PREMIERE PARTIE-, CHA.F. IX. I
heureuse, caria conviction qu'elle avait produite commençait à la gagner.
Cependant le mariage approchait, et Ton n'entendait point parler de James.
Enfin le jour solennel se leva , et de splendides préparatifs annoncèrent que lord Arthur voulait paraître heureux. Hannah était calme ; à la pâleur près, on l'aurait crue contente, et elle n'eût pas été autrement si son mari avait été James ; car, tel était son caractère réservé ; elle eût pris le même empire sur sa joie qu'elle le prenait alors sur sa douleur.
Les attentions de lord Arthur et ses preuves de tendresse devinrent encore plus multipliées dès qu'elles furent tout, à-fait légitimées. Il s'empressait de prévenir tous les désirs que la pauvre Hannah ne songeait même point à former.
Tl l'accablait de soins que celle-ci, con-
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fuse et se reprochant son ingratitude, cherchait à reconnaître par mille égards et des preuves de reconnaissance délicates. Mais plus lord Arthur se donnait de tourment pour se rendre maître du cœur d'Hannah, plus Hannah se répétait que son devoir était de l'aimer, plus il y avait de froid malgré eux dans leurs relations, et plus il perçait un embarras glacial à travers les démonstrations empressées qu'échangeait leur estime réciproque.
Un mois s'écoula ainsi. Lord Arthur était grave, Hannah était mélancolique; mais tous deux ne se plaignaient pas, et ne semblaient point malheureux. Une chose fit. cependant de la peine à lord Arthur ; il avait prononcé à la chambre des lords un discours qui avait vivement remué l'assemblée ; mille compliments lui
étaient revenus de toutes parts , mais pas encore de celle d'Hannah, et il le lui reprocha doucement.
Hannah rougit profondément.
— Pardonnez-moi , milord , lui dit-elle, je suis si étrangère à la politique.
— La politique, miladi , reprit lord Arthur, est pour vous affaire de famille; pardonnez-moi de tenir autant à votre suffrage, il prouve mon estime pour vous; cette estime est telle que je vous demanderai conseil sur une proposition qu'on me fait, et dont les conséquences d'ailleurs sont d'une haute gravité pour nous deux. Le ministère , qui sent le besoin de s'attacher un membre de la chambre haute, en qui un ou deux succès parlementaires accroissent les avantages de sa position , m'a fait offrir dans le Levant
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une mission délicate qui peut devenir glorieuse.
— Que n'acceptez-vous ? répondit Hannah.
— Il faudrait me séparer de vous pour long-temps.
Hannah demeura interdite. Ce projet l'aurait rendue trop heureuse pour qu'elle se trouvât innocente d'en désirer l'accomplissement. En effet, pouvoir estimer lord Arthur sans cesser de s'estimer ellemême; n'être plus forcée de suhir des caresses qui la rendaient infidèle à ses propres yeux, et qu'elle eût été cependant ingrate et déraisonnable de refuser; vivre seule et tranquille avec sa mère pour laquelle son amour ne la rendait parjure vis-à-vis de personne ; n'être pas obligée de feindre un amour qu'elle n'éprouvait pas, et qu'un autre moins légitime em-