Q^UIS VEUS
^ Henry 1 horion.
LES charmes de la nuit devenaient grandioses, Les étoiles au ciel pleuraient leurs larmes d'or, Et l'on sentait monter, d'un même et lent essor, Les songes des amours et les parfums des roses.
C'était divin, mais Dieu manquait. Pourtant les choses Devant l'autel désert semblaient prier encor : Dieu cessait de jouer un rôle en ce décor. Et l'athée à genoux rêvait d'apothéoses!
Ainsi, nous, les penseurs assoiffés d'infini,
Avides de mystère et d'inconnu béni.
Il nous faut donc un Dieu, n'en fût-il plus au monde.
Prenons, prenons le monde alors, ou le ciel bleu,
Prenons l'immensité, la matière féconde.
Et, puisque nous voulons un Dieu, faisons-la Dieu.
TOUTEUNEAME 169
LE VOUX TÈmOI^
TOUT ce qu'on fait, tout ce qu'on rêve. Tout ce qu'on dit, Tout ce qui dans l'âme s'élève Et resplendit,
Le moindre mot de poésie,
Le moindre vers, S'adresse à quelque âme choisie
Dans l'univers,
A la Muse, à l'Inspiratrice,
Au doux témoin.
Dont le Génie, en son caprice.
Avait besoin.
On veut une gloire immortelle!
Mais, à présent, On songe : « Que pensera-t-clie
En me lisant? »
lyo
Et le poète, las d'écrire, N'a pour espoirs
Que les larmes ou le sourire De deux yeux noirs.
UCNi COIC^ VE T07^7^£^T
u bois, au grand bois, Tout rempli de voix, Voix de mésanges et de merles.
Le joli torrent Jetait en courant Sa fine poussière de perles.
Et dans la fraîcheur, Un martin-pêcheur, Qui partait gaîment pour la pèche, Pourpré, vert et bleu, Émeraude et feu.
Passait, passait comme une flèche.
mOU^ E C^rE1{X^ '^E ^T
Au point du jour, parfois, quand j'ai donné ma nuit A quelque œuvre de foi, de science ou de bruit, Quand j'ai rempli longtemps mon âme et tout mon être Des anciennes amours que l'amour fait renaître. Quand je me suis penché sur les livres jaunis, Quand j'ai creusé les mots et leurs sens infinis. Quand j'ai pesé le dogme aux balances du doute. Quand j'ai monté mes vers très haut pour qu'on m'écoute. Et que l'ardeur fiévreuse a desséché mon cœur. Il me prend tout à coup des accès de langueur : La fatigue me gagne, et je voudrais m'étendre Au plus profond d'un bois, dans l'herbe sombre et tendre, M'allonger sur le dos, et, les regards perdus, Sentir avec le sol tous mes sens confondus. Me noyer dans le sein de la vaste matière. Lui rendre les trésors de ma pensée entière. Ouvrir aux quatre vents mon esprit saturé, Voir enfin tout mon corps libre et transfiguré S'absorber dans les fleurs, s'effacer sous la mousse. Puis mourir de la vie universelle et douce.
c4T{7 ET C^c4TU\E
VAILLANTE amic et chère blonde Au regard limpide, au cœur sûr, Vous dites n'adorer au monde Que la vertu sainte et l'art pur.
Je l'avouerai donc : ces deux choses Que souvent on célèbre en vain, En passant par vos lèvres roses, Semblent prendre un charme divin!
Mais il faut entendre vous-même Ces mots dont l'esprit est charmé :
On est vertueux quand on aime, Et le grand art est d'être aimé.
C'est quand son âme fut moins fière, Son front las, son cœur abattu, Que l'homme a, d'une autre manière, Défini l'nrt et la vertu.
L'un devient l'exquise magie Où le deuil est transfiguré; Et dans l'autre se réfugie Le vaincu, le désespéré.
Mais moi, la vertu que j'admire, L'art qui me rend calme et joyeux, C'est la vertu de ton sourire, C'est l'art naïf de tes beaux yeux.
TOUTEUNEAME lyf
T^OTOS V'QAéMOU\