PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VI
oncle. C'était encore trop tôt pour lui. — Cette épreuve, qui lui semblait si facile quand il la voyait à travers la récompense, lui répugnait invinciblement, alors qu'il n'avait plus là les yeux d'Hannah pour y puiser du courage. Demander à un ami, c'est chose si pénible ; à un ennemi, chose si dégradante! Mendier au meurtrier de sa mère le patrimoine qu'il lui avait ravi! extorquer une aumône, qu'il eût eu presque droit d'arracher comme restitution ! A cette pensée, au moment d'entrer dans le château , il regardait avec en. vie la route de Londres; puis il songeait à son Hannah, malheureuse, inquiète, se reprochant et lui reprochant leur amour, puis peut-être livrée au besoin... Alors il continuait à marcher vers son but, quoiqu'avec la lenteur du désespoir.
L'aspect du château était triste et re-
poussant. On voyait à la saleté des murs, au peu de soin qui régnait dans l'entretien de l'appartement, que le propriétaire, mal à l'aise, haïssait son habitation sans en désirer une autre, et qu'il nourrissait contre tout ce qui l'entourait le mécontentement qui lui avait pris de lui-même. Des valets, plus grossiers que leurs chiens, dont leur maître ne les distinguait pas, accueillirent assez mal James, qui demanda à parler à sir Watley, sans vouloir dire prudemment son nom.
Il fut enfin introduit dans une vaste salle, où sir Robert faisait sécher ses bottes crottées devant un vaste feu , ayant à la bouche une pipe, et à ses côtés une bouteille de porter.
— Que me voulez-vous? dit-il bursquement à James, sans le regarder.
A ce mot et à cet accueil, il fut corn-