‹ Tout ou rienChapitre 52 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VII. I OC · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VII. I OC

Vers minuit et demi, on frappa à la porte. Mistriss Campbell épouvantée tremblait d'aller ouvrir; Campbell prit une lumière et se dirigea tranquillement vers l'entrée , sachant qu'il fallait la décision du parlement pour l'arrêter. C'était seulement un domestique du duc de Porthland avec ce billet :

«Un grave danger vous menace; on vous a vu parmi les rebelles qui ont été mis en fuite. Le ministère veut vous perdre; on doit proposer à la chambre votre mise en accusation; on est sûr d'une majorité contre vous; je vais chercher à parer le coup; le besoin que le ministère a de moi en ce moment, me met en assez bonne position pour intercéder en votre faveur; cependant, ne vous fiez pas à l'avenir, et quittez Londres cette nuit, pour ne pas être arrêté demain. — Je vous

enverrai ma chaisede poste à deux heures;— vous passerez eu France, où je vous ferai dire quand vous pourrez revenir.

« Tout à vous ,

« Arthdr, duc de Porthland. »

Ce fut un coup de foudre. — Campbell demeura anéanti.

— Nous séparer de toi! s'écria mistriss Campbell, c'est impossible, nous te suivrons.

— Vous ne pouvez, répondit Campbell , rien n'est prêt pour votre fuite.

— Mon père, vivre sans vous, vivre dans l'inquiétude... mieux vaut mourir.

— Ne vous tourmentez pas, — je fre partirai point.

— Mais il y va peut-être de ta vie.

— Peut-être, si je reste; certainement, si je pars. — Je ne puis vous quitter.

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quitter l'Angleterre. Tout ingrat qu'est mon pays, je l'aime; j'ai pourtant éprouvé que les partis ne récompensent que leurs flatteurs, et non leurs amis; mais n'importe; ma vie est dans mes habitudes, dans mes affections, dans ma réputation surtout; une fuite ne me sauverait qu'en la perdant. Je resterai ici, je me défendrai; ils n'ont que le pouvoir, j'ai mon droit.

— Mon ami, si l'on est sûr que tes collègues te condamneront malgré ton innocence?

— Qu'ils me condamnent!

— Et ne serons-nous pas condamnées avec vous, mon père, reprit Hannah : — votre héroïsme nous sacrifie toutes deux.

— Vous avez raison, reprit Campbell , mais fuir comme un malfaiteur, sans me justifier, quand rien ne m'empêche de

parler . quand on ne peut me condamner qu'après m'a voir entendu !.. c'est impossible!...

On frappa de nouveau à la porte; et quelqu'un, enveloppé d'un manteau, se présenta; c'était le duc lui-même.

Mistriss Campbell se précipita presqu a ses pieds ; Hannah lui tendit la main ; Campbell se jeta dans ses bras.

— Milord , déjà notre vieil ami, comment vous rendre grâces?...

— Si le péril était passé, j'accepterais vos remercîments, mais vous ne me devez encore rien qu'à demi. — Je viens de voir le ministre, il est décidé à ne pas laisser échapper cette occasion de se débarrasser d'un censeur dont la conscience l'importune. En vain j'ai voulu user du crédit que me donne ma position dans la chambre haute, pour empè-

cher votre mise en accusation. Le ministère a besoin sans doute de mon influence, mais non assez pour que je puisse ]e forcera lâcher sa proie, «D'ailleurs, a continué le ministre, quel intérêt si grand prenez-vousà un membre de lachambre basse, que vous connaissez à peine depuis trois mois? Si je voyais en lui un de vos parents, même quelqu'ancien ami , peut-être pourrais-] e, à votre prière, tempérer la rigueur très-méritée des mesures que nous prenons contre sir Campbell. Mais nous avons mille motifs pour le punir, et vous aucun pour le sauver »... — Une réponse m'est venue alors sur les lèvres, qui pouvait parer à tout; mais les conséquences en étaient trop importantes pour d'autres que pour moi ; je me suis vu forcé de la retarder, et même je vois maintenant

presque l'impossibilité de pouvoir la don-

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ner jamais; ainsi, partez, ne vous fiez pas à votre innocence; il n'y a pour elle ni sûreté réelle vis-à-vis du pouvoir, ni faveur durable vis-à-vis du peuple. — Partez, je vous en conjure. — J'ai amené ma voiture; j'ai devancé l'heure que je vous avais dite : on ne saurait être trop prudent.

— Partir, partir maintenant!.. — Laisser ma famille sans soutien, ma réputation sans défenseur!.. — Mourir n'est pas audessus de mes forces; mais ce que vous demandez, l'est certainement.

— Partez, mon ami, s'écria mistriss Campbell en pleurant.

— Partez, mon père, s'écria Hannah, les mains jointes, d'une voix étouffée.

Campbell ne répondit point.

— Mais vous nous avez dit, milord , qu'il y avait un parti qui pouvait épar-

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