PREMIÈRE PARTIE, CIIAP. IV
deviendras-tu, si tu ne t'es pas donné une famille pour remplacer celle que tu auras perdue? Crois-tu que le coeur ne saigne pas à une mère de livrer en un jour, et pour jamais, à un étranger, l'œuvre à laquelle elle s'est attachée par tout le temps qu'elle en a joui, par toutes les souffrances qu'elle lui a coûtées? Mais, avant tout, l'intérêt de nos enfants; leur bonheur est entre nos mains un dépôt, et non une possession. Puis, veux-tu que je te dise franchement le fond de ma pensée, dussé-je te sembler injuste, et porter ta douleur jusqu'à la colère? Je ne crois pas , quand même ta position et celle de James vous auraient permis d'être l'un à l'autre, que vous eussiez été heureux ensemble ; c'aurait été un grand hasard que tes affections douces et tes principes sévères fussent compa-
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tibles avec sa manière d'aimer violente et exclusive, qui ne pourrait souffrir aucun autre attachement à côté du sien , même le plus légitime et le plus innocent. J'ai étudié ce jeune homme avec soin, car j'avais un secret pressentiment qu'il ne serait pas étranger à ta destinée, ne fût-ce que comme ami. Je le crois jaloux, jaloux sans frein, sans règle, sans mesure et sans terme ; il a dû être jaloux de ses frères ou de ses sœurs dans les bras de sa mère ; il a été jaloux de toi avant d'être amoureux; il serait jaloux, je crois, à tuer sur un soupçon, dût-il en mourir après; car toutes les préventions que m'inspire contre lui la sollicitude, peut-être exagérée, de ton bonheur, ne me rendront point injuste au point de lui refuser des qualités dont ses défauts ne sont qu'un excès poussé