SOUVENIR DE GRENADE
/-/ ,.Alexandrc Falguièn
DEUX petits mendiants pouilleux, Lourdes chenilles!
Tout en guenilles Et tout en crasse, jusqu'aux yeux,
Laids avortons, formes suspectes.
Gnomes méchants, Vont par les champs.
Pareils à des larves abjectes.
Toutes les fanges des chemins
Sont entassées
Sur leurs pensées.
Sur leurs haillons et sur leurs mains.
Ils ont je ne sais quoi d'obscène,
Ils sont perclus,
Ils sont joufflus, Pleins de bouffissure malsaine.
Mais le grand ciel limpide et doux,
Le ciel en fête,
Jette à leur tête Plus de rayons qu'ils n'ont de poux!
GUETZ VE 'BcALZcAC
^ Jean D^acé.
SALUT, fier prosateur au rythme vigoureux, Qui marquas notre langue au coin de ton génie, Et qui nous révélas, en ton style nombreux, L'éloquence superbe et sa mâle harmonie...
Des mots, rien que des mots, pour convaincre et charmer ! Ta prose est un chef-d'œuvre où l'âme n'a point place. Dédaignant de haïr, incapable d'aimer, Ton cœur, sous ce splendide appareil, fut de glace.
Et qu'importe, après touti Que d'autres, plus humains. Content à tout venant leurs espoirs et leurs peines, Mouillent de pleurs leurs vers, et de sang leurs chemins. Et lassent les échos de leurs tristesses vaines!
Toi, tu ne souffrais pas que rien vînt déranger L'attitude et les plis de ta phrase parfaite. Ce discours éclatant, c'eût été l'outrager Que de ternir son lustre et de troubler sa fête.
C'est qu'il fallait alors qu'un artiste accompli, Assurant sa pensée au-dessus de l'orage, Tenant dans le travail son cœur enseveli, Impassible ouvrier, achevât son ouvrage!
Va, maître: forge, taille, assouplis à jamais Ce magique instrument : notre langue française I D'autres la reprendront, Balzac, tu le permets, Et pourront, grâce à toi, la manier à l'aise.
La France désormais sait tout dire : Elle s*it Déployer l'oraison, l'épopée et le drame. Déchaîner la satire, aiguiser l'épigramme, Faire fleurir l'idylle où l'hiver gémissait;
Tout lui sied ; foi, menace, ironie et prière. Et les peuples ravis sans fin l'applaudiront! Mais on devra toujours regarder en arrière Et remettre, ô Balzac, la couronne à ton front.
Ainsi dans le combat s'ouvrant avec l'épée Un chemin rouge où la victoire va venir. Le soldat, élevant son arme, doit bénir Le fidèle artisan qui l'a si bien trempée.
TOUTEUNEAME I93