PREMIERE PARTIE, CHAP. I. Il
nous avons nommé tout à l'heure, c'était un membre de cette fière aristocratie anglaise dont nous avons tant de contrefaçons sur notre continent. C'était un homme de système et de calcul, qui était loyal par position, et consciencieux par fashionabililé, si je puis m'exprimer ainsi. Héritier d'un grand nom et d'une immense fortune, il traitait d'égal à égal avec le gouvernement, qu'il dédaignait à la fois de soutenir et de combattre. 11 avait gardé son indépendance et l'intégrité de son libre arbitre, qui lui permettait à la fois de serrer une main radicale et de répondre à un salut ministériel. Il avait vu Campbell sourdement détesta à la chambre des communes , qu'il ne savait pas ménager. Il s'était pris d'amitié pour lui, afin de se singulariser noblement, avait reclier-
ché sa connaissance et paraissait prendre plaisir à sa conversation et à celle de miss Hannah. An demeurant le duc de Porthland était un homme honorable, et pour qui la nature avait beaucoup fait en lui donnant des avantages extérieurs, une tète régulière, des facultés intellectuelles brillantes , du sang-froid et de l'adresse. Vingt mille livres sterling de revenu, quinze ans passés dans la corruption polie du grand monde, et la liberté de tout faire, n'avaient altéré que ses mœurs, et non son ame. Ses principes avaient succombé , mais soit par habitude, soit par instinct, soit par intérêt bien entendu, sa conduite était restée droite et intègre, comme ces vieux édifices qui restent encore debout malgré leurs colonnes écroulées : n'était-ce pas encore chose digne d'éloges ?
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Nous l'avons dit, bien qu'il eût paru prendre plaisir à la conversation de miss Hannah, ia distance énorme des conditions éloignait de l'esprit de la jeune personne et de sa famille toute idée de mariage. Quelqu'un pourtant savait que lord Arthur, duc de Porthland, pesait dans sa tête les inconvénients et les avantages de cette mésalliance: quelqu'un savait les intentions de lord Arthur mieux que lui-même dans le salon où était réunie la famille Campbell, par une soirée de juillet 18. . . . et pourtant ce quelqu'un ne connaissait pas lord Arthur.
Ce nouveau personnage, dont nous n'avons pas encore parlé, se nommait sir James Wilton; c'était un jeune homme reçu depuis quelques années chez Campbell, et dont toute la perspicacité était de la jalousie; cette iakmftifl tfcrfiblë et impitoyable
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qui laisserait ses victimes trop heureuses si elle ne les menaçait que de ce qui est possible, et qui les cloue d'une espèce de seconde vue qui ne sait découvrir que des malheurs.
INous n'épuiserons pas ici toutes les phrases de rigueur pour peindre l'excès de la passion de Wilton pour miss Hannah; nous dirons seulement que c'était la plus forte des passions de l'homme qui se rencontrait dans l'homme le plus propre à la ressentir, et que toutes les circonstances avaient concouru à rendre cette affection plus violente : une ardente organisation physique, une longue habitude de voir l'objet aimé, et jusqu'à l'improbabilité du succès; car, telle est l'humanité : chez elle le désir de la réussite n'en attend pas l'espérance.
Il fallait que cette jalousie le rendit