PREMIERE PARTIE, GHAP. I. I L
bien clairvoyant pour deviner le secret projet de lord Arthur, que rien ne semblait jusqu'alors faire pressentir, d'après la conduite du jeune pair. Mais celui-ci avait épuisé tout, et le mariage, quel qu'il fût, c'était encore un changement. Puis , l'âme de miss Hannah éveillait dans la sienne le seul sentiment que le monde n'eût point usé, l'estime; et sa beauté y réveillait des sensations qui ne s'éteignent jamais chez l'homme. James soupçonnait tout cela, ou plutôt il en était sûr; car la crainte ne doute presque jamais ; il considérait avec angoisse la différence de la position de lord Arthur avec la sienne, à lui, pauvre employé du gouvernement, à cent livres sterling par an. Il avait bien un oncle fort riche, mais il s'était brouillé avec lui. Campbell, qui connaissait James depuis l'enfance, le
M) TOUT OU RIÊir.
recevait avec plaisir, malgré sa position dépendante. Mais ce jeune homme sentait avec amertume qu'il était admis chez lui sans conséquence. Miss Hannah paraissait avoir, du reste, beaucoup d'amitié pour lui; mais toujours sans conséquence. Heureusement, jusqu'alors, Campbell avait reçu peu de monde; aucun parti ne semblait s'être présenté pour sa fille; et la jalousie de James n'avait jamais eu de motifs graves. C'est que ce n'était pas une passion chez lui. c'était une maladie; il avait peur au bruit d'une feuille qui tombait, d'une porte qui s'entr'ouvrait; il soupçonnait tout, et cependant miss Hannah n'eut pas été fondée, s'il eut exprimé ses craintes, à se dire insultée : la jalousie a droit de présumer une faute dans une femme, comme l'amour a droit de la