‹ Tout ou rienChapitre 100 sur 109 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Après la crise violente où James et Hannah avaient changé brusquement d'attitude , ces deux caractères sortis de leurs limites avaient repris peu à peu

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leur position ordinaire : James n'avait d'abord senti que le repentir de l'excès honteux auquel il s'était porté. La colère d'Hannah avait été si peu en harmonie avec toute sa conduite passée, qu'il avait d'abord désespéré de l'apaiser jamais; il se jugeait lui-même trop lâche et trop coupable pour mériter d'être pardonné.

Mais Hannah, au contraire , le premier mouvement une fois passé, était retombée dans sa douleur inoffensive ; elle s'était effrayée elle-même d'avoir été si loin ; elle avait pesé tous les motifs qui pouvaient rendre la vue de Tom pénible à son mari ; elle s'était redit de sang-froid les paroles échappées à sa colère, et les avait trouvées cruelles; elle avait senti surtout reparaître brusquement cette grande affection, complètement étouffée un moment. Quand elle

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revit son mari, elle éprouvait presque autant de repentir de lui avoir infligé le châtiment que lui de l'avoir mérité : ils étaient restés en présence pendant quelque temps dans une contrainte pénible , chacun ignorant les dispositions de l'autre, et redoutant de la colère ; puis, un mot dit au hasard les avait rapprochés, et enfin, ils s'étaient réunis par une de ces réconciliations qui ressuscitent le cœur, qui semblent rendre la circulation au sang et le mouvement à la pensée, qui font seules comprendre tout le malheur d'une séparation par toutes les jouissances d'une affection retrouvée.

Hannah avait alors promis le cruel sacrifice dont la lettre précédente a instruit le lecteur. James s'y était opposé, avait promis de réparer ses fautes et avait cherché en effet à regagner l'amitié de

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l'enfant, mais inutilement. Alors, le mot jeté par le jeune Tom dans la discussion qui avait amené l'orage était revenu à la mémoire de James, et avait germé de nouveau dans sa tète comme une semence de souffrance et de jalousie.

Hannah, le voyant plus sombre que jamais, s'était décidée à prendre un parti décisif et irrévocable qui lui permît au moins de satisfaire à un de ses devoirs au prix de l'autre.

L'occasion lui en avait été fournie, comme nous l'avons dit, par le départ de James pour le château de sir Henri Watley , qui était â la dernière extrémité, et qui l'avait fait appeler.

Mais , quand se leva le jour que lord Arthur avait désigné à Hannah dans sa réponse pour venir chercher Tom , Hannah crut être au matin d'une exécution ;

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elle se leva deux heures plus tôt, comme pour profiter au moins de tous les instants où son fils lui restait, et elle l'alla contempler doucement dans son lit. Ses yeux se portaient alternativement sur lui et sur une pendule, devant laquelle elle répétait sans cesse : «Encore deux heures, encore une heure à vivre! »

Lord Arthur, retenu par une affaire, tarda long-temps ; la pauvre Hannah s'imagina qu'il ne viendrait pas , et se livra pendant quelques instants à une joie folle, comme s'il n'était pas nécessaire qu'il vînt tôt ou tard, à peu près comme ces malades qui se croient presque délivrés d'une douloureuse opération parce que le chirurgien la recule d'un jour.

Mais, au milieu de cet accès prématuré de joie, un coup de sonnette se fît

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entendre. Hannah devint aussitôt pâle comme une morte.

C'était lord Arthur.

Il entra et salua gravement Hannah, sans joie importune et sans tristesse simulée.

Le jeune Tom , que sa mère n'avait pas eu le courage de prévenir , alla se jeter en riant dans les bras de son père.

— C'est donc aujourd'hui, milord? dit Hannah tremblante.

— Aujourd'hui même, comme je vous, l'ai marqué, dit lord Arthur.

Hannah rassembla tout son courage; elle comprit que reculer le moment fatal, c'était diminuer d'autant ses forces. — Ton père va t'emmener, mon enfant, dit-elle à Tom d'une voix à peu près inintelligible.

— Oh! quel bonheur! dit Tom. Mais tu vas venir avec nous, n'est-ce pas?

— Non , mon enfant.

— Mais je reviendrai aujourd'hui?

— Non, mon enfant, répondit Hannah, dont la voix s'affaiblissait de plus en plus.

— Pourquoi es-tu donc si triste ? Je ne veux pas partir...

— Il le faut, il le faut, cria Hannah, comme pour s'étourdir elle-même sur sa douleur.

— Oh! non, maman, ne me chasse pas, je t'en prie, dit Tom à genoux et en joignant ses petites mains, ne me chasse pas ; si j'ai été méchant, je ne le serai plus... Mais garde-moi auprès de toi.

Et , s'attachant au cou d'Hannah avec cette délicieuse compassion des enfants,

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qui les fait souvent encore plus ressembler à des anges, il l'entoura de ses bras et la couvrit de ses baisers.

— Vous le voyez , ce n'est pas ma faute, il ne veut point partir, dit Hannah, à bout de ses forces et de sa résolution.

— Non, je ne le veux pas, répondit Tom; je ne veux pas te quitter.

— Non , tu ne me quitteras pas , dit Hannah.

Elle demeura quelques instants la tête courbée sur son fils, oubliant le passé et l'avenir, oubliant tout, excepté les longs cheveux blonds et la tête gracieuse de Tom. Puis quelques minutes lui rappelèrent ce qu'elle avait promis à lord Arthur, à James, ce qu'elle s'était promis à elle-même, ce qu'exigeaient les circonstances, ce qu'ordonnait son devoir.

— Pas aujourd'hui, du moins, milord; voyez quel temps il fait, dit-elle, saisissant au hasard le premier prétexte que lui fournit sa tète égarée : cet enfant serait mouillé.

— Vous oubliez que j'ai là ma voiture, dit lord Arthur.

La réponse était si facile à prévoir, qu'Hannah aurait eu honte de l'avoir provoquée s'il y avait eu place dans son cœur pour autre chose que de la souffrance.

— Eh bien! n'importe! reprit-elle, pas aujourd'hui, pas à présent, après-demain , demain, ce soir, quand vous voudrez; mais laissez-moi le temps de lui faire mes adieux.

— Demain vous souffrirez tout autant, dit lord Arthur, et vous n'en aurez pas moins souffert aujourd'hui.

— Non , laissez-le-moi encore, dit-elle.

James ne revient que demain soir : que j'aie au moins cette consolation de son absence.

C'était un prétexte, si ce n'était une raison. D'ailleurs,Tom pleurait trop d'une séparation dont on ne l'avait point prévenu, pour que lord Arthur ne jugeât pas cruel d'insister ; il se retira.

Mais, le lendemain, la séparation ne fut pas plus facile; Hannah avait encore moins de courage ; Tom avait encore plus de douleur de quitter sa mère. Deux heures se passèrent dans les larmes ; et la scène douloureuse se serait prolongée plus long-temps, si le domestique de James ne fut arrivé en annonçant que son maître le suivait.

Hannah prit son parti alors en désespérée; elle embrassa son enfant, et, le

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remettant dans les bras de lord Arthur , elle alla s'enfermer dans sa chambre.

James, en arrivant, vit de loin la voiture armoriée qui s'éloignait.

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