .
Devant qui?
ADRIENNE
Quel terrible appareil !
LECLERC
Devant le gouverneur et devant son conseil.
Devant le gouverneur? O ciel! quelle surprise!
Moi, que l’esclave insulte et que le chien méprise!
Que me veut-il?... Le pied des puissants d’ici bas.
S’il voit le vermisseau, l’écrase sous son pas !
LECLERC
Ne craignez rien, ami!... Dans l’Europe éclairée Par ses nouvelles lois la misère est sacrée.
* L’homme est frère de l’homme, et le front du puissant
* Devant l’humanité grandit en s’abaissant!
* Entre le mendiant et le riche, la France
* Ne met dans son amour aucune différence.
Qui sert la république est grand devant ses yeux. Voulez-vous la servir?
Aveugle, infirme et vieux,
Prêt à rentrer sous terre, où le vent me secoue,
Ne raillez pas, du moins, l’insecte dans la boue!
LECLERC
Moi, railler un aveugle? Ah! pauvre homme! c’est vous Dont le mépris alors devrait tomber sur nous.
En quoi puis-je pourtant servir la république.
Moi, qu’un pauvre enfant mène?
LECLERC
. ' Écoutez ! je m’explique :
Plus vous êtes obscur, infirme, humilié,
Plus dans votre poussière on vous foule du pié,
Plus vous pouvez servir l’œuvre qu’elle consomme:
Le pied qui rampe à terre est la base de l’homme:
Le cadran brille à l’œil et cache un vil ressort...
J’ai des secrets profonds d’où dépend votre sort.
Et le sort de l’armée et du monde peut-être,
A faire parvenir à Toussaint, votre maître.
TOUSSAINT , à part.
Votre maître!
LECLERC
Un pareil message a du danger; Je n’y puis employer la main d’un étranger;
Il faut qu’un noir, cachant le mystère qu’il porte. Traverse l’ile entière et franchisse l’escorte ,
Et remette à Toussaint, dans sa fuite surpris,
La lettre dont la mort est peut-être le prix.
S’il meurt, la république adoptera sa fille;
S’il revient, tous les blancs seront de sa famille. Sur le trésor public fixant son entretien,
La France lui fera le sort d’un citoyen.
Réfléchissez, vieillard?
C’est presqu’un suicide.
Mais je pense à ma fille et son sort me décide.
Si le prix de mon sang lui doit être payé,
Mon cœur d’aucun péril ne peut être effrayé.
J’irai t