‹ Toute la lyreChapitre 32 sur 79 · DANS MA STALLE · texte numérisé non relu

DANS MA STALLE

O VIEIL antre, devant le sourcil que tu fronces, Parmi les joncs sifflants, les épines, les ronces, Et les chardons broutés par l'âne positif, Sous la protection d'un grand chêne attentif Qui battait la mesure avec sa tête énorme. Poussait le coude au frêne et faisait signe à l'orme. Au fond du hallier sombre, où, dans l'arbre entr' ouvert, La fée à des coussins de mousse en velours vert S'accoude, — une linotte, encor toute petite. Débutait. Dans le lierre et dans la clématite. Une fauvette dit : Pas mal ! puis fredonna ; Et, rêveur, j'écoutais cette prima donna.

15 octobre 1874.

C'est l'heure où le sépulcre appelle la chouette.

On voit sur l'horizon l'étrange silhouette D'un bras énorme ayant des courbes de serpent ; On dirait qu'il protège, on dirait qu'il répand On ne sait quel amour terrible dans cette ombre.

Est-ce Arimane ?

O ciel, sous les astres sans nombre, Dans l'air, dans la nuée où volent les griffons. Dans le chaos confus des branchages profonds. Dans les prés, dans les monts, dans la grande mer verte. Dans l'immensité bleue aux aurores ouverte. Qu'est-ce donc que l'esprit de haine peut aimer ? Lui, qui veut tout tarir, que fait-il donc germer ? Qu'est-ce que dans l'azur son doigt noir peut écrire ? Sur qui donc fixe-t-il son effrayant sourire ? Que rcgarde-t-il donc avec paternité ?

Fait-il croître un hiver tel qu'on n'ait plus d'été ? Pour les dards dans la nuit fait-il luire les cibles ? 11 semble heureux. Il parle aux choses invisibles ;

Il leur parle si bas, si doucement, qu'on peut Entendre le rayon de lune qui se meut Et la vague rumeur des ruches endormies ; Son fantôme agrandit les ténèbres blêmies ; On ne sait ce qu'il fait, on ne sait ce qu'il dit ; Les loups dressent émus leur tête de bandit ; Iblis parle ; et la stryge affreuse, la lémure, Ainsi qu'une promesse accueillent ce murmure ; Rien n'est plus caressant que cette obscure voix ; Comme un nid d'oiseaux chante et jase dans les bois Et comme un sein de vierge au fond d'une humble alcôve S'enfle et s'abaisse, ainsi chuchote l'esprit fauve. Celui que Mahomet nomme le sombre émir.

Et cependant, on voit toute l'ombre frémir. Et la mère en son flanc sent l'enfant qui va naître S'épouvanter, car l'âme humaine craint peut-être. Quand ime main immense apparaît au zénith, Moins un dieu qui maudit qu'un démon qui bénit.

28 avril 1872.

Page 1