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DANS LE CIMETIÈRE DE

Je priais, recueilli dans ma pensée intime. Le cimetière est doux au deuil silencieux A cette heure où le soir ineffable et sublime Vient à la paix des morts mêler la paix des cieux.

J'entendis qu'on marchait, je levai les paupières ; Le vent remuait l'herbe autour des crucifix, Et je vis à pas lents venir parmi les pierres Un aïeul par la main menant son petit-fils.

Ému, j'interrompis mes funèbres extases.

Pour les suivre des yeux et tout bas les bénir. — Un vieillard ! un enfant ! ô mystérieux vases ! L'un rempli du passé, l'autre de l'avenir !

Cette petite main dans cette main débile Me rappelait des jours enfuis, des jours meilleurs. Le vieillard, par moments, s'arrêtant, immobile. Regardait les tombeaux ; l'enfant cherchait des fleurs. I. 8

Le vieillard regardait les sépulcres dans l'ombre. Comme si, morne et blême et baigné de sueur, A force d'y fixer son œil profond et sombre, Il en faisait sortir quelque étrange lueur.

15 août 1846.

Dh ! dis ! pourquoi toujours regarder sous la terre, nterroger la tombe et chercher dans la nuit ? It toujours écouter, penché sur cette pierre Comme espérant un bruit ?

"'imagines-tu donc que ceux que nous pleurâmes iont là couchés sous l'herbe, attentifs à nos pas ? ^rois-tu donc que c'est là qu'on retrouve les âmes ? Songeur, ne sais-tu pas

)ue Dieu n'a pas voulu, lui qui règle et dispose, )ue la flamme restât quand s'éteint le flambeau, t que l'homme jamais pût mettre quelque chose. Hélas ! dans le tombeau !

le sais-tu pas que l'âme une fois délivrée, .es fosses, dévorant les morts qu'on enfouit, e remplissent d'une ombre effrayante et sacrée Où tout s'évanouit ?

u te courbes en vain, dans ta douleur amère, ur le sépulcre noir plein des jours révolus, edemandant ta fille, et ton père, et ta mère, Et ceux qui ne sont plus 1

Tu te courbes en vain. Ainsi que dans la vague Le plongeur se fatigue à chercher des trésors. Tu tâches d'entrevoir quelque figure vague De ce que font les morts.

Rien ne brille pour toi, sombre tête baissée ; La tombe est morne et close au regard curieux . Tu n'as plus un rayon qui luise à ta pensée... Joyeux, lève les yeux !

Lève les yeux ! renonce à sonder la poussière. Fais envoler ton âme en ce firmament bleu, Regarde dans l'azur, cherche dans la lumière Et surtout crois en Dieu !

Crois en celui dont tout répète les louanges ! Crois en l'éternité qui nous ouvre les bras ! Appelle le Seigneur, demande-lm tes anges. Et tu les reverras !

Oui. même dès ce monde où pleure ta misère En élevant toujours ton cœur rempli d espoir, Sans t'en aller d'ici, sans qu'il soit nécessaire De mourir pour les voir,

Parce qu'en méditant la foi s'accroît sans cesse, P^r e qu'à l'œil croyant le ciel s'ouvre éclaire. Un jour tu t'écrieras tout à coup, plein d ivresse O mon Dieu ! les voici !

LA PENSÉE 22g

Et tu retrouveras, ô pauvre âme ravie, Une ombre du bonheur de ton passé joyeux, Dans ces fantômes chers qui charmèrent ta vie Et qui sont dans les cieux ;

Comme à l'heure où la plaine au loin se décolore Quand le soir assombrit le jour pâle et décru. Là-haut, dans la nuée, on peut revoir encore Le soleil disparu.

27 octobre 1841.

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