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A UN POÈTE

Quand tu marches, distrait, dans la ville où tout passe; Où lutte une cohue, âpre, aveugle et rapace. Tu livres ta pensée aux calmes visions ; Tu semblés écouter, belle âme qu'on envie. Au delà de la foule, au delà de la vie. De vagues acclamations.

Oui, la postérité que ton grand nom éveille. Et qui dès à présent murmure à ton oreille, O grand homme, ô songeur, sait déjà que tu vis. Elle voit tous tes vers poindre à leur origine ; Tout ce que ton esprit rêve, apprête, imagine. Est visible à ses yeux ravis.

O poëte profond qu'on suit et qu'on révère. L'œuvre est encor cachée en ton esprit sévère. Dérobant dans la nuit ses traits graves et beaux, Que la gloire déjà la distingue dans l'ombre, La gloire, astre tardif, lune sereine et sombre Qui se lève sui" les tombeaux 1

La gloire voit ton rêve ! et sa clarté nocturne. Comme jadis Phœbé dans le bois taciturne Baisait Endymion de son rayon ami, Du fond de l'avenir caresse avec mystère, A travers les rameaux de ta pensée austère. Le chef-d'œuvre encore endormi.

29 décembre 1841.

Honte au vain philosophe, à l'artiste inutile Qui ne met pas son sang et son cœur dans son style I Honte au sophiste assis sur le seuil des vertus Qui commente Platon sans méditer Brutus ! Honte à ceux, qui, bruj^ants, adorent la patrie, En font une pubhque et chaude idolâtrie. Et qui, quand l'heure vient du gouffre et du péril. Ne l'aiment pas jusqu'à lui préférer l'exil ! Honte au tribun qui crie au peuple de le suivre Et qui se sent à l'âme un lâche amour de vivre I Honte au rhéteur qui dit : Progrès, humanité, Avenir ! sans vouloir le calvaire à côté ! Ils peuvent un moment charmer Athène ou Rome, Tromper Sparte ; l'antique honnêteté de l'homme, Qui marchande la gloire aux lutteurs peu meurtris, Gronde et n'est pas leur dupe, et montre leius écrits Cloués sur son comptoir comme fausse monnaie ; Et ce vieux peseur d'or, le temps, qui juge et paie, Qui dit à l'un : toujoms ! qui dit à l'autre : assez ! Refuse à son guichet leurs noms vertdegrisés.

Soi,

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