‹ Toute une âme, vers anciens et nouveauxChapitre 14 sur 17 · VES C4ILES · texte numérisé non relu

VES C4ILES

DES ailes! des ailes! des ailes!

Des ailes par-dessus la mer, Pour voir les sphères éternelles, Et pour planer en paix sur l'air !...

Pareil à ces âmes trop belles Pour qui le monde est trop étroit, L'oiseau, l'hiver, voudrait des ailes.

Des ailes, par-dessus le froid.

Pauvre oiseau, fine créature Au doux plumage frissonnant, Tu t'étonnes que la nature Te soit si dure maintenant!

Dans ces jours d'affreuses misères.

Tu cherches alors un ami.

Contre tout son corps tu te serres Engourdi, plutôt qu'endormi.

Un autre vient, un autre encore, Gris ou dorés, sombres ou bleus, Sur une branche que décore Leur groupe charmant et frileux.

TOUTES LES CHcA^SOC^S

To UT est bien, tout est beau, tout est jeune et tu m'aimes: Les fleurs ont un parfum doux comme le sommeil,

— Et les chansons d'amour éclosent d'elles-mêmes Sur nos lèvres en feu que baise le soleil.

Aujourd'hui, la soirée a des charmes suprêmes, Et Demain me sourit à l'horizon vermeil :

— Et les chansons de joie éclosent d'elles-mêmes Sur mes lèvres en feu que baise le soleil.

L'éternel avenir, pour les vers que tu sèmes, O poète, prépare un été sans pareil.

— Et les chansons d^^ gloire éclosent d'elles-mêmes Sur mes lèvres en feu que baise le soleil.

196 TOUTEUNEAME

TET^T^E LOKJ{cAlC^E

TERRE lorraine, noble terre, Gracieux et vaillant pays, J'aime tes bois et leur mystère; J'aime les fleurs de tes taillis.

J'aime tes monts pleins de fougère, Sur qui les sapins onduleux, Trempés d'une brume légère, Jettent un vêtement moelleux.

J'aime aussi la plaine voisine, Dont l'horizon se fond au loin.

Une fine odeur de résine S'y mêle au frais parfum du foin.

Avec ces teintes amorties,

Tout est charmant à nos regards :

La terre jusqu'en ses orties,

Et le ciel jusqu'en ses brouillards!

TOUTEUNEAME I97

Terre gracieuse et sereine, Toujours plus charmante au retour, O Lorraine, bonne Lorraine, Lorraine que j'aime d'amourl

ScAC^S ïNiom

xA kA. Leclairc.

Evadé! le voilà cette fois évadé Dans la mort, ce suprême et trop clément refuge: Échappant au mépris, bourreau qui s'est fait juge Et l'a jusqu'à la fin dans l'exil obsédé, Il s'enfonce en un flot de boue, en un déluge Tel que l'esprit humain n'en a jamais sondé.

Vous qui, lorsqu'il trahit, aviez douze ans à peine, Amis dont les cheveux sont déjà blanchissants, Concitoyens bannis, et vous, frères absents, Vous sentez que la mort trop douce qui l'entraîne, En le laissant dormir parmi des innocents, Accroît notre défaite et blesse notre haine.

Hé, quoi! Loin de la honte et du monde étouffant. Il aura le sommeil, le plus divin des charmes? Injustice! Du moins, ne versez pas de larmes.

TOUTEUNEAME I99

Vous qu'il nommait son fils : l'honneur vous le défend! 11 a brisé ses droits quand il brisa nos arme: : En livrant sa patrie, il perdit son enfant.

Et le pays qu'il a tué par félonie,

C'est la France, la noble et douce nation.

La France à ce soldat, durant sa passion,

Avait tendu ses bras tout tremblants d'agonie :

Le bandit l'acheva. Pour expiation.

Il faut une douleur qui soit plus qu'infinie.

Parmi de braves gens, il dormirait. Mais non!

Ceux-là sont de bons morts dont la tâche est bien faite.

Pour eux le glas funèbre avait un air de fcte...

Cet infâme a vendu le drapeau, le canon

Et l'honneur. Que ces mots, comme ceux du prophète,

Rayonnent à jamais sur son tombeau : — S.nn nom.

L'ILLUSIOC^ SUT\É.mE

QUAND la Beauté passe, les roses Redoublent d'odeurs et d'éclats, Les blancs muguets, les frais lilas Ont des splendeurs d'apothéoses.

Hosanna de vives couleurs, Te Deum de parfums superbes!

Le monde est tout paré. Les herbes Ont plus d'encensoirs que de fleurs.

Quand la Vertu passe, un mystère Remplit le monde de ferveur, Et le grand lys, au front rêveur, Le lys est courbé jusqu'à terre.

Pour elle, les feux du couchant Prennent une grâce inconnue.

Et dès que la nuit est venue, Chaque étoile d'or a son chant.

Quand l'Amour passe, c'est l'orage Au souffle étrange, au jour pervers.

Qui fait tressaillir l'univers Comme dans l'horreur d'un naufrage.

Partout l'effroi, partout le deuil!

Hélas! ce doit être justice.

— Mais voici qu'un printemps factice Reparaît au moindre coup d'oeil.

Voici qu'à la moindre caresse De l'Amour, enchanteur maudit.

Tout refleurit, tout resplendit, Dans une fatale allégresse.

Mirage menteur! Cependant On jurerait, fraîches écloses.

Sur le sol embaumé, des roses.

Des étoiles au ciel ardent;

Le lys courbé, le grand lys même.

Le lys est si bien imité Que l'amant croit voir la Beauté Et la Vertu dans ce qu'il aime.

TOUTE UCNiE VIE

MON enfance sans jeux passa, laborieuse, Puis ma jeunesse vint, pensive et sérieuse. C'est seulement hier, c'est hier, à trente ans, Que j'ai livré mon âme à son premier printemps.

Je cherche un jour heureux en mon passé. Je cherche. En Lorraine? En Champagne? A Paris? Dans le Perche? Pas un seul jour! A peine une heure. Le hasard N'est pas assez cruel, n'ayant pas assez d'art, Pour faire du malheur l'étoffe d'une vie...

Dans la plus douloureuse et la plus asservie. On voit, ici, des coins du ciel limpide et doux; Là, des chaînons brisés dont on fait des bijoux. J'ai donc eu des instants de joie ou de vacance : C'était de me sentir un moment d'éloquence; De voir une forêt dorée aux matins froids. Un ruisseau bleuissant qui court des prés aux bois,

Ou quelque couchant rose où s'endort la nature; C'était de voir le jour éclairer ma lecture Après une nuit blanche offerte au cher travail ; C'était aussi parfois de voir, sous l'éventail, Au théâtre, parmi la foule coutumière, Un profil délicat, un regard de lumière. Et que j'aurais aimés, si je l'avais voulu.

Mais je n'aimais que l'Art, l'Art pur, l'Art absolu,

L'Art dans tous ses chefs-d'œuvre et sous toutes ses forme:

La Cathédrale avec ses contre-forts énormes,

Et le Sonnet galant aux pleines rimesd'or;

Le Marbre au sûr contour, au magnifique essor,

Et ce trésor de grâce exquise et de génie,

Le poème des sons, la vaste Symphonie.

J'aimais à me plonger dans le flot endormi Qui va du vieil Homère à Platon, mon ami. O mes maîtres sacrés, ô mes maîtres de Grèce, Quel vœu de piété, d'extase et de tendresse, Sophocle, Aristophane, Eschyle, Xénophon, Et toi, Pindare, chantre éclatant et profond. Rapide, ailé, sonore et pur comme le cygne. Quel vœu vous adresser qui ne soit pas indigne?

J'aimais, pour me distraire, à trouver sous ma main Une noble oraison du fort parler romain. Ou ces vers d'une rare et vaste transparence' Qu'illumine à jamais le clair esprit de France.

Mais cela, tout cela, n'était pas le bonheur! La moisson ne tient pas au panier du glaneur. Après ces courts instants savourés par surprises, Je sentais revenir le flux des heures grises : Chaque pas me semblait sonner contre un tombeau. Chaque ennui me semblait emporter un lambeau De mon âme. Et voici mon âme tout entière!

Je m'étais donc trompé dans ma tristesse altière!

L'illusion était cruelle; maintenant

Je suis guéri. Je vois l'avenir rayonnant,

Et le ressuscité s'y jette avec déLcc.

Et désormais, Douleur! apporte ton calice,

Ma triomphante soif le boira d'un seul trait.

J'ai toujours le travail, la mer et la forêt,

Et j'ai l'amour enfin, l'amour que l'on peut dire,

L'amour où le cœur bat pendant que l'âme admire :

J'ai tout ce qui rayonne et tout ce qui sourit,

Sous le soleil des cieux, au soleil de l'esprit.

ÈroAT VE G\qACE

IL est des moments où, sans cause.

Malgré l'existence, pour rien, L'âme s'illumine de rose Et trouve le souverain bien.

Ce bonheur subit qui s'impose Dans un transport aérien.

Est-ce l'antique apothéose, Est-ce la grâce du chrétien?

Mais ces moments passent. Que dis-jc?

Ils ont passé... C'est un prodige :

Aussi les faut-il adorer;

Et si rien ne peut nous les rendre.

Bénissons-les sans les comprendre, Goûtons-les sans les mesurer.

LUCIE, <^c4T{^THE OU JEc4C^C^E

L'aimerais-je vraiment, ou n'est-ce qu'un caprice? N'est-ce que le désir de me savoir aimé? N'est-ce que le besoin vague d'être charmé De quelque passion vierge et consolatrice!

Elle a vingt ans sans doute, une grâce ingénue, Des cheveux noirs, un teint exquis et rougissant; Je ne sais pas son nom, et sa voix m'est connue A peine, par deux mots, deux mots dits en passant.

Toujours je la trouvais sur ma route. Sa mère L'accompagnait sans rien deviner. Et tou)ours A l'heure où je passais, elle arrivait, légère, A sa fenêtre, avec ses beaux yeux de velours.

Enfin, je l'aperçus un matin sur sa porte! Je m'avançai vers elle, elle aurait voulu fuir; Mais sa délicieuse angoisse était trop forte : Elle resta, jolie et tremblante à ravir.

Page 1