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Je lui dis : « Je vous aime, écrivez-moi. » Muette, Elle saisit ma main qu'elle serra deux fois : Et je partis, rapide et joyeux. — O poète, Aurais-tu donc laissé ton âme entre ses doigts?
TOUTE UNE AMh
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AS-TU trop écouté la plainte solennelle De la mer, cet orchestre adorable et mouvant As-tu frappé du front les dalles d'un couvent? As-tu sur une Bible émoussé ta prunelle?
As-tu cherché la gloire ou la paix éternelle? As-tu ri quelquefois? As-tu pleuré souvent? Ton cœur a-t-il battu de joie en retrouvant Dans un bal une fraîche et vive ritournelle?
As-tu dans un grand lit, froissé tous les matins, Caressé quelque tête exquise aux cheveux teints? As-tu serré sur ta poitrine une amulette,
Médaille, croix, lettre aux plis brisés, anneau d'or? N'aimais-tu que les nuits claires de messidor. Toi dont je fais claquer les dents, ami squelette?
212 TOUTEUNEAME
'TOUT L'IVÉqAL
^ Sully T^rudhomme.
SUR une montagne inconnue, Qui tient le passant arrêté, Se dresse, ardente et demi-nue, La plus invincible Beauté.
Une irrésistible harmonie L'enveloppe comme un esprit.
Parfois, en sa grâce infinie.
Elle tend les bras et sourit.
Dans ce geste qui nous attire, Nous sentons un embrassement.
Et, si loin qu'il soit, le sourire Est un baiser tiède et charmant.
Et l'on veut s'élever vers elle.
On s'efforce de s'accrocher Aux pointes où le sang ruisselle, Aux frêles mousses du rocher!
TOUTEUNEAME 21]
Pas de vertige, de faiblesse!
En cet élan cruel et cher, S'aperçoit-on mcme qu'on laisse Des lambeaux rouges de sa chair?
Et toujours si haut le sourire,
Et le baiser toujours si loin !
C'est pourtant par eux qu'on respire,
C'est d'eux seuls que l'on a besoin.
Pour qui lutte ainsi, souffre et saigne. Le sort a d'étranges faveurs :
11 faut donc enfin qu'on l'atteigne, L'Enchanteresse aux yeux rêveurs!
Elle est l'Amour, la Poésie, La Volupté même. Elle attend :
Voici qu'on l'a presque saisie Contre son sein tout haletant.
On est arrivé sur la cime.
On n'est plus ni blessé, ni las.
On étreint le bonheur sublime, L'idole palpitante. Hélas!
La vision pleine de charme
N'est rien qu'un fantôme moqueur.
Elle se fond en une larme
Qui tombe à jamais sur le cœur.
214 TOUTEUNEAME
TOUTE m&l T\IÈT{E
SI je croyais en Dieu, je lui dirais : « Seigneur, Faites mon âme égale et tranquille et contente; Que rien ne me désole et que rien ne me tente, Que la paix soit mon bien, le travail mon honneur!
A cette paix mêlez parfois quelque bonheur, A ce travail, un peu de poésie ardente, Comme au cœur de la gerbe une fleur éclatante Qui distrait un moment le front du moissonneur.
Donnez-moi quelque ami qui de moi se souvienne. Une femme très noble et très pure qui vienne Le matin, vers mon lit, les yeux à demi clos.
Un peu de gloire enfin : c'est la gloire que j'aime! Épargnez-moi surtout, à mon heure suprême, Le spectacle odieux des pleurs et des sanglots.
TOUTE UNE AME 2 I f