‹ Toute la lyreChapitre 30 sur 79 · L'ÉTÉ A COUTANCES · texte numérisé non relu

L'ÉTÉ A COUTANCES

Ah ! l'équinoxe cherche noise Au solstice, et ce juin charmant Nous offre ime bise sournoise ; L'été de Neustrie est normand !

Notre été chicane et querelle ; Son sourire aime à nous leurrer ; Il se rétracte ; il tonne, il grêle ; Il pleut, manière de pleurer.

Mais qu'importe ! entre deux orages.

Ses rayons glissent, fiers vainqueurs.

Et la pourpre est dans les nuages.

Et le triomphe est dans les cœurs.

Cette grande herbe est mon empire.

Je suis l'amant mystérieux

De l'âme obscure qui soupire

Au fond des bois, au fond des cieux !

Je suis roi chez les fleurs ^'ermeilles. Quelle extase d'être mêlé

Aux oiseaux, aux vents, aux abeilles.

Au vague essor du monde ailé !

L'arbre creux vous offre une chaise ; L'iris vous suit de son œil bleu ; On contemple ; il semble qu'on baise Le bord de la robe de Dieu.

ii6 TOUTE LA LYRE

Venez nous voir dans l'asile Où notre nid s'est caché, Où Chloé suivrait Mnasyle, Où l'Amour suivrait Psyché.

Si vous aimez la musique, C'est ici qu'est son plein vol ; Gluck tousse, Haydn est phthisique A côté du rossignol.

Ici, la fleur, le poëte Et le ciel font des trios ; O solos de l'alouette !

O tutti des loriots !

Chant du matin, fier, sonore !

L'oiseau vous le chantera.

Depuis six mille ans, l'aurore Travaille à cet opéra.

Venez ; fiers de vos présences, Les champs, qui sont des jardins.

Auront mille complaisances Pour vous autres citadins.

Nos rochers valent des marbres.

Le beau se fera joli.

Le moineau, sous les grands arbres, Quoique franc, sera poli.

Mai joyeux, juin frais et tendre Arriveront à propos, Pour que vous puissiez entendre La clochette des troupeaux.

Venez, vous verrez les guêtres Du vieux laboureur normand ; Les mouches par vos fenêtres Entieront éperdument.

Le soir, sous les vignes vierges, Vous verrez Dieu qui nous luit Allumer les mille cierges De sa messe de minuit.

Et nous oublierons ces choses Dont on pleure et dont on rit, L'homme ingrat, les ans moroses.

L'eau sombre où l'esquif périt.

ii8 TOUTE LA LYRE

La fuite de l'espérance, Les cœurs faux, le temps si court.

Et qu'on partage la France Dans la Gazette d'Augsbourg.

25 juin 1859.

LA NATURE rrç

A GUERNESEY x

Ces rocs de l'océan ont tout, terreur et grâce, Cieux, mers, escarpement devant tout ce qui passe. Bruit sombre qui parfois semble un hymne béni, Patience à porter le poids de l'infini ; Et dans ces fiers déserts qu'un ordre effrayant règle. On se sent croître une aile, et l'âme devient aigle.

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