‹ Toute une âme, vers anciens et nouveauxChapitre 10 sur 17 · LE T^IE UT · texte numérisé non relu

LE T^IE UT

,A Camille G aie.

JE t'écarte du pied, pauvre fou qui me railles! Deux mots de moi, deux mots du Maître, du Sultan, Font taire les canons regorgeant de mitrailles : J'aurai vite dompté ton sourire! Va-t'en... »

Sans daigner s'incliner devant le maître infâme, Pendant que tout un peuple adorait et priait. Le poète Aftasi, charmant comme une femme, Regardait le vol blanc d'un nuage, et riait.

Sous le poids du pouvoir, des ennuis et des crimes, Le Sultan languissait. Aftasi, soucieux De l'unique splendeur du ciel pur et des rimes, Gardait une ironie exquise dans ses yeux.

Un jour que le Sultan avait tué son frère

Et que cet accident lui tourmentait le cœur,

11 vit rire Aftasi, le chanteur téméraire,

Et dit à son bourreau : « Calme un peu ce moqueur!

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« Pendant qu'à rire ainsi son âme est occupée, Frappe gaîment! » Le Maître, ivre de peur, criait. On aperçut l'éclair terrible d'une épée, Et la tête tomba. La tête souriait.

Vingt ans après, le Maître, errant hors de la ville, Vit une tombe. Il lut : « Aftasi. » — « Toujours lui! Venez, ouvrez la tombe; au vent la cendre vile! » Dit le Sultan; « ce chien ne rit plus aujourd'hui!»

Et le crâne riait à belles dents, tranquille.

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kA Edouard Syh

TOUT de satin, tout de dentelles, 11 est pimpant, il est exquis.

Est-ce un beau coureur de ruelles?

Est-ce un financieri' un marquis?

A son côté brille une épée Que frôlent ses doigts provoquants Pommeau d'or, lame bien trempée, Frêle bijou des plus piquants.

Est-ce un ministre qu'on admire?

Non, son sourire est trop joli.

Pourtant, à ce joli sourire.

Plus d'un grand seigneur a pâli.

Est-ce donc un homme de guerre?

Moins encor. Canons et fusils.

Fer et flamme, c'est trop vulgaire Pour ce vainqueur aux fins sourcils.

Toute âme humaine est sa captive, Et tout cœur en est obsédé!

La Pompadour même, attentive.

L'a regardé, l'a regardé.

Serait-il de race royale?

Sur son front, saluant le Roi, Brillait la couronne idéale Que l'on distingue avec effroi.

Prince qu'on craint, vainqueur qu'on aime,

Miracle d'audace et d'esprit.

Il est tout ensemble, il est même

Mille fois plus, quand il sourit!

C'est le maître dans l'art de plaire, C'est le radieux combattant; C'est Voltaire, le dieu Voltaire...

Parlons plus bas, il nous entend!...

C'est le gai charmeur de la terre.

C'est le hardi comédien.

C'est l'universel adversaire

Qui s'acharne à tout, même au bien.

Poème, histoire, tragédie.

Pages d'or, de boue et de feu.

Tout, dans sa main souple et hardie Devient une arme et reste un jeu.

TOUTEUNEAME l^Ç

Ce qu'il rêve, qui peut le dire, Et qui peut dire ce qu'il est?

Pourtant le monde est son empire, Comme le sort est son valet.

Il aura cent métamorphoses,

Il sera patriarche un jour.

Mais c'est en habits bleus ou roses,

C'est aux salons, c'est à la cour.

Qu'il faut le voir, âme profonde Sous un masque sublime et laid.

Destructeur adoré d'un monde Qu'en riant il ensorcelait.

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LE \ETO U\

JE reviens; je suis las; dans de nouveaux chemins, J'ai cru voir en passant de nouveaux cœurs humains, Car sous le ciel d'autrui tout nous paraît étrange. Hélas! l'homme est partout un homme; son esprit Est un même miroir où tout pleure et sourit: Il se brise avant qu'il ne change.

Qu'ai-je gagné, marchant ainsi le long des flots? Un visage bruni, quelques larges tableaux : Matins vermeils, couchants d'or, de pourpre et de cuivre. Églises de granit où règne encor la foi... Et surtout l'assurance entière que sans toi 11 m'est impossible de vivre.

Mais est-ce là vraiment un voyage réel? Je visitais bien moins le pays et le ciel Que les chers souvenirs de mon âme enchantée : Je voyais ta beauté, j'explorais mon amour. Et ma plus chère course, amie, est mon retour Vers toi, que je n'ai pas quittée.

TOUTE UNE AME l^J

TcA éMoAI^

TA main : j aime ta main, ta main que j ai tenue Jusqu'à la faire fondre au lieu de la presser, Tes ongles que ma bouche aspire à caresser. Joyaux de nacre fine et d'agate menue.

Toute œuvre sans honneur lui doit être inconnue. Mais que de mots charmants elle excelle à tracer, Si belle en écrivant qu'elle semble penser, Nerveuse, alerte, vive, et pourtant ingénue!

Dans le creux de ta main j'ai mis mon avenir. Avec son anneau d'or, elle est le bien suprême, Et c'est elle qu'en toi je veux surtout bénir,

Puisque avant ta parole, avant ton esprit même. Dans cette douce nuit qui devait nous unir. Loyale et généreuse, elle m'a dit : « Je t'aime. »

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LA moitié de mon cœur est due A qui m'offre son amitié :

L'autre moitié serait perdue, Prenez aussi l'autre moitié.

L' HOS riE

SUR son lit, tout au fond d'une maison perdue, Une femme, presque une enfant, est étendue. Dans la blancheur du sein, parmi les cheveux d'or, Se distingue une plaie où le sang coule encor. Son front retombe : tout va finir. La chaumière Autour d'elle est déserte. Une faible lumière Éclaire en vacillant ce mystère et ce deuil.

Mais un prêtre soudain apparaît sur le seuil,

Tenant le saint ciboire et le saint viatique.

La mourante le voit. Une fièvre mystique

La saisit et l'arrache un instant à la mort.

Le prêtre lui répond : « Confessez-vous d'abord. »

Et c'est entre eux un sourd et rapide murmure,

Pareil au vent du soir dans la fine ramure.

Mais tout à coup, un mot, vaguement entendu.

Fait reculer le prêtre et le laisse éperdu:

c( Votre père! dit-il, c'était...

— C'était mon père.

— Et vous l'avez tué !

— Je l'ai tué!

— J'espère, O malheureuse enfant, qu'un repentir complet. .. »

L'enfant avait repris confiance et parlait :

« Ah! Je devinais bien et j'observais le traître!

Le général était près de cette fenêtre,

Jeune, calme, et vaillant, et brave. Je le vois,

Je vois briller ses yeux, j'entends vibrer sa voix.

Ses cheveux noirs cachaient son front plein de pensée

Des officiers, muets et la tête baissée,

L'entouraient. A la fin, clairement, à grands traits,

Il leur décrit ses plans et ses desseins secrets :

Son âme apparaissait généreuse et guerrière.

Et mon père écoutait, écrivant tout, derrière

Les rideaux de ce lit, de ce lit où je suis.

Tous sont partis. 11 veut s'échapper. Je le suis.

Il s'enfonce sous bois. Ce qu'il a pu surprendre,

Aux ennemis cachés tout près il va le vendre.

Et vendre en même temps son pays et son nom.

Je le rejoins enfin et je l'arrête : « Non,

«Non, par pitié, mon père! » Mais sa main me repousse. J'invoque ma patrie, et je me fais très douce, Et je prie en pleurant. Quelques pas s'approchaient : Des espions gagés, ses pareils, le cherchaient.

— « Me voici, » leur dit-il. Alors, dans ma torture. Je saisis un poignard qui pend à sa ceinture.

Et je frappe, et je frappe, et je frappe, — ah ! maudit! — En dévorant l'affreux papier qui nous perdit... Après? Je ne sais plus, on m'entoure, on m'outrage. Que béni soit le fer qui me perce avec rage! On me croit morte. Dieu! je vivais. Et j'ai pu. Achevant un chemin cent fois interrompu, Venir ici, mon père, ô mon père que j'aime. Recevoir le pardon et le baiser suprême.

— 11 faut vous repentir.

— Mon cœur me le défend :

N'ayant plus de patrie, il n'avait plus d'enfant.

— Votre père était bon.

— Pesez mon sacrifice.

— C'est un crime.

— Mon crime a servi la justice.

— Ah ! par grâce, quittez ces propos inhumains : On n'entre pas au ciel avec ce sang aux mains.

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— Par grâce, mon pardon, mon salut et l'hostie! N'êtes-vous pas un prêtre?

— Ètes-vous repentie?

— Non, mais je vais mourir... »

Défaillante et sans voix.

Elle tendait les bras vers la table de bois Où reposait, inaccessible, le calice.

Et le prêtre, à genoux, contemplait ce supplice. Et n'osait plus parler, de peur de s'attendrir! L'héroïne, les yeux en pleurs, allait mourir.

En cet instant, devant le prêtre dans l'extase Une lueur divine éclaira le saint vase. Et, lentement, du fond du calice enchanté, Sortit et s'éleva dans l'air plein de clarté L'hostie! Elle vola vers la funèbre couche. S'abaissa lentement, et, sur la pauvre bouche, Apporta, toute blanche, en un baiser de feu, Le pardon, le salut, le paradis et Dieu.

TOUTEUNEAME 165"

VOIX HUiMoAICNiE

Ovoix humaine, voix humaine! Ta musique, Instrument idéal, est d'un charme magique. Tu contiens tous les arts en tes riches accents, Tu chantes et tu peins avec ton harmonie. Divin rythme du cœur qui traduis le génie, O toi qui, par l'esprit, règnes sur tous les sens!

O voix! ô douce voix, voix terrible ou sereine.

C'est toi la généreuse et clémente sirène;

Ta mélodie attire au gouffre radieux :

Tu nous saisis, tu nous troubles, tu nous désarmes,

Puis, choisissant les plus dociles à tes charmes.

Tu leur donnes ta grâce afin qu'ils soient nos Dieux!

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a U'K.E 1<iUIT San.S SOUUEIL

QUOI ! toute une nuit sans sommeil!

As-tu bien senti ta pensée Par la mienne prise et bercée Jusqu'aux premiers feux du soleil?

Pendant cette nuit, ma chérie, T'es-tu dit parfois : « Que fait-il?

Où promène-t-il son exil. L'ami dont je suis la patrie? »

As-tu, dans ta veille, en rêvant.

Souhaité tout bas mes caresses, Mes reconnaissantes ivresses, Mon culte profond et fervent?

Ah ! bientôt ta belle insomnie Sera mon œuvre et mon orgueil.

Plus d'exil, de regrets, de deuil :

Une double extase infinie!

Ton cœur battra, tout enfiévré ; Il nous marquera les secondes.

Et les chères heures fécondes Passeront trop vite à ton gré.

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