VOUS ÊTES ENCEINTE, MILAD
Hannah tomba à genoux...
— Je ne sais , dit-elle ; James , épargnezmoi...
— Ma fille, s'écria mistriss Campbell en la relevant précipitamment, lève-toi; pourquoi cette posture humiliante? estu coupable pour demander grâce? n'estu pas légitimement duchesse de Porthland ? l'enfant que tu portes dans ton sein , s'il existe , n'est-il pas légitimement le fils de lord Arthur?...
PREMIER* PARTIE, CHAP. XI. I g5
— Ah ! vous aviez raison, reprit James d'une voix étouffée... ie mariage sera retardé... plus que vous ne le croyez sans doute..,.
— Eh bien! reprit avec impétuosité mistriss Campbell, mortellement blessée du ton offensant de James, le divorce n'est pas encore prononcé; le duc de Porthland peut garder sa femme; il ne la dédaignera pas même au refus de sir James Wilton ; et d'ailleurs persistât-il à divorcer, peut-être ma fille , riche et belle, ne sera-t-elle pas à mépriser pour d'autres, même avec un enfant?
— Arrêtez, ma mère, s'écria Hannah, pardonnez-lui, afin qu'il me pardonne.
Hélas ! j'ai du vous sacrifier son bonheur, mais il a le droit de s'en offenser, il a le droit de me maudire. Pour vous, ma mère, mon mariage fut un acte de dévouement;
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pour lui, c'est toujours une infidélité; et une infidélité n'est jamais légitime. Pardonnez-moi, James; songez à ce que nous sommes, nous autres femmes :
toujours soumises , toujours condamnées à une passive obéissance, n'ayant pas même le droit de refuser nos faveurs les plus intimes, ne pouvant rien garder pour nous-mêmes, pas un cheveu sur notre tête , pas un sentiment dans notre cœur, pas une larme dans nos yeux. Hélas! dans ces moments qui me rendaient si coupable envers vous , j'ai bien souffert; mon cœur ne fut pas complice de l'esclavage dont j'ai subi la loi. Maintenant , James, accordez-moi votre pardon.
Jugez si je suis à plaindre : vous savez si l'idée du crime m'effraie, et je me trouve presque criminelle envers vous. Allez, croyez-moi, tant de souffrances méritent