‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 51 sur 65 · UN AUTRE SOLDAT NOIR · texte numérisé non relu

UN AUTRE SOLDAT NOIR

Pris vers la grande roche.

1 52 acte cinquième. „

UN AUTRE SOLDAT NOIR Faut-il le fusiller?

ADRIENNE, se jetant entre le blanc et le noir.

Oh! pitié!

Qu’il approche.

Aux noirs.

Détachez ce bandeau qui l’ empêche de voir.

On détache le bandeau. — A Rochambeau

Oui cherchais-tu?

ROCHAMBEAU

TOUSSAINT, s’indiquant lui-mème.

Regarde ce vieux noir...

ROCHAMBEAU

. Vous raillez...

Le vengeur d’un peuple qu’on outrage.

Dans son corps contrefait doit en être 1 image!

Tu me trouves trop vieux, trop laid pour un héros? Plus le bois est noueux, plus il brise les os:

Parle, que me veux-tu?

ROCHAMBEAU

Mon général m’envoie Apporter à ton cœur un message de joie.

Ces fils longtemps pleurés à qui tu tends les bras!...

TOUSSAINT, s’élançant avec transport

Eh bien! mes fils!... mes fils?...

ROCHAMBEAU

S’avancent sur mes pas.

De la fidélité, chez nous, nobles otages ,

De la paix dans tes mains ils vont être les gages. Ordonne aux postes noirs de les laisser passer,

Ils sont nos envoyés.

TOUSSAINT, à part.

Grand Dieu! les embrasser

Et mourir!...

Aux. noirs.

Allez, vous! allez! Qu’en ma présence!...

Que leur escorte passe et demeure à distance.

Indiquant an arbre isolé.

Tenez, là!..

A Rochambeau.

Vous! courez hâter leurs pas tremblants.

Aux noirs.

Et vous! mort à qui touche un seul cheveu des blancs!

Rochambeau et les noirs sortent.

TOUSSAINT, ADRIENNE

TOUSSAINT, très agité.

Adriènne, ils sont là, mes lionceaux! ... Tous deux!... Ah! tout mon cœur bondit et vole au-devant d’eux! Je ne me sens plus chef, je ne suis plus qu’un père. Père plus faible, hélas! que la plus faible mère,

Qui sous le fer levé d’un cruel assassin

Serre et voudrait rentrer ses enfants dans son sein!

Je vous l’avais bien dit, que le poison de gloire N’avait pas pu tuer nos noms dans leur mémoire! Qu’ils reviendraient au nid, en fidèles oiseaux.

Sitôt que de leur cage on romprait les barreaux.

Ils nous aiment...

Crois- tu?

ADRÏENNE

Le fruit vient des racines . . .

Les blancs n’ont pas changé les cœurs dans leurs poitrines. TOUSSAINT, à pari.

Oui; mais s’ils s’en servaient comme d’un traître appas. Pour me percer le sein quand j’ouvrirai les bras?

Si, pendant qu’occupé d’un entretien si tendre,

Désarmé par l’amour ils venaient me surprendre?... Contre le noir stupide ils se servent de tout;

Ils font bêler l’agneau pour attirer le loup.

A Adricnnc.

Écoute, mon enfant, pendant cette entrevue,

A défaut de Toussaint porte partout la vue.

Sur ces monts dominant tous les monts d’alentour,

Ce créneau de rocher surgit comme une tour;

C’est ma tour des signaux, c’est de là que se dresse. Pour les yeux de mes chefs, le drapeau de détresse. Drapeau noir comme nous, dont la couleur aux vents Fait une tache au ciel comme nous aux vivants!... Trente mille des miens, dont mon geste est l’étojle#.

Ont les yeux attachés sur ce morceau de toile! Immobiles, muets, et cachés l’arme au bras Dans ces ravins profonds tant qu’il ne flotte pas,

Mais à son premier pli, si ma main le déploie. S’élançant comme un tigre et croulant sur leur proie!... Si l’on tend à mon cœur quelque piège inhumain, Jures-tu d’élever ce signal dans ta main?

ADRÏENNE.

A ton moindre clin d’œil, je saurai me résoudre.

Pour toi, pour mon pays j’allumerai la foudre!

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