PREMIERE PARTIE, CHA.P. X
poids sur votre cœur qu'elle fait souffrir sans relâche. Vous aimez sir James, vousdis-je; maintenant que nous restet-il à faire ? Faut-il demeurer dans cette situation gênante et cruelle pour tous?
Faut-il passer notre vie, moi à vous épier, à vous observer, à vous demander dans votre ame une place que vous ne pouvez me donner; vous, à lutter contre votre penchant ; sir James, à lutter contre la destinée ? tous , malheureux l'un par l'autre, sans honneur et sans profit pour qui que ce soit au monde. ]Ne vautil pas mieux annuler cette union qu'une longue habitude et des liens de famille n'ont pas encore irrévocablement consacrée ? Savons-nous pas le divorce? n'estil pas destiné tout aussi bien à réparer les erreurs qu'à punir des fautes? Qu'en dites-vous ?
— Milord, tant de grandeur d'ame...
reprit Hannah...
— C'est trop de générosité, reprit James, pour que je veuille accepter de vous un pareil sacrifice , quand même je pourrais y croire.
— Vos souffrances paraissent avoir ébranlé votre raison, sir James, et vous empêchent de sentir dans vos paroles une injustice impardonnable. Mais rassurez-vous, ce n'est pas un sacrifice que je fais; en rendant miladi à l'amour, je me rends moi-même à la liberté. Miladi, j'ai cru d'abord éprouver une passion pour vous; il y avait dans votre réserve et votre froideur même un attrait qui doublait le prix de la conquête en paraissant la rendre plus difficile. Mais je me suis convaincu bientôt que cette conquête était impossible, surtout quand je sentis