ADRIENNE, SALVADOR
SALVADOR, se parle à lui-même en se promenant à pas rapides sur la seine.
Encore quelques mots de leur nid, de leur père. Qu’envenimait si bien sa langue de vipère.
Et je perdais sur eux mon ascendant vainqueur! Grand Dieu! je l’ai perdu peut-être dans leur cœur!
A tout prix au conseil ma parole en doit compte.
Si j’y manquais... sur moi malheur, ruine et honte!
De cet amour grandi dans le sein d’un enfant Puis-je être désormais le maître en l’étouffant? L’absence à cette fièvre, est-elle un sûr remède?
Non, il faut appeler le mépris à mon aide;
Il faut que son orgueil, sa grande passion,
Rougisse, en y pensant, de cette émotion ;
* Il faut plus... Oui, j’y songe. Il faut que dans la lie,.
* Dans l’écume des camps profanée et salie,
* Cette fleur des déserts balayée à l’égout,
* Devienne aux yeux d’Albert un objet de dégoût! • Elle est jeune, innocente... oh! le plaisant scrupule! Quoi! devant un remords, un grand dessein recule! Cela nl’arrêterait?... Oh! qu’importe après tout
Sur quoi l’on a marché quand on arrive au bout.
ADRIENNE, poussant un cri et tombant aux pieds de Salvador.
Mon Dieu! je me meurs à ses pieds.
SALVADOR, la soulève évanouie et regarde le portrait ••
Songe ou vertige!- • •
Est-ce une vision qui sur mes yeux voltige,
Et qui réunissant des souvenirs épars En compose un fantôme et raille mes regards?
Dissipons ce fantôme en le fixant en face.
Devant l'œil bien ouvert tout miracle s’efface: Regardons!
Il s’avance vers le.jonr et regarde mieux.
Encor moi! Toujours moi, moi toujours!...
Oh! visible remords d’importunes amours!
Serait-ce?... oui, c’est moi, c’est bien l'habit et l’âge. C’est bien là mon portrait... ce ridicule gage D’un vil nttachcmcnt, qu’en quittant ces climats Je laissai plus léger que le vent dans mes mâts! Comment est-il tombé dans ce hideux repaire Où le vice enfermé n’a ni mère ni père?
Si c’était?... Dieu vengeur, quel étrange soupçon Fait couler ma sueur que glace le frisson?
* Si sa mère... écartons l’inconcevable idée Dont à ce seul aspect mon ame est obsédée...
* Si sa. mère en mourant eût par un vœu secret Au cou de l’horpheline attaché ce portrait.
Afin qu’un jour... (l’amour jamais ne désespère)
Elle put rechercher et retrouver son père?
* Oui, de ma fuite ainsi le destin s’est moqué!...
Ce’ mystère autrement peut-il être expliqué?
Cette enfant... c’est ma fille, et dans ce gouffre infâme Ce que je repoussais du pied... c’était mon ame!, A’Adricnne en la soulevant de nouveau.
Oh! parle, ouvre les yeux.
Adrienne fait un léger mouvement. — Le moine traverse la coor et ouvre la grille, puis reparaît bientôt soui le souterrain