PREMIERE PARTIE, CHAP. XT. l8r
d'une nouvelle existence. Les premières idées de jalousie, qui avaient tourmenté d'abord le bonheur de James, cédèrent enfin en lui au besoin d'une régénération du cœur.
Assis auprès d'Hannah, il la regardait avec cet orgueil de futur possesseur, avec un sentiment délicieux, mêlé d'enthousiasme et de tendresse. Hannah était d'une pâleur maladive, et paraissait souffrante; elle n'eût pas été à son avantage dans un bal , elle eût paru à des adorateurs frivoles moins digne qu'à l'ordinaire de leur hommage banal ; mais combiensa beauté gagnait de prix, pour l'estime sérieuse d'un sentiment puissant, à être dépouillée de la fraîcheur, cette beauté de la superficie, et à être de plus en plus réduite au simple effet d'expression. Le rire des lèvres d'une femme ne
provoque que le désir; la tristesse de ses yeux grave l'amour dans le cœur.
Cependant James fut inquiété de cette apparence de chagrin.
— N'étes-vous pas heureuse? lui dit-il après un long silence.
— Heureuse! sans doute, je le suis; mais je me sens malade.
— Est-ce que vous m'aimez toujours?
répétez-le-moi, j'ai besoin de l'entendre.
— Pour l'éternité î reprit Hannah ; maintenant je puis vous le dire, bientôt je pourrai le dire à tout le monde.
— Et vous m'avez gardé votre cœur pendant le temps que je ne vous ai point vue ?
— Ne parlons plus de cela; ce temps est passé , ne le faisons pas revenir par l'imagination ; le malheur n'est pas comme le remords , on peut l'oublier.