PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XI
Il y avait au fond du bonheur de James quelque chose qui le glaçait; cependant il était heureux. Lord Arthur était parti ; la demande en divorce était déjà faite; Hannah devait lui être livrée bientôt tout entière et pour à jamais. Cette idée prévalut enfin sur la gène involontaire qu'il éprouvait.
— Quand m'épouserez -vous? dit-il :
vous serez libre avant un mois.
— Jamais assez tôt! reprit Hannah. J'ai tant souffert , l'avenir me doit bien du bonheur, et je suis pressée de le voir s'acquitter envers moi.
— Chère Hannah, dit James tout-à-fait enivré, et dévorant de baisers ses doigts blancs et délicats qu'elle lui avait abandonnés; enfin je suis à l'abri <lu malheur; il ne peut plus me poursuivre dans vos bras; il n'a plus de maléfices contre le
talisman de votre amour. Mon bonheur est si grand que je crains de ne pas avoir la force de le supporter, moi, qui ai résisté à tant de maux.
En parlant ainsi , assis à côté d'Hannah , il effleurait sa joue du souffle de sa parole. Enhardi par son amour, par son bonheur surtout, il y porta ses lèvres. Hannah tressaillit involontairement; puis, rassurée par une rapide réflexion , avec l'élan d'une femme aimante qui s'abandonne pour la première fois à une impulsion d'amour légitimé , elle tourna la tète vers James ; les lèvres de James rencontrèrent les siennes ; elles se confondirent dans ce premier baiser d'amour qui allume une fièvre dont on ne guérit que par un autre, et qui commence à associer l'ivresse des sens à la félicité du cœur.