VES VE\S
kA Emile 'Des chaud.
LE poète savant aux ardeurs calculées, Psychologue profond, philologue accompli, Fixe en traits sûrs et nets les passions troublées, Et, peintre consommé des âmes affolées.
Connaît le cœur humain jusqu'au moindre repli.
Le cœur plein de tendresse et pétri d'infamie, Où tressaille toujours quelque fièvre endormie, Enigme de douleur, à la fois noble et vil. Ce cœur, il l'a fouillé, cruelle anatomie, Du bout de son scalpel subtil.
Son vers sobre de mots est rempli de pensées; 11 est souple; on l'a mis vingt fois sur le métier. Peu d'images, à peine et très vite esquissées. C'est un vers trop discret, aux vertus condensées, Qu'il faut goûter longtemps pour goûter tout entier.
88 TOUTEUNEAME
Je dois aimer ces vers habiles. Mais j'adore Les autres vers, les vers inspirés par le Dieu, Les vers qui disent tout, qui disent plus encore, Les vers jaillis d'un cœur que son œuvre dévore. Pleins de larmes, de sang et de fleurs et de feu!
Et j'acclame, à travers le drame et l'épopée, Ces vers dont la grandeur n'est jamais usurpée, Qui, forgés d'un seul coup par un bon forgeron. Brillent comme un éclair, sonnent comme un clairon, Frappent enfin comme une épée.
TOUTEUNEAME 89
IC^SCT^ITTIO^ GT{ECQJJE
kA Léon "Barat.
AMIS, la nature est douce Au cœur souffrant et lassé, Jamais elle n'a chassé L'homme que l'homme repousse.
Pas de mal qui ne s'émousse Par le soleil caressé.
Pas de maudit, de blessé, Qui ne dorme sur la mousse!
Rien n'est bon comme les bois.
Cher passant, qui que tu sois.
As-tu quelque plaie ouverte,
Quelque dégoût, quelque effroi ?
Entre dans la forêt verte, Choisis un arbre — et pends-toi.
90 TOUTEUNEAME
'BE^^cATiVI^ VE Sc4IC^r-TIEl{T{E
fA Georges Heyvtonct.
SA gloire est à mi-côte, humble et toute fleurie. Il faut laisser en paix ce paisible rêveur: Certe il manqua d'élan, de force et de furie ; Mais pourquoi s'en moquer, puisque sa rêverie Laisse à la lèvre ardente une fraîche saveur?
Pourquoi troubler surtout son rêve d'harmonie?
Il nous gagnait déjà : pourquoi nous délier?
Les traits d'une légère et brillante ironie
Font rire de son Paul et de sa Virginie,
Mais quand tous en riraient, qui les peut oublier?
Purs enfants! Vous rendez, sans même qu'il le sache A celui qui vous aime, un peu de ses vingt ans. Double tombe de fleurs, double autel qui se cache, C'est à vous que le cœur à jamais se rattache Par quelque doux rayon d'amour et de printemps!
U[Ni "BE&LU JOUET C^E U F
CHÈRE mignonne qui me veux, J'admire l'or de tes cheveux, Tes lèvres fines et jolies, Ton rire au léger tintement Que tu sais noyer brusquement Hn de feintes mélancolies.
Tes bas clairs que pâlit ta peau.
Ton voile qui sert de drapeau A des escadrons de folies.
J'admire aussi tous tes chiffons, Poèmes exquis et profonds.
Couleur de ciel, d'aube ou de neige, Et la souplesse de ton cou.
Et ton parfum, et ton frou-frou Auxquels mille cœurs font cortège.
Tu me cherches et je te suis, Je t'accepterai donc... Et puis, O mignonne, que te dirai-je?
Hélas 1 « Je t'aime » n'est pas vrai.
« Je t'estime » est exagéré;
« Je te désire » est bien avide.
A mon cœur depuis longtemps veuf
Tu plais comme un beau jouet neuf,
Jouet pimpant, jouet perfide :
Pourtant, ne crains pas mon baiser 1
J'aurais garde de te briser!
Je sais trop que ton cœur est vide.
TOUTE UNEAME 9]
"E^OéMcA^CE V'oiVE^rU\E
kA Gaston Vallin.
ous irons par les prés, par les bois spacieux, Nous irons chantant par le monde, Et même, si tu veux, ma blonde.
Nous irons, chantant, par les cieux.
Je charmerai les bois, tu charmeras les villes; Sur ton front, brillant de bonheur.
Tes cheveux blonds au moissonneur Feront trouver ses moissons viles.
J'écrirai ta pensée et tu diras mes vers. Les peuples, vivante marée.
Viendront à ta voix inspirée Offrir à tes pieds l'univers.
Nous serons le doux maître et la divine femme. Nous irons, poètes errants, Comme deux astres, mais plus grands, De toute la grandeur de l'âme!
Nous irons par la mer, aux flots inapaisés. Vois ! les flots de la mer immense Sont moins profonds que ta romance Et moins nombreux que nos baisers.
éMoArUIoAS SCHIFF