‹ Toute une âme, vers anciens et nouveauxChapitre 3 sur 17 · VOUS, TOUTE · texte numérisé non relu

VOUS, TOUTE

JE n'aurai pas cessé de vous voir, vous, vos yeux, Vos bras, tout votre corps flexible et gracieux. Aux heures de chagrin, aux heures de lecture, Quand le vent du hasard me pousse à l'aventure. Quand le travail m'attache à mon fauteuil, la nuit. Cette cruelle image adorable me suit.

Oui, c'est votre regard, votre forme précise : Vous êtes là, vers moi penchée, ou bien assise Plus près encor, les doigts entrelacés aux miens; Parfois vous frémissez un peu, je vous retiens, Et, comme une musique où le ciel se devine. J'écoute votre voix que vous savez divine! Souvent même, l'accord est plus grand entre nous. L'union plus intime et l'abandon plus doux. Alors j'ai votre cœur et votre intelligence! Cest par l'un que je sens, par l'autre que je pense. Vous m'emplissez d'orgueil et d'espoir et de foi, Et vous êtes bien plus qu'à moi : vous êtes moi !

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NYMPHE aux beaux bras, fais-moi l'aumône De quelques longs baisers ardents! »

La nymphe repousse le faune Et lui tient la barbe et 'es dents.

— «Je te veux, nymphe échevelée Qui te débats sur mes genoux! »

La nymphe résiste, aveuglée Par d'épouvantables yeux doux.

— « Faune, ta figure est affreuse :

Je n'aimerai qu'un Dieu du ciel. »

— « La beauté n'est que viande creuse, O nymphe, tâte du réel. »

— K Laisse-moi, monstre aux pieds de chèvre. Car je hais ton front inhumain,

Ton oreille en pointe, ta lèvre, Tes cheveux, tes regards, ta main;

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« Je hais jusqu'à ces pauvres roses Que tu viens de fouler! » — «Aussi, Ce ne sont pas du tout ces choses Que je prétends t'ofFrir ici. »

La nymphe riait, enfermée Dans les bras nerveux au poil roux.

Nymphe qui rit est désarmée :

O Dieux du ciel, détournez-vous!

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Vous souffrez, dites-vous. Chimère!

Est-on jamais sûr du malheur?

La tristesse la plus amère Est vaine, trompeuse, éphémère.

Aussi bien que la joie en fleur.

Puis, les choses sont consolantes!

Du sillon brun, du bois épais, Du ciel, des étoiles tremblantes.

Du grand fleuve, des frêles plantes Sortent l'espérance et la paix.

Ne plaignons pas le misérable S'il ne tombe pas à genoux.

Et s'il se prétend incurable Devant la douceur adorable Que le ciel fait pleuvoir sur nous!

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Ceux-là dont l'âme est toute blanche Et qui souffrent d'un cœur égal, Ceux dont le front pensif se penche A peine devant l'avalanche De la haine injuste et du mal,

Malgré le deuil et la tourmente Et le sort qui les a maudits, Auprès d'une source dormante, Au coin d'un bois, parmi la menthe.

Peuvent trouver un paradis.

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