PREMIÈRE PARTIE, CIIAP. X
et je lui ai ordonné de satisfaire votre envie. Tenez , reprenez cette bourse où était le présent que vous avez cru lui faire. Peut-être y a-t-il plus que vous n'avez donné; vous distribuerez le reste aux pauvres.
Et il jeta la bourse aux pieds de James.
— Milord , dit James, je ne suis pas assez heureux pour être patient.
— Écoutez jusqu'au bout, monsieur, reprit froidement lord Arthur. Ne croyez pas, miladi, dit-il en se tournant vers Hannah , que j'aie voulu faire une épreuve offensante pour vous , en permettant à un rival de venir tenter votre vertu ; j'étais sûr de vos principes , sinon de votre amour. Je voulais, en assistant à cette scène, éclaircir mes doutes, et savoir si le souvenir d'une première passion était pour quelque chose dans la froi-
cîeur invincible qui perce, malgré vous, dans toute votre conduite vis-à-vis de moi. Je me suis convaincu que c'en était l'unique cause. Oui, monsieur, reprit-il en se retournant vers James, vous êtes pauvre et obscur , et vous êtes plus avancé que moi, pair d'Angleterre , avec mon opulence et ma brillante position : vous êtes aimé et vous le serez toujours.
— Milord, reprit Hannah , vous n'avez pas le droit de le dire...
— Tranquillisez-vous , reprit lord Arthur; ce n'est point une faute que je vais chercher au fond de votre conscience, c'est un fait que je constate. Dans votre position , vous avez fait tout ce que vous avez pu pour étouffer une affection plus forte que vous ; vous n'en avez étouffé que les désirs et l'espérance; cette passion sans essor est restée comme un