‹ Toute la lyreChapitre 54 sur 79 · A PAUL M · texte numérisé non relu

A PAUL M

Paul, je connais si bien l'autre côté des choses Que toujours je regarde en mes apothéoses La hauteur du rocher d'où je de\Tai tomber. Le sort change — je l'ai subi sans me com-ber — Une femme en squelette, un palais en masure.

Et c'est pourquoi, passant fraternel, je mesure.

Souriant et pensif, sans retirer ma main,

A l'amour d'aujourd'hui la haine de demain.

Aux éblouissements de l'aube je calcule

La morne hostilité qu'aura le crépuscule.

Qui ne fut point haï n'a vécu qu'à demi.

Et, tâchant d'être bon, je laisse, ô mon ami.

Passer l'un après l'autre, en cette ombre où nous sommes,

Tous les faux lendemains de la terre et des hommes.

Sûr de ce lendemain immense du ciel bleu

Qu'on appelle la mort et que j'appelle Dieu.

2 septembre 1872.

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