INSCRIPTION DE SÉPULCRE
Je nais. Quesuis-je? Odeuilj'ai peur, j'ai froid, jepleur Je souffre, je suis homme, hélas !
Il faudra que je vive, il faudra que je meure. Avant de marcher, je suis las.
Je suis le frais jeune homme, allier comme un génie. J'aime une femme au pur regard.
Et voici les douleurs, les larmes, l'insomnie.
On aime, on pleure. Hélas ! plus tard.
L'âme de souvenirs doucement remuée.
On crie : 0 beaux jours ! temps joyeux ! —
Car nos amours s'en vont ainsi que la nuée.
Pluie à nos fronts, pourpre à nos yeux.
Je saigne ; tous les cœurs sont ingrats. Je travaille : La terre est plus ingrate encor :
Mon maître prend l'épi, mon lit garde la paille ; J'ai faim, devant la gerbe d'or !
le
oici l'âpre vieillesse et je me sens décroître ;
Mes amours, mon cœur en lambeaux, isent en moi ; mes jours sont les arches d'un cloître
Jetant leur ombre à des tombeaux.
a vie est un suaire et j'en suis le squelette.
Les ans, des maux accompagnés, e garrottent ; chaque herue est une bandelette
Sur mes ossements décharnés.
lis-je une âme? est-ce un Dieu qui m'attend ? Rien ne semble
L'explication à mes yeux ; t ce double inconnu, sous mon grabat qui tremble.
Croise ses X mystérieux.
1 blême horreur du gouffre effare mes prunelles :
Mon jour s'éteint, pâle et terni...
zur ! azur ! azur ! Dieu vivant ! j'ai des ailes !
O bleu profond de l'infini !
26 juillet 1854.
Sombres aboyeurs des ténèbres, Abîmes, que me voulez-vous ?
Que demandez-vous, nuits funèbres ?
Pourquoi soufflez- vous, vents jaloux?
Pourquoi, mêlant brumes, nuées, Tourbillons, flots pleins de huées.
Multiplier autour de moi.
Devant mes prunelles obscures.
Dans toutes ces vagues figures Les attitudes de l'effroi ?
Je suis ime âme ! ombres farouches.
Je vous échappe ; mon flambeau Ne peut être éteint par vos bouches.
Gouffres de l'énorme tombeau !
Je ne vous dois rien que ma cendre, Que ma chair qui doit redescendre.
Vaine argile qui dure peu, Poussière d'où l'esprit s'élance. Je vous la donnerai. Silence !
Et laissez-moi songer à Dieu.