‹ Toute une âme, vers anciens et nouveauxChapitre 12 sur 17 · L AMI · texte numérisé non relu

L AMI

Non, le grand soleil trop chaud m'épouvante.

l'amie

J'étendrai, là-bas, en humble servante,

Sur ton front, sur ton cher front, si tu veux.

Le voile embaumé de mes blonds cheveux.

l'ami

Non, tes cheveux d'or me font peur. Arrête, Leur voile de feu brûlerait ma tête.

l'amie

Rassure-toi! Vite, hélas! sur ton front. De mes pleurs d'amour ils se mouilleront.

\']6 TOUTEUNEAME

LE VITLOéMcATE VE VIEU

kA h. Carmouche.

SA dévotion tendre à la force éternelle, Son sourire à la fois candide et pénétrant, Son attrait de bonté, son regard transparent, Sa voix où chaque mot soudain prenait une aile, Nous le rendent si doux qu'il nous paraît moins grand.

Mais tout un ciel de grâce avait plu sur cet homme! Il reste, lui si frêle et que rien ne défend. Malgré la perfidie et son air étouffant. Malgré les lourds débats de Genève et de Rome, Ferme comme un martyr, simple comme un enfant.

Son livre... Un paysage enchanté que traverse Le plus clair des rayons du plus beau mois de mai Est moins fleuri, moins pur, moins vif, moins parfumé. Même lorsqu'il sourit après la tiède averse! C'est le livre d'un cœur aimant qui fut aimé.

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Et l'auteur était bien l'ange du paysage. Les enfants l'adoraient. En vain il aurait fui : 11 leur semblait à tous un délice, un appui; Ne pouvant détacher leurs yeux de son visage, Ils l'entouraient, pensifs, et s'absorbaient en lui.

Alors tout le cortège exquis des jeunes mères

— Vraiment, qu'eussiez-vous fait à leur place? — suivait.

Et lui, bientôt, vers Dieu des deux mains élevait

Une grappe d'esprits charmants et de chimères.

Tout mûrissants au feu du rêve qu'il rêvait.

Pourtant, sans abdiquer sa durable jeunesse, Sans quitter la blancheur d'un songe aérien, Son innocence (il l'a prouvé) n'ignorait rien : On l'aurait pu nommer, pour sa rare finesse, Diplomate de Dieu dans le congrès du Bien.

lyS TOUTEUNEAME

LE \ETOU\T)ES éMOIS S OU^U^EU\S

^ iJlbert 'Besnard.

LE soir aux moissonneurs est doux comme une fête Ils traversent le fleuve après leur tâche faite, Et, dans la longue barque, assis en liberté, Ils goûtent la douceur de l'immobilité.

L'eau profonde et moirée où lentement ils glissent Dort sous le ciel serein dont les teintes pâlissent. Repos des pauvres gens! Repos contagieux, Trêve de Dieu, repos grave et religieux. Je te partage avec respect et je t'admire I Et je bénis l'air pur où comme eux je respire, Le parfum des prés verts sous l'arbre presque noir. Et la fraîcheur du fleuve et la tiédeur du soir.

cATT^^ÈS LE "BcAIU^

ELLE est, après le bain, assise à sa toilette. Elle a pris, au hasard, un manteau velouté, Mais l'œil suit, sous les plis de couleur violette, Des pieds nus aux seins nus, la pure nudité.

Les flacons et les fleurs, dans l'air qu'elle respire. Avivent les parfums où son corps s'est trempé. Apaisée, alanguie et joyeuse, elle admire Dans un miroir d'or plat ses cheveux d'or crêpé.

LE Sc4L0:Ni

kA François Coppce,

DES toiles, des toiles, des toiles 1 Des héros, des mers, des étoiles, Des anges purs et des maudits.

Des vierges folles et des mages.

Mille éblouissantes images :

Un paradis.

Des dieux, et des saints et des saintes, Des bouches qu*entr'ouvrent les plaintes, Des visages tachés de sang.

Des cieux d'où les âmes descendent, Et de jeunes corps qui s'étendent La plaie au flanc.

Voici des figures exquises :

Des actrices et des marquises. Des yeux clairs sous de jolis fronts.

184 TOUTEUNEAME

Toutes les vivantes merveilles Que dans nos rêves ou nos veilles Nous adorons.

Après tout ce printemps, des larmes.

Entendez-vous ce long bruit d'armes?

C'est la mêlée aux cris ardents :

Là, sur son cheval qui se cabre, Le cavalier se penche, un sabre Entre les dents.

Voici des forêts, toutes pleines D'ombre et de soleil; puis des plaines Qu'emplit la fraîche odeur du foin; Dans l'air qui rayonne et qui vibre, Notre âme se plonge, enfin libre, Toujours plus loin.

Près des sobres dessins antiques.

Voici des rêves romantiques Où la couleur règne et fleurit ; Voilà, dans des notes plus ternes.

Les élégants sujets modernes De trop d'esprit.

Ici, le flot gagne les plages; La lune bleuit les villages, Ou les mystérieux manoirs;

TOUTEUNEAME l8^

Là, quelque danseuse en sa loge Sourit vaguement à l'cloge Des habits noirs.

A gauche d'un crime tragique Descend le défilé magique Aux marches du grand Opéra:

A droite, sous un azur morne, Pâle et fauve, s'étend sans borne Le Sahara.

Puis un atelier, gai poème, Effleure d'un luxe bohème Le grave salon, tiède et doux, Où, sur la table de famille.

S'accoude cette noble fille Qui pense à nous.

Et ce n'est pas sur les murailles Que l'on fait toutes les trouvailles!

Combien d'admirables tableaux La foule épaisse qui circule.

Bizarre, exquise ou ridicule, Porte en ses flots!

Combien d'aimables curieuses.

De pensives et de rieuses?

De quel mouvement gracieux

iû.

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Elles renversent leurs poitrines, Et, gonflant un peu leurs narines.

Clignent des yeux!

En bas, quelle aimable paresse Dans le grand jardin où se dresse Tout un peuple de marbre blanc, Quand, à l'odeur des fleurs discrètes, Le fin parfum des cigarettes Va se mêlant!

Elles sont là, parmi les roses. Avec leurs triomphantes poses.

Avec leurs divines pâleurs.

Les beautés de marbre et de pierre, Dont la lumineuse paupière N'a point de pleurs.

On s'assied sur un banc : notre âme Est pleine d'idylle et de drame.

Elle est par l'ivresse de l'art Troublée, agrandie, amusée; Elle est tout entière un musée :

Et puis l'on part.

Chimère vite anéantie!

11 faut reprendre à la sortie.

Avec le manteau qu'on nous rend.

Les soucis, les haines, l'envie.

— Toute la prose de la vie Qui nous reprend.

LcA C\UELLE LOI

C'est une dure loi de la nature humaine, Une loi qui n'admet ni recours, ni pitié : Jamais, après l'amour, n'apparaît l'amitié. Sa flamme en s'éteignant n'allume que la haine.

Ah! ce serait la plus douce métamorphose. Si l'amitié sortait de l'amour qui s'enfuit. Comme naît d'une fleur adorable un beau fruit! Mais quel fruit vient après le lys, après la rose?

TOUTEUNEAME 189

VEUX TETirS S^TE C^VIcAC^rS

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