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CHAPITRE VL

Un premier Secret,

James entra chez sa femme le front soucieux ; il l'embrassa d'un air distrait , sans oser lui demander compte de la visite de lord Arthur. Seulement, quel-

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ques heures après, ne voyant point Tom, il s'informa de ce qu'il était devenu.

Hannah le lui dit; James sut gré intérieurement à Hannah de cette généreuse condescendance à ses penchants secrets; et pourtant il se sentit blessé qu'on l'eût trouvé assez exigeant pour lui tout sacrifier ainsi.

— Ah! tu ne sais pas, dit-il à Hannah, nous sommes riches. Sir Henri, en mourant, m'a laissé cinq cents livres sterling de rente sur son revenu. C'est bientôt ta fête ; ce sera mon cadeau.

— Que veux- tu que je fasse moi seule de cette fortune? dit Hannah, n'ai-je point déjà assez de ce que nous possédons ? Il ne manque rien avec toi.

Rien? dit James, est-il bien vrai?

Il lui tendit la main; Hannah détourna la tête , et ne put étouffer un

soupir. James s'approcha d'elle. Quelles que fussent les petites discussions de leur ménage, quelques sujets de mésintelligence qu'il y eût entre eux, jamais l'un n'avait pu voir avec calme la douleur de l'autre.

— Regarde-moi, dit James en ramenant avec sa main de son côté la figure gracieuse d'Hannah; tu ne regrettes rien auprès de moi?

— Rien, répéta Hannah.

— Prends cette fortune, chère amie, dit James, fais-en ce que tu voudras; elle est à toi, à toi seule. Accepte-la pour mon plaisir, et sers-t-en pour le tien.

Hannah persista à refuser, et un débat de générosité s'éleva entre eux.

— Que \ru\-hi pour ta fête? dit enfin James —

— Rien, dit Hannah. . . .

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Cependant, reprit-elle, je voudrais. . . .

— Que voudrais-tu ? . . .

— La permission de revoir quelquefois mon fils, dit Hannah.

— Qui t'empêche de prier lord Arthur de le ramener quelquefois?

Toute idée étrangère à son amour était éloignée de la tète de James; il fut ramené désagréablement à ses sujets de chagrin. Sur la demande d'Hannah, il donna la permission, mais avec un accent de voix qui ne permettait guère d'en profiter.

Hannah se souvint plus, pendant quelques jours , du ton qu'avait pris son mari que des paroles qu'il avait prononcées. Mais bientôt le désir de revoir son enfant s'accrut si vivement, qu'il l'emporta sur tout. Elle écrivit donc à lord Arthur pour le prier de lui amener un

jour le petit Tom. Telle fut la réponse qu'elle reçut :

« Mistriss,

« Je vous avoue que j'ai été étonné de la courageuse résolution que vous avez prise de vous séparer de votre enfant , sachant votre tendresse pour lui. Toutefois, ce sacrifice n'a plus excité en moi de surprise lorsque j'ai connu ce qui l'avait déterminé. Vous aviez raison, mistriss, lorsque vous avez compris que le fils du duc de Porthland ne pouvait rester dans une maison où il avait reçu un affront qui rejaillit sur vous et sur moi, affront que sa candeur n'a pas su me cacher.

Mais vous n'avez plus raison, ou plutôt vous n'avez plus souvenir de ce qui s'est passé, quand vous croyez qu'il est pos-

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sible qu'un pair d'Angleterre consente à laisser remettre le pied à son fils dans un lieu où tous deux ont été insultés. Ceci ,peut vous donner sujet de vous affliger, mais non droit d'être humiliée. Votre influence sur moi est déjà assez forte, puisqu'à votre considération je ne suis pas venu rendre à sir James Wilton le traitement inouï qu'il a fait subir à mon enfant. Ma maison vous est ouverte, mistriss, vous pouvez venir embrasser votre fils,, qui vous attend ; mais venez seule, ou je ne réponds plus de rien.

« Arthur, duc de Porthla.no. »

Tout était donc fini pour Hannah ; elle ne reverrait donc plus jamais son fils. Alors elle tomba dans une tristesse effrayante. Ses joues se creusèrent , son

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teint se plomba , son embonpoint et sa fraîcheur disparurent : il lui prit un désir insensé et dévorant de ce qu'elle ne pouvait plus obtenir ; elle implorait la vue de son fils comme l'exilé atteint du mal du pays demande l'air natal pour son haleine et le spectacle de sa patrie pour ses regards; comme un illustre captif demandait naguère à Sainte-Hélène un nuage au ciel de plomb sous lequel une main toute -puissante l'étouffait.

Seule, elle prononçait le nom de Tom dans les ténèbres ; ses baisers le cherchaient dans le vide; et pour comble de souffrances, quand son mari, inquiet et presque blessé de sa douleur, lui répétait: Si tu regretteston fils, qui t'empêche de le redemander? elle était obligée de dire: Je ne le regrette pas, quand toute son ame eût bondi de joie à la seule

chance de le revoir, quand elle eût parcouru l'Angleterre, pieds nus, pour l'aller embrasser, si elle avait pu avouer, au retour, à son mari, d'où elle venait. Le jour de sa fête arriva. Elle ne put rendre même un sourire à tous les compliments dont elle fut l'objet : tout la laissa froide et indifférente, excepté cette petite lettre enfermée dans une autre de lord Arthur.

« Ma chère mère,

« Pourquoi ne viens-tu pas me voir?...

Je pleure tant de ton absence ! Tu m'as donc oublié, ou tu es donc bien méchante , que tu ne viens pas me voir!

C'est ta fête; je ne l'ai pas oubliée, moi. Oh! si mon père voulait, je viendrais bien te voir : mais je ne puis pas. . . C'est ce vilain M. Wilton qui t'empêche de

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venir. Viens toujours. Je t'attends

« Ton petit garçon, qui t'aime de tout son cœur.

« Tom. »

Quand Hannah eut reçu cette lettre, elle la couvrit de baisers, et la mit dans son sein ; puis, à chaque instant, elle l'en retirait... Deux heures se passèrent pendant lesquelles son agitation trahit une violente lutte intérieure. Au bout de ce temps, elle tomba dans un abattement profond ; elle en sortit par un mouvement convulsif , s'enveloppa précipitamment de son manteau , et partit en courant.

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